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Politique

VIDEO. Lubrizol : "on espère qu’il y aura peu de cancers", dénonce un inspecteur du travail de l’UD CGT 76

Dans une conférence de presse, un inspecteur du travail, syndiqué à la CGT tient un long discours sur les inconnues qui demeurent suite à la catastrophe de Lubrizol. Face aux discours d’enfumage pour éviter tout conflit entre la direction de l'usine et le camp des riverains et travailleurs : l'UD CGT 76 affirme dans un communiqué, qu’ils se battront pour réclamer vérité et justice sur la catastrophe !

mercredi 2 octobre

Mardi 1er octobre, Gérald Le Corre inspecteur du travail et syndiqué à la CGT, donne une conférence de presse en synthétisant les inquiétudes de la population après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen. Son discours est centré sur le flou qui demeure sur l’impact sanitaire et environnemental de l’incendie, et notamment sur la question de l’amiante présente dans la toiture qui a brûlé qui pose de nombreuses d’interrogations. 

En effet, alors que les autorités tiennent depuis jeudi matin un discours qui se veut rassurant, les interrogations demeurent. La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Normandie a de son coté annoncé des “niveaux extrêmement faibles" d’amiante dans l’air et pas de "risque avéré", à l’image des discours de différents représentants du gouvernement comme Castaner ou Buzyn, ou encore le préfet de Normandie missionné par le gouvernement pour clamer que "l’état de l’air" était "habituel" alors que les images de fumée ou de suie prises par la population riveraine donnent tout à fait le droit de se poser des questions et de s’inquiéter. 

"Inquiets, on l’est, inquiète est la population, inquiets sont les travailleurs qui sont intervenus sur le site" a déclaré dans sa conférence de presse Gérald Le Corre, qui a eu lieu juste avant le rassemblement mardi soir :

À l’encontre des différents discours des autorités qui assurent de faibles conséquences à cette catastrophe sociale et environnementale, le syndiqué rappelle, comme de nombreux témoins et journalistes ont pu le faire sur les réseaux sociaux, les symptômes que développent les riverains, travailleurs de l’usine et différents travailleurs intervenus pour maîtriser les feux comme les pompiers : des nausées, vomissements, maux de tête. 

"Je ne sais pas ce que sera demain, on espère qu’il y aura peu de cancers. Mais ces gens qui sont là, viennent nous voir nous, les assistantes sociales, les avocats, et on est obligés de leur dire que c’est ça qui se passe !" s’exclame-t-il, bouleversé. 

Dans son discours, c’est aussi la non-reconnaissance des maladies professionnelles qu’il pointe, en citant notamment le combat des verriers de Givors (qui ont par ailleurs écrit une tribune sur Libération à propos de Lubrizol), et celui des dockers de Saint-Nazaire, exposés à différents cancérogènes : "Vous avez vu les verriers de Givors, les dockers de Saint-Nazaire... Les années de procédure qu’il faut, les milliers d’euros qu’il faut dépenser pour un cas ! Pour une maladie ! Alors qu’on sait qu’on a 350 000 cas de cancers par an, et qu’on peut penser qu’une partie non négligeable est liée à l’environnement et aux expositions sur le lieu de travail..." conclut-il. 

Dans un communiqué publié le 27 septembre appelant au rassemblement le soir de mardi 1er octobre, l’UD CGT 76 ainsi que plusieurs signataires appellent ainsi : 

La préfecture doit la vérité
Rassemblement de l’ensemble de la population
Mardi 1 octobre 2019 à 18h
Depuis le 26 septembre 2019 au matin, le préfet de Région s’évertue à tenter de rassurer la population concernant les conséquences sanitaires et environnementales de l’incendie sur le site SEVESO de LUBRIZOL à Rouen
Cependant, nous constatons :
– Que la liste des produits qui ont brulé n’a pas été communiquée, [NDLR : la préfecture de Seine-Maritime a finalement publié dans la soirée du 1er octobre la liste des 5 253 tonnes de produits chimiques qui ont brûlé]
– Que les résultats complets d’analyse des fumées, de l’air, des résidus et de l’eau (Seine mais également captages d’eau potable de la Métropole) n’ont pas été rendus publics,
– Que la préfecture tait le fait que le secteur où l’incendie s’est déclaré est confié à une entreprise sous-traitante, qu’au moins une toiture amiantée est partie en fumées,
– Que la Préfecture fait silence sur les animaux morts (oiseaux, poissons….), que les maux de têtes et nausées continuent à l’université comme dans les entreprises, les services et l’ensemble de la population (certains hangars ont d’ailleurs été évacués ce vendredi suite à des malaises)
Nous exigeons la transparence complète et une information sur les suivis sanitaires mis en place pour suivre les conséquences de cet événement (captages d’eau potable, état sanitaire des animaux d’élevage et des cultures…..). L’information des habitants ne doit pas s’arrêter une fois l’incendie éteint.

À l’image des rapports sur les taux de contamination de plomb très élevés à Notre Dame, où la préfecture a caché des informations essentielles quant à la santé de ceux qui y travaillent ainsi qu’aux riverains, Macron et son gouvernement cherchent à échapper à tout prix à une opposition frontale entre la direction de Lubrizol et le camp des riverains et travailleurs légitimement inquiets et demandeurs de vérité. Comme nous le soulignions dans un autre article sur les protestations des habitants, le chef du gouvernement a jusqu’ici soigneusement évité de se rendre sur les lieux de l’accident pour éviter de se trouver en porte-à-faux. Ce n’est pas ça qui empêchera les travailleurs de Lubrizol, la population de Rouen, comme l’appelle l’UD CGT 76, de réclamer vérité et justice.

Crédit photo : © DR




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