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Politique

Commission d'enquête

Lubrizol : « pas plus toxique qu’un incendie de maison » d’après son PDG

Un mois après l'incendie de Lubrizol, nous ne connaissons toujours pas la nature de la pollution dégagée et les conséquences sanitaires pour la population. Le saurons-nous un jour ? Il ne faut en tout pas compter sur la direction de l'usine ni le gouvernement pour ça.

mercredi 23 octobre

Mardi 22 octobre commençait les auditions du PDG de l’entreprise Eric Schnur par la commission d’enquête parlementaire. Lors de la commission d’enquête le patron de la firme américaine a notamment déclaré que l’incendie n’était « pas plus toxique que l’incendie d’une maison ». Une maison pas banale alors qui contiendrait tout de même près de 10 000 tonnes de produits hautement chimiques… Il a également déclaré que Lubrizol était un « bon voisin » et que « Lubrizol fait partie de la famille rouennaise. Cela fait maintenant plus de six décennies que nous appartenons à cette région. »

On comprends aisément les éléments de langage que l’entreprise a décidé de mettre en avant alors que la colère ne redescend pas à Rouen : elle ne serait pas une multinationale faisant des millions de profits sur le dos des salariés et en économisant sur la sécurité mais une petite entreprise locale rouennaise. C’est faux, mais il est important de rappeler tout de même plusieurs éléments tant l’assurance avec laquelle le PDG assène ses réponses pourrait faire oublier qu’elles sont complètement déconnectées de la réalité.

Le premier élément c’est que l’entreprise ne respectait pas les règles de sécurités basiques. Classée Seveso celle-ci doit mettre en place une série de procédures pour éviter pollution et risques sanitaires pour les salariés. Révolution Permanente avait déjà publié des témoignages d’anciens salariés de l’usine qui dénonçaient les manquement à la sécurité ainsi que la dangerosité des produits. De même, Le Monde révélait aujourd’hui une étude de 2010 démontrant qu’un quart des sous-traitants de Lubrizol taisaient des dysfonctionnements au sein de l’usine par peur de sanctions.

Le second élément concerne l’étendue des produits chimiques qui sont partis en fumée. Se cachant derrière le secret industriel celle-ci refuse de donner la liste exacte des composants qui ont brulé, leur composition et les risques sanitaires liées. En outre, on a également appris que la toiture de 8000 m² qui a brulée contenait de l’amiante.

Enfin les conséquences sont toujours tues. Si on écoute le gouvernement et ses relais locaux il n’y a pas de risques pour les habitants - de la même manière que la radioactivité de Tchernobyl c’était arrêté aux frontières. Pourtant les analyses sanguines des pompiers qui sont intervenues sur le site sont extrêmement préoccupantes.

Bref, la lumière est loin d’être faite sur cette affaire et ni les patrons de Lubrizol, ni le gouvernement ne semblent décidés à dire la vérité. Les habitants de Rouen doivent s’organiser pour exiger la vérité sur les risques qu’ils encourent à aller travailler, à l’école, faire du vélo, rester chez eux, vivre tout simplement. Une fois la vérité faite il faudra également se battre pour que ce soit les propriétaires de l’entreprise, dont Warren Buffet un des hommes les plus riches de ce monde, qui paient les dégâts sur la santé et l’environnement. Il est hors de question que ce soit aux habitants - de manière directe ou indirecte - de payer pour la soif de profit des capitalistes.

Crédit image : Jacques Demarthon




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