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Politique

Scandale Lubrizol

Lubrizol : des dysfonctionnements de sécurité graves repérés dès 2010

Alors qu'en septembre 2019, l'usine Lubrizol partait en fumée et que de nombreux produits toxiques se retrouvaient dans l'air, le gouvernement et l'entreprise ont tout fait pour tenter de minimiser l'impact de cet incendie en invoquant notamment le haut niveau de sécurité qui entourait la production de l'industrie. Pourtant, un rapport en date de 2010 alarmait déjà fortement sur les manquements sécuritaires de Lubrizol et de ses sous-traitants.

mercredi 23 octobre

Crédit photo : France 3 Normandie

Une catastrophe aux effets minimisés par le gouvernement et l’entreprise

L’incendie criminel de l’usine Lubrizol de Rouen, dont les conséquences en termes de santé publique seront certainement désastreuses a fait l’objet d’une défense acharnée de la part du gouvernement, laissant dans l’impunité la plus totale les capitalistes détenteur de la firme. En effet, à coup de « je serais restée car je suis quelqu’un d’un peu rationnel » de la part de Sibeth Ndiaye ou encore de déplacement de trois ministres pour assurer que l’incendie n’avait aucune répercussion en termes de toxicité, le gouvernement a tout fait pour minimiser cette catastrophe industrielle. De son côté, la préfecture de Seine-Maritime avait elle aussi couvert Lubrizol en affirmant dans un communiqué qu’il n’y avait aucun risque lié à la présence d’amiante dans l’air.

Dans le même temps de nombreux articles journalistiques, appuyées par des sources scientifiques, montraient le mensonge unanime qui se cachait derrière ce discours des autorités publiques et de l’industriel en question, dévoilant par la même la réalité sur les dangers encourus par les riverains suite à l’incendie. De même, un témoignage d’un ancien travailleur de Lubrizol montrait clairement les hauts risques liés à un incendie dans une telle usine, en affirmant notamment que : « Dire qu’il n’y a pas de danger c’est mensonger, car tous les produits sont très toxiques. »

Par ailleurs, dans ce témoignage, le salarié notait déjà les risques liés au développement de la sous-traitance. « A l’époque, l’ensemble des activités étaient réalisées par un personnel embauché, mais quand je suis parti ils commençaient à sous-traiter les opérations de nettoyage en cas de fuite, débordements, incendie. (…) Le problème des sous-traitants, c’est qu’ils ont des salariés sous-payés, qui ont un niveau d’études faibles, qui sont exploités à faire des tâches ingrates pour des très bas salaires… c’est du pur profit. Les dirigeants font des appels d’offres et prennent toujours le moins cher. Donc il n’y a pas la même préoccupation pour le travail. »

Des dysfonctionnements de sécurité relevés dès 2010

Or justement, alors que Lubrizol n’a eu de cesse de mettre en avant son respect de la sécurité, Le Monde révèle aujourd’hui les conclusions d’une étudie commandée en 2010 par le Club Maintenance Normandie. Cette enquête avait notamment été faite sur la base de tests de connaissance sur les mesures de prévention auprès d’environ 1500 salariés des entreprises sous-traitantes de Lubrizol.

Malgré son statut d’entreprise Seveso « haut seuil », l’étude de 2010 indique ainsi de nombreux dysfonctionnements. « Un quart des sociétés sous-traitantes admettent taire des dysfonctionnements par crainte de sanctions. » note ainsi Le Monde, et « 98 % (NDRL : des salariés interrogés dans l’étude) ne connaissent pas les principes généraux de la prévention ; 92 % ne savent pas ce qu’est le « document unique », qui recense les risques liés à l’activité d’un site et les mesures mises en place pour les prévenir ; 99 % ignorent la liste des travaux dangereux ; 95 % sont incapables de dire ce que contient une « fiche de données de sécurité », pourtant indispensable pour connaître la dangerosité d’une substance chimique ».

Ces différents données rapportées par l’étude viennent appuyer un autre témoignage que nous avions obtenu auprès d’un ancien travailleur de Netman, sous-traitant de Lubrizol dans lequel il expliquait comment « La sous-traitance de ce secteur de production - enfutage, stockage, logistique - à Netman est une totale hérésie. A l’embauche, on nous exigeait uniquement d’avoir un casier judiciaire vierge et une habilitation N1 pétrochimie. Et puis nous étions toujours en sous-effectif, question de rentabilité… pourtant la sous-traitance a été autorisée à Lubrizol. »

Cette étude de 2010 et les chiffres alarmants qui en ressortent sont un élément de plus qui met en lumière de la responsabilité de l’industriel dans la catastrophe de septembre 2019, et de ses conséquences pour les habitants de la région. Il apparaît clair que les méthodes de production de cette entreprise risquée n’étaient pas focalisées sur la sécurité du secteur mais plutôt sur la nécessité d’engranger des profits toujours plus élevés.

L’utilisation de la sous-traitance massive dans ce type d’industrie, afin de réduire les coûts de production, constitue probablement l’une des causes principales de l’accident criminelle de Lubrizol. Les conséquences sanitaires de la catastrophe constitueront ainsi une preuve dramatique supplémentaire que le capitalisme est incompatible avec la préservation de l’environnement, et que la recherche du profit met en danger les populations.




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