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Lutte pour l'emploi

Lutte contre les licenciements : faire du 23 janvier le point de départ d’une riposte d’ensemble

Face à l’ampleur des attaques du patronat contre le monde du travail et la passivité des directions syndicales, les salariés menacés de licenciements commencent à relever la tête, à l’image de l’appel national contre les licenciements initié par la CGT TUI, mais aussi des luttes dans différentes entreprises, des raffineurs Total de Grandpuits aux salariés de Sanofi.

mercredi 20 janvier

Crédit photo : O Phil Des Contrastes

La crise sanitaire ouverte en mars 2020 a été l’élément déclencheur d’une crise économique sans précédent depuis 1929, dont on voit aujourd’hui les effets d’ores et déjà dévastateurs pour les travailleuses et les travailleurs. Selon les chiffres du ministère du travail, entre mars 2020 et janvier 2021, il y a eu plus de 763 PSE représentant plus de 80 000 suppressions d’emplois effectives ou annoncées.

A cela s’ajoutent tous les contrats CDD et les intérimaires non renouvelés qui sont en première ligne au moment de payer les conséquences de la crise économique. Le gouvernement de son côté, a déjà commencé à multiplier les cadeaux aux grandes entreprises à coup de plans de relance de plusieurs dizaines de milliards d’euros, de prêts garantis par l’État ou de cadeaux fiscaux pour sauver les profits du grand patronat.
 
Du fait de l’ampleur de ces attaques contre la classe ouvrière, conjuguée à une crise sanitaire gérée de manière catastrophique par le gouvernement, c’est l’atonie des directions syndicales qui a primée. Cependant, récemment, plusieurs luttes ou initiatives marquées par la combativité des salariés dans différentes entreprises permettent d’entrevoir un point d’appui pour mener une lutte d’ensemble contre ces licenciements et les suppressions d’emploi.

Le 23 janvier : un point de départ pour une véritable coordination des secteurs en lutte

Ce lundi 18 janvier, une vingtaine de grévistes, de militants syndicaux et représentants politiques se sont réunis devant Bercy à l’appel des travailleurs de TUI France. Ces salariés du tourisme qui ont subi un PSE à l’occasion duquel leur direction leur a annoncé en visio-conférence 600 licenciements lors du premier confinement, ont cherché à faire converger différents secteurs en lançant un appel national à manifester contre les licenciements. Cette manifestation doit avoir lieu ce samedi 23 janvier. L’appel a été signé par plusieurs syndicats d’entreprises, plusieurs fédérations syndicales comme la CGT Fnic (Fédération nationale des industries chimiques), SUD Commerce, SUD Industrie...

« Dès le mois d’octobre on s’est dit que c’était bien de se battre, mais qu’il fallait essayer d’élargir. On s’est aperçus qu’il se passait des choses dans les entreprises qui subissaient des plans sociaux et on a passé des coups de téléphone à Cargill, Auchan, Bridgestone, Grandpuits… » raconte Lazare Razkallah, militant CGT TUI France, lors de la conférence de presse de ce lundi.

Ces licenciements auront des conséquences sociales dramatiques qui risquent de plonger des dizaines de milliers de familles dans la précarité, et avec, leurs lots de divorces, de dépression et de suicides. Face à une attaque généralisée contre le monde du travail, une réponse d’ensemble de notre camp social qui coordonne les différents secteurs touchés et ceux qui le seront dans les mois à venir, est indispensable pour imposer une sortie de crise en faveur de la classe ouvrière.

Grandpuits, Sanofi, SKF… Des conflits combatifs qui peuvent faire tache d’huile

Cette initiative des TUI, s’inscrit également dans une séquence où plusieurs luttes marquées par leur combativité ont éclaté dans différentes entreprises, contre les suppressions d’emplois et les licenciements. C’est le cas à la raffinerie Total de Grandpuits, chez SKF, entreprise spécialisée dans les roulements à billes pour l’industrie automobile, ou dernièrement à Sanofi, géant de l’industrie pharmaceutique.

A Grandpuits, les raffineurs s’auto-organisent et mènent actuellement une grève reconductible majoritaire (98% de grévistes chez les postés) depuis le 4 janvier contre un plan de reconversion qui prévoit la suppression de 700 emplois (500 chez les sous-traitants et 200 chez Total). Depuis le début du conflit initié le 4 janvier, les grévistes font preuve d’une détermination exemplaire, et n’ont pas hésité à durcir le ton face au géant pétrolier avec des actions coup de poings comme l’organisation d’un barrage filtrant bloquant l’accès à la raffinerie. Présent lors de la rencontre initiée à l’appel des TUI ce lundi, Adrien Cornet, délégué CGT Grandpuits a résumé l’état d’esprit des salariés en lutte en appelant à manifester le 23 janvier : « actuellement il y a 700 plans sociaux en France, les travailleurs doivent prendre conscience qu’ils ont le rapport de forces parce qu’ils ont l’outil de travail entre les mains et le meilleur outil c’est la grève ! Ce matin il y avait des piquets à Avallon chez SKF, à Lattes chez Schneider Electric, et tous ces secteurs en lutte doivent s’unir. C’est pour ça qu’on a répondu à l’appel des TUI, et qu’il faut construire une coordination des boîtes en lutte ! ».

Les salariés de deux sites de SKF, à Avallon (Yonne) et Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire) ont engagé une lutte contre l’industriel suédois qui a annoncé la fermeture définitive du site d’Avallon (140 salariés) et la suppression de 110 emplois sur le site localisé en Indre-et-Loire. Interviewé dans nos colonnes, Lhoussaine Amchi, syndicaliste FO en grève contre SKF a également appelé à se mobiliser : « de mon point de vue, c’est la lutte jusqu’au bout, faut pas qu’on se laisse faire, on se bat avec nos armes. On va lancer un préavis de grève et va venir samedi 23 à la manifestation parisienne contre les licenciements à l’appel des TUI ».

Dernièrement, c’est du côté de Sanofi, que les salariés se sont mis en grève contre 1.000 suppressions d’emploi, dont 400 dans la recherche. Les grévistes dénoncent également la politique de l’entreprise qui a eu pour objectif de valoriser centralement le versement des dividendes aux actionnaires au détriment de la recherche et des conditions de travail des salariés qui se sont vues profondément dégradées. Une politique qui explique largement le retard pris par le géant pharmaceutique dans la mise au point d’un vaccin contre la Covid-19.
 
Interviewé mardi matin par France Info au sujet des suppressions d’emploi par Sanofi, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez s’est simplement contenté de commenter le plan de restructuration de la façon suivante : « on peut s’interroger si le retard du développement du vaccin chez Sanofi n’est pas lié à cette perte de compétences, à cette perte de savoir-faire », ne mentionnant à aucun moment la grève des salariés du groupe et ne donnant aucune perspective aux travailleurs en lutte. Le dirigeant de la CGT s’est ainsi contenté d’interpeler le gouvernement sur le versement des dividendes.

De la même manière si plus d’une vingtaine de syndicats CGT ont signé l’appel à manifester le 23 janvier, la confédération syndicale n’a quant à elle pas appelé à rejoindre cette date, préférant multiplier les journées isolées de mobilisation sans proposer de plan de bataille d’ensemble. Pourtant, face aux licenciements et aux suppressions d’emplois, c’est bien dans la rue et par la grève qu’il faudra construire le rapport de force pour l’emploi, tous ensemble. C’est à ce titre que la manifestation du 23 janvier est une première étape pour construire la riposte.




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