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Du Pain et des Roses

Loi sur « les séparatismes »

Lutte contre la « polygamie de fait » : Schiappa agite un nouvel épouvantail raciste

Dans le cadre de la loi sur « les séparatismes » Schiappa souhaite retirer le titre de séjour aux personnes polygames étrangères. Une nouvelle bille dans l'offensive xénophobe du gouvernement qui une fois de plus se fait sous couvert de pseudo féminisme.

mercredi 7 octobre

Crédit photo : capture d’écran BFM

Au micro de Bourdin ce 5 octobre, quelques jours à peine après le discours de Macron sur le séparatisme, Marlène Schiappa a relancé la machine xénophobe. Cette fois-ci encore la ministre déléguée à la citoyenneté, a pris comme hypocrite prétexte à son discours réactionnaire, la « défense des femmes ». A l’ordre du jour cette fois-ci la lutte contre « la polygamie de fait ». Conscient que des lois répressives - mises en place par un ministre du gouvernement Chirac - existent déjà sur ce sujet, le cabinet du ministère a expliqué vouloir combler « les trous dans la raquette », comme l’explique France Info.

Instrumentaliser le féminisme pour répandre un discours xénophobe nauséabond

Marlène Schiappa a ainsi expliqué que « toute personne étrangère qui est en situation de polygamie ne sera pas acceptée sur le territoire français. D’autre part, quand une situation de polygamie sera révélée, nous proposerons de retirer le titre de séjour de la personne concernée jusqu’à ce qu’elle se mette en conformité. » En réalité cette loi existe déjà et « se mettre en conformité » revient donc d’ores et déjà à devoir divorcer, ou à se retrouver sans titre de séjour. Ainsi au prétexte de libérer les femmes d’un mariage polygame, cette loi tend au contraire à les jeter dans une situation de précarité et d’insécurité encore plus grande, les forçant à divorcer - brisant de force des attaches - ou à perdre leur droit à vivre en France.

Schiappa a assuré vouloir intégrer cette mesure à la loi sur « la laïcité et les principes républicains  », l’inscrivant ainsi ouvertement dans la continuité de l’offensive réactionnaire qu’ils mènent de concert avec Gérald Darmanin. C’est en effet à la suite des polémiques sur le voile - dont Maryam Pougetoux et Imane Boun ont fait les frais récemment - ou encore de leur volonté de mettre dans le débat la question des « certificat de virginité », qu’intervient cette discussion sur la polygamie. Le fil de continuité entre toutes ces attaques c’est d’alimenter un discours et une idée selon laquelle les femmes issues de l’immigration postcoloniale seraient particulièrement opprimées. Ainsi comme l’explique Tood Shepard dans un entretien donné au Point, où il prend l’exemple plus précis des femmes musulmanes : « Ce regard est passé désormais vers la femme musulmane qui est présentée systématiquement comme une victime. [...] Celle-ci doit forcément se libérer, non pas de l’homme en général, mais de ses frères, cousins, son père, culture, religion… ». Schiappa défend des idées qu’elle nomme « féminisme » mais dont le seul but est de stigmatiser les hommes étrangers, issus de l’immigration, ou encore musulmans en instillant l’idée qu’ils seraient, par essence, sexistes. Elle limite ainsi la question du patriarcat à une seule culture, une seule religion et renforce l’ambiance xénophobe qu’ils imposent depuis déjà plusieurs semaines avec Darmanin.

« Combler les trous » ou reprendre les polémiques de l’extrême droite ?

Ce sujet de la polygamie n’est par ailleurs pas anodin. Les mesures que Schiappa prétend vouloir mettre en place existant déjà, ces annonces relèvent uniquement du ’coup de com’. Elle cherche ainsi à occuper l’espace politique et médiatique et à marcher toujours plus loin sur le terrain de l’extrême-droite. Le programme du Rassemblement National aux dernières élections présidentielle abordant la question du sexisme une seule fois, et par ce biais : « Défendre les droits des femmes : lutter contre l’islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales". C’est dans cette lignée que Schiappa, comme l’ensemble du gouvernement s’inscrit. Et le contenu réactionnaire et raciste de la loi contre « les séparatismes » est si patent que Le Pen elle même a déclaré que Macron avait eu de « bonnes intuitions ».

Nous assistons ces dernières semaines à un renforcement du discours réactionnaire qui se fait sous couvert de lutte « féministe ». Il s’agit de dénoncer cette instrumentalisation à des fins racistes et xénophobes et d’imposer un contre-discours qui réaffirme que la libération des femmes viendra d’elles-mêmes. Il est nécessaire pour cela d’organiser une réponse collective et de "construire une riposte féministe et antiraciste : dans la lignée des larges mouvements antiracistes et féministes qui ont émergé à l’échelle internationale ces derniers mois" comme l’affirme une tribune récemment publiée sur Médiapart.fr à l’initiative de Du Pain et Des Roses.




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