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Loi pouvoir d’achat : un test pour Macron et l’opposition, une impasse pour les travailleurs

Borne présentera la semaine prochaine le premier projet de loi du quinquennat, la « loi pouvoir d'achat » sensée répondre à la colère qui s'exprime dans le pays face à l'inflation. Des miettes qui constituent un test pour la capacité à gouverner de Macron.

lundi 27 juin

Crédits photo : Ludovic MARIN/AFP

Une semaine après la claque des élections législatives, Macron continue de chercher une voie pour gouverner. Mais à la crise parlementaire se superpose la crise économique et l’enjeu brûlant de l’inflation, qui vient mettre à l’épreuve la macronie. Selon les estimations de l’INSEE, l’inflation va en effet continuer à grimper jusqu’à approcher la barre des 7% en septembre, et se stabiliser entre 6,5% et 7 % jusqu’à la fin de l’année.

Une situation qui oblige le gouvernement à répondre à la colère qui existe dans le pays et qui s’est exprimée ces derniers mois à travers une multiplication inédites de grèves pour les salaires. C’est dans ce sens qu’Elisabeth Borne présentera la semaine prochaine le projet de loi « pouvoir d’achat » devant l’Assemblée, dont plusieurs mesures sont d’ores et déjà vendues sur les plateaux TV où les ministres défilent.

Loi pouvoir d’achat : des miettes face à l’inflation

Le projet de loi est composé d’une série de mesures. Sur le terrains des revenus, le gouvernement avait déjà énoncé plusieurs d’entre elles comme la reconduction et le triplement de la prime Macron ou la hausse du point d’indice des fonctionnaires, dont le niveau n’a pas encore été annoncé, ou la revalorisation de 4% des retraites et des prestations sociales (incluant la prime d’activité, les minimas sociaux et les allocations familiales).

Pour les prix, le projet de loi contiendrait la prolongation du bouclier tarifaire sur le gaz et l’électricité ainsi qu’un « bouclier loyers » qui plafonnerait l’augmentation des prix à 3,5 %, annoncé ce lundi par Bruno Le Maire sur BFM TV. La remise à la pompe de 18 centimes devrait n’être maintenue que jusqu’en août et être remplacée par une nouvelle mesure : l’augmentation du plafond de défiscalisation de la « prime transport » versée par les entreprises.

D’autres dispositions sont également inclues comme la suppression de la redevance télé. Finalement, certaines mesures devraient être passées par décret, en dehors du projet de loi, à l’instar du chèque alimentaire qui concernerait 9 millions de foyers selon Les Echos pour un montant de 100 euros par foyer concerné plus 50 euros par enfant à charge.

Une série de mesures qui apparaissent relativement minimales face à l’ampleur de l’inflation. La revalorisation des retraites et des prestations sociales sont ainsi situées en dessous du niveau de l’augmentation des prix, tandis que le « bouclier » sur les loyers autorise au final un niveau d’augmentation très important ou que la prime transport exclue de facto des secteurs entiers de la population et du monde du travail.

Et pour cause, si le chiffre de 20 milliards d’euros est mis en avant par le gouvernement comme un gage d’effort de sa part, ses mesures se limitent à donner l’illusion d’une réponse à la situation sans toucher aux profits extraordinaires du grand patronat et sans aborder la question centrale des salaires, seul moyen de préserver durablement le « pouvoir d’achat » des travailleurs.

Un premier test pour la macronie

Au-delà de la volonté de limiter la colère sociale, ce projet de loi apparaît par ailleurs comme un premier test de la capacité à gouverner de la macronie après la crise politique profonde qui s’est ouverte.

De ce point de vue, la droite est perçue comme un potentiel allié privilégié. Mais celle-ci veut s’afficher en championne des comptes publics et critique déjà le projet de loi sur le pouvoir d’achat. Dans une interview au Journal du Dimanche, Olivier Marleix, le nouveau président des députés Républicains prétendait ainsi sonner l’alarme sur le creusement de la dette, arguant que « le gouvernement ne peut pas dire : allez hop, 30 milliards de dette supplémentaire ! », et expliquait son opposition au chèque alimentaire qui « exclu[eraient] en général les classes moyennes ». De son côté,  Bruno Retailleau réclame « la fin du “quoi qu’il en coûte”, la fin des chèques à tout-va  ».

Une tentative de se distinguer de Macron sur le terrain de la rigueur tout en défendant des mesures alternatives comme la baisse de la CSG et la réduction des taxes sur le carburant pour ramener le prix du litre d’essence à 1,50€. Des propositions auxquelles Bruno Le Maire s’est empressé de répondre en défendant un « esprit de compromis ».

Du côté du Rassemblement National, qui cherche à se consolider comme une « opposition constructive » pour poursuivre son institutionnalisation, le groupe réfléchit encore sur l’attitude à adopter. Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme détaillait ainsi dans Le Monde que s’il s’opposait à la prime Macron qui « oublierait les classes moyennes », il n’y aurait pas pour autant « de raison de refuser [le projet de loi] par principe ». Plutôt qu’un texte alternatif, le RN entend ainsi proposer des amendements au projet du gouvernement.

Les contradictions de la NUPES face à la question du pouvoir d’achat

Du côté de la gauche, la loi permet non seulement de tester l’attitude des composantes de la NUPES vis-à-vis du gouvernement, mais aussi les éventuelles contradictions qui pourraient menacer la coalition. De ce point de vue, Fabien Roussel s’est illustré la semaine passée par ses appels du pied au gouvernement. S’il a finalement rétropédalé ce lundi sur sa disponibilité à rejoindre un gouvernement d’union nationale - mettant en cause les récentes déclarations de Macron sur le maintien de la réforme des retraites - l’ex-candidat à la présidentielle a tout de même tenu à réaffirmer qu’il ferait « en sorte qu’il y ait des mesures prises tout de suite pour le pouvoir d’achat des Français », donnant par là des signes positifs à la majorité.

De leur côté, l’Union Populaire, EELV et le PS adoptent une attitude un peu plus distante. Ils proposeront des projets de loi alternatifs, basé sur le programme de la NUPES pour les législatives : blocage des prix de premières nécessités, hausse du SMIC à 1500 euros net, … pour pousser le gouvernement à « se positionner » expliquait ainsi Valérie Rabault, député PS du Tarn et Garonne.

Sur le fond, la divergence avec l’attitude du PCF est toujours plus tactique que stratégique. Interrogé par Le Monde, Eric Coquerel, député de l’UP de Seine-Saint-Denis précise ainsi qu’il s’agit d’en tirer « ensuite des amendements propositionnels » et donc de voter quelques mesures du projet de loi, en regardant « mesures par mesures » selon le député.

Pour les travailleurs et les classes populaires : une impasse

En définitive, le projet de loi pouvoir d’achat constitue un test à suivre pour la majorité et sa capacité à gouverner, et pour le rôle que vont jouer les différentes forces d’opposition dans la crise en cours.

Seulement, sur le fond, les mesures proposées demeurent totalement insuffisantes et constituent une impasse pour les travailleurs et les classes populaires. Le projet prend bien soin de ne pas toucher aux intérêts des patrons et des propriétaires, à l’image du « bouclier loyer », pour éviter l’augmentation généralisée des salaires et leur indexation sur l’inflation, moyen décisif de faire face à la crise pour le monde du travail.

Face à ce cache-misère, et alors que le grand patronat a accumulé les super-profits depuis deux ans, il y a urgence à se battre pour arracher ces revendications. Celles-ci ne seront jamais débattues ou obtenues à l’Assemblée, aussi affaibli soit le gouvernement. Dans ce cadre, alors que des grèves pour les salaires se sont multipliées ces derniers mois de façon parfois inédite, comme les récentes grèves au sein du groupe Total ou chez Chronodrive, l’heure est à la construction d’un plan de bataille pour construire un mouvement unitaire sur les salaires. Une perspective opposée à l’attitude actuelle des directions syndicales, prête à accepter la main tendue du dialogue social.



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