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Politique

Antisystème ?

Loi "pouvoir d’achat" : le RN vote avec Macron contre l’augmentation du SMIC à 1500 euros

Lors des premiers débats de la loi "pouvoir d’achat" à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen a déclaré que son groupe voterait « l’essentiel des mesures » du projet. Une position qui s’est confirmée lors des premiers votes permettant au gouvernement de faire passer un article pour renforcer la prime Macron tout en votant contre l'augmentation du SMIC à 1500 euros. Derrière l’image anti-système, le RN se place une nouvelle fois derrière le gouvernement et les intérêts du patronat.

vendredi 22 juillet

Photo : BERTRAND GUAY / AFP

Le RN main dans la main avec LREM contre l’augmentation minimale du SMIC

Depuis le début de semaine les parlementaires examinent le projet de loi « pouvoir d’achat », premier test grandeur nature pour la macronie avec une majorité relative. Dans des débats houleux, l’examen de ce projet de loi donne lieu à des clarifications de positions, en particulier en ce qui concerne l’opposition qui a dû prendre position au sujet de l’élargissement de la « prime Macron » porté par le gouvernement et de la proposition d’’augmentation du SMIC à 1500 euros soutenue par la Nupes. Dans cette bataille, le RN s’est placé du côté du gouvernement votant pour cette première adoptée par la suite, et contre l’amendement de la Nupes portant l’augmentation du SMIC.

Une clarification grandeur nature à l’Assemblée nationale qui illustre clairement de quel côté le parti d’extrême droite se situe : en votant avec la macronie contre une augmentation minimale du SMIC, et en votant les mesures libérales de Macron, le RN soutient des deux mains un projet de loi au service du grand patronat qui garantit à ce dernier qu’il ne touchera pas une once de ses profits. Bien loin donc de l’image social et antisystème que les troupes de Marine Le Pen revendiquent, c’est un vote qui réaffirme les positions anti-sociales, anti-ouvrier du RN.

Au micro de France Inter ce jeudi matin, Jean-Philippe Tanguy député du RN, explique pour justifier le vote contre la hausse du Smic que « si vous votez une hausse unilatérale du SMIC, si vous envoyez le signal aux marchés que vous allez augmenter d’un coup, fortement, tous les salaires, sans égards à la santé des entreprises, vous risquez d’enclencher une boucle inflationniste ». Un argument qui reprend la théorie fumeuse de la « boucle prix-salaire », selon laquelle une augmentation des salaires provoquerait une envolée des prix pour compenser cette hausse, provoquant par la suite une spirale infernale. En réalité, cet argument sert surtout à cacher qu’une augmentation de salaire fait baisser automatiquement les profits du patronat, et c’est bien ce qu’ils veulent éviter. Ainsi, le RN se pose explicitement en tant que garant des bénéfices de la classe dominante au côté du gouvernement.

Les premiers votes de la loi « pouvoir d’achat » révèlent l’opposition de façade du RN

Si un front réactionnaire était à prévoir entre les troupes de Marine Le Pen et celle d’Emmanuel Macron cette semaine, cette première est venue l’officialiser en affirmant à la tribune de l’Assemblée nationale que le RN votera « l’essentiel des mesures » et souhaite que leur « attitude responsable inspire le gouvernement ». Déclarant ensuite avoir « entendu le message des Français, ils ne veulent pas d’obstruction mais du travail constructif  », le vote de 72 députés RN – au même titre que les votes des députés LR - pour l’élargissement de la prime Macron permet au gouvernement de faire passer ses premiers articles.

Critiquant pourtant en amont le projet porté par le gouvernement, cette posture de « responsabilité » repris en cœur par les parlementaires RN s’inscrit dans le processus d’institutionnalisation vitesse grand V dans lequel le parti d’extrême droite s’est engagé. Après le refus de voter la motion de censure déposée par la Nupes, c’est un nouveau gage explicite en direction de la macronie qui profite - même s’il est gêné de ce soutien affiché de l’extrême droite - de cette alliance afin de faire avancer petit à petit son enfumage de la loi pour le pouvoir d’achat. Ce « baiser de la mort » pour reprendre les termes d’un cadre de la majorité selon Le Figaro, met le gouvernement en porte à faux alors que LR devait être constituer son premier partenaire. Or force est de constater que « beaucoup de LR qui devraient être nos partenaires logiques, sont plus durs que les députés RN » toujours selon les propos du cadre LR rapporté par Le Figaro.

Les premiers votes du RN en soutien à la politique de Macron sur le "pouvoir d’achat" illustrent clairement dans quel camp Marine Le Pen se situe. Et si le RN dit se positionner au-dessus des « des bisbilles entre partis et des effets de manches » pour « servir l’intérêt général » des français, c’est une posture de façade qui vise à justifier sa compromission totale derrière Macron, président des riches et des grands patrons.

Le RN n’a jamais été du côté de la défense du « pouvoir d’achat »

Le vote RN de la loi pouvoir d’achat, projet de loi 100% patronal, n’est pas une surprise. Déjà la semaine dernière Marine Le Pen s’enthousiasmait de la défiscalisation des heures supplémentaires auxquelles elle dit « 100 fois oui ». Une revendication historique du patronat présent dans le projet de loi qui n’a pour seule vocation de faire travailler plus, tout en se détournant de l’augmentation des salaires.

Plus profondément, cela marque leur véritable position qui ne défend en rien le « pouvoir d’achat » des classes populaires. Si la cheffe de file de l’extrême droite dit ne pas considérer les « primes comme idéal » préférant une augmentation de salaire, c’est bien ce qu’ils ont voté pour l’instant et les autres mesures « sociales » du RN ne sont qu’hypocrisie : l’"augmentation des salaires" que le RN dit défendre n’est que pure tromperie. En effet, les 10% d’augmentation de salaires jusqu’à 3 fois le SMIC, mis en avant pour ne pas léser les classes moyennes, ne sont en réalité qu’un coup de pouce au patronat : les patrons de bonnes volontés qui la réaliseraient se verraient exonérées des cotisations patronales. Au bout du compte, les travailleurs et les classes populaires en sortiraient largement perdants. L’image « antisystème » de l’extrême droite n’est bien qu’un mirage.

Mais alors qu’un certain nombre de travailleurs ont voté pour le RN convaincu par son caractère "anti-système" ou encore par détestation profonde de Macron, ce vote vient réaffirmer que Marine Le Pen défend "les riches", l’ordre établi, et plus que jamais le "système" qu’elle dit combattre. Plus que jamais, il est nécessaire de réaffirmer que l’extrême-droite ne défend pas les travailleurs. Les idées racistes et xénophobes que le parti de Marine Le Pen véhicule ne visent qu’à diviser les salariés et à nous monter les uns contre les autres. Plus que jamais, il est nécessaire de dénoncer l’imposture de Marine Le Pen qui loin de soutenir "le peuple" soutient par ce vote Macron, le président des riches, les grands patrons du CAC40.



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