^

Société

Catastrophe à tous les niveaux

Lubrizol. 450 000 litres de lait jetés : les agriculteurs inquiets pour leur production

L'incendie de l'usine Lubrizol a déclenché une crise importante chez les agriculteurs de la région avec une restriction préfectorale de la production entraînant une perte de plusieurs milliers d'euros.

vendredi 4 octobre

Cela fait une semaine et un jour que l’incendie de l’usine d’additifs Lubrizol s’est déclenché, et aussi une semaine et un jour que les habitants, ouvriers et agriculteurs des alentours de Rouen sont dans un flou entretenue par les pouvoirs publics, concernant la dangerosité des produits qui ont été relâchés dans l’atmosphère à très hautes températures. Dans un témoignage recueilli par Révolution Permanente, un ancien travailleur de l’usine révèle les composantes que manipule Lubrizol ainsi que leur haute toxicité vis-à-vis de l’organisme humain, et donc vis-à-vis de l’organisme animal.

Au vu des très probables retombées de particules toxiques et de la matière noire et gluante amenée par les pluies ces derniers jours sur les champs et l’élevage des bêtes, un arrêté préfectoral a été publié samedi dernier, restreignant les agriculteurs à ne plus ni récolter ni vendre leurs produits comme le lait, le miel et les œufs, mais aussi les céréales – comme le maïs, qui constitue pour certains l’alimentation première des vaches à lait.

Un agriculteur et éleveur de vache dans la Somme témoigne au micro de Cnews : « Sur l’exploitation, tous les trois jours, on collecte 7000 litres de lait, et sur mon silo de maïs, on a rentré entre 1100 et 1200 tonnes de maïs en silage. Ça représenterait une perte d’à peu près 2100 euros tous les trois jours ». Une perte d’argent difficilement supportable pour les agriculteurs touchés.

Ce cas n’est pas isolé. Plusieurs agriculteurs sont inquiets concernant leurs rentrées d’argent car pour certains, c’est plus de 80% de leurs production qui est gelée, provoquant un entassement des denrées produites mais aussi une obligation de se débarrasser de plusieurs milliers de litres de lait. La chambre d’agriculture de Seine-Maritime déclare que ce sont près de 280 producteurs laitiers répartis sur 112 communes qui sont concernés, avec « une moyenne de 450 000 litres de lait qui sont jetés, soit un préjudice d’environ 200 000 euros par jour ».

Si le Comité national d’interprofession laitière (Cniel) a annoncé une aide pour assurer le paiement du lait non collecté, aucune mesure n’a été annoncée pour l’instant concernant le reste de la production agricole et rien ne donne de garantie pour les agriculteurs d’une indemnisation sur le long terme. A cela se rajoute l’impact de la sécheresse de l’été sur la production.

Rien de rassurant pour le secteur agricole, profession déjà à la peine. Le nombre de suicides y est effarant. La mutualité sociale agricole, organisme de protection sociale des salariés agricoles, publiait cet été un rapport dénombrant deux suicides par jour chez les agriculteurs, soit 605 depuis le début de l’année.

Un danger sanitaire important

Nous avons tous vu les photos et vidéos montrant de l’eau noire coulant des éviers ménagers ou encore lu les témoignages d’habitants des alentours parlant de leurs gorges irritées et des vomissements dont ils sont sujets. Le danger de la situation monte d’un cran lorsque nous considérons la commercialisation des produits ayant été touchés par les particules toxiques émanant de la combustion chimique de Lubrizol.

Alors que les entreprises spécialisées dans la vente de produits laitiers (Lactalis et Danone pour n’en citer que deux) assurent que des mesures ont été prises au sujet des citernes de crème venant des Hauts de France et de Seine-Maritime, la Fédération Nationale de l’Industrie Laitière déclare que non seulement le nombre des citernes contaminées n’est pas connu, mais aussi que rien n’assure que le nuage de fumée n’ait pas impacté en dehors de la zone de contrôle.

Des conséquences gargantuesques pour les travailleurs et agriculteurs de la région

Un flou insupportable et une injonction à faire confiance aux professionnels, sont entretenu par les autorités publics, comme nous le montre l’intervention aberrante de la porte parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, qui déclare au micro de Bourdin : « Je serais restée, car je suis quelqu’un d’un peu rationnel et j’essaye de faire confiance dans les gens qui savent ».

Du ridicule « un peu toxique mais pas trop » aux évanouissements dûs aux vapeurs d’hydrocarbures, il y a un pas. Ce pas, ni le gouvernement ni le groupe Berkshire Hathaway – qui possède Lubrizol –, tant cela révélerait leur gestion désastreuse des usines classées Seveso.

Alors qu’en France, plus de 10 000 sites sont classés Seveso, dont 705 en seuil de risque haut, nous devons exiger une transparence totale vis-à-vis de la gestion de ces usines qui, à l’heure actuelle, mettent en danger les populations aussi bien par les émanations de gaz que par les conséquences que cela entraînera sur les denrées alimentaires dans les prochaines années.

Dans un contexte où, à l’internationale, la justice climatique est demandée par une jeunesse excédée par les pratiques d’un capitalisme pourrissant, il est d’autant plus important de lutter pour un contrôle de la production par les travailleurs. Car, si il est vrai que nous n’avons pas de planète B, la perspective de construire une autre société est, elle, encore d’actualité.




Mots-clés

Catastrophe sanitaire   /    Catastrophe écologique    /    Scandale Lubrizol   /    Catastrophe industrielle   /    Industries chimiques   /    Rouen   /    Agriculteurs   /    Société