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Notre classe

Portraits de profs en grève

Louise, enseignante : « Les annonces de vendredi n’ont dupé personne ! »

Alors que les enseignants sont largement mobilisés depuis le 5 décembre pour exiger le retrait de la réforme des retraites ainsi que l'abrogation des réformes Blanquer, Révolution Permanente donne la parole aux professeurs grévistes à travers une série de témoignages.

lundi 9 décembre 2019

Photo : Cyril Zannettacci. Agence VU

Révolution permanente : Qu’est-ce que tu penses des annonces de Blanquer et d’Edouard Philippe, qui déclarent que vous n’avez pas compris la réforme, que les enseignants ne verront pas leurs pensions de retraites baisser et qui vous promettent une revalorisation des salaires ? Tu penses qu’elles ont un impact sur les profs mobilisés ?

Louise : Les annonces de vendredi n’ont dupé personne. Moi j’enseigne en Rep donc de toute manière c’est assez militant comme salle de profs. Il y avait deux trucs dans les annonces : on garantit une pension ridicule à mille balles si la carrière est complète et on s’engage à ce que les pensions ne soient pas inférieures à celles des autres fonctionnaires de catégorie A. Personne n’y a trop cru. Les AG ont été importantes pour expliquer pourquoi c’était un traquenard. Donc ça n’a pas calmé, voire ça a énervé !

RP : Est-ce que ça illustre un malaise plus profond qui dépasse le cadre de la réforme des retraites ?

Louise : Complètement oui ! L’Éducation nationale s’est beaucoup organisée l’année dernière au moment de la réforme sur l’école de la confiance. Donc les réseaux de mobilisation étaient prêts. C’est exactement la même politique qui forme la réforme de l’école de la confiance et la réforme des retraites, ce sont quelque part les mêmes enjeux. La grosse différence c’est côté mobilisation et cadres d’organisations que l’année dernière on avait très très peu de structure interprofessionnelle.

Là le gouvernement avec la réforme des retraites nous a en quelque sorte servi sur un plateau d’argent une raison de converger.

L’année dernière c’était compliqué de converger. On savait que les hôpitaux n’étaient pas contents, on savait que les profs n’étaient pas contents, on savait que la RATP et la SNCF n’étaient pas contents mais quand on lançait des initiatives de type ; faire un cortège éducation dans les manifs des personnels hospitaliers ça ne prenait. La convergence des luttes ne prenait pas et là avec la réforme des retraites ça se fait tout seul parce qu’on est tous dans la même merde.

RP : Comment tu vois les suites de la mobilisation ?

Louise : C’est une question que je me pose aussi. Déjà, de même qu’on n’a pas obtenu le retrait de la réforme du lycée mais qu’on a réussi à construire des réseaux qui nous ont permis là de partir plus vite et plus efficacement, il y aura forcément un gain même si on n’obtient pas le retrait du projet de loi. Les réseaux ne cessent à la fois de s’étendre et de se densifier.

Les collègues sont tous hyper chauds pour repartir mardi et même certains qui ne sont partis que le 5 vont partir le mardi 10 parce qu’ils voient qu’il y a un rapport de force intéressant.

Le côté interpro il prend, c’est des actions concrètes. Cela donne beaucoup de cœur à l’ouvrage et donne confiance sur le fait qu’un rapport de force intéressant peut s’établir.

Propos recueillis par Tom.
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