Le 18 octobre, et après on fait quoi ?

Lutte pour les salaires et remise en cause du cadre néolibéral

Gaëtan Gracia, CGT Ateliers de Haute-Garonne

Lutte pour les salaires et remise en cause du cadre néolibéral

Gaëtan Gracia, CGT Ateliers de Haute-Garonne

Le haut niveau d’inflation et la grève reconductible des raffineurs ont imposé la question des salaires dans le débat public, ouvrant la perspective de transformer la lutte pour les salaires en une lutte directement politique.

Le haut niveau d’inflation et la grève reconductible des raffineurs ont imposé la question des salaires dans le débat public, ouvrant la perspective de transformer la lutte pour les salaires en une lutte directement politique. Pour cela, il est nécessaire de comprendre pourquoi la reconfiguration des négociations salariales a été l’un des piliers de l’offensive néolibérale et, surtout, de défendre un programme qui remette en cause ce cadre.

Inflation : pourquoi ça va durer

Si, dans un premier temps, la hausse des prix a été décrite comme un phénomène temporaire, les voix qui se voulaient rassurantes (on pense à Bruno Le Maire nous annonçant chaque mois que le pic de l’inflation était atteint) sont désormais obligées de revoir leur copie. Une inflation forte s’est installée, autour de 10% en moyenne en Europe, tirée vers le haut par les prix de l’alimentaire ou de l’énergie, et cette situation est partie pour durer.

Si la reprise des échanges post-covid et la guerre en Ukraine sont des déclencheurs et des accélérateurs de l’inflation actuelle, ses racines sont à chercher dans des causes plus structurelles et profondes. Comme l’écrit Juan Chingo dans son article sur la « La fin des vents favorables de la mondialisation néolibérale », nous ne faisons pas face à une crise conjoncturelle, mais au retournement de tendances profondes qui s’étaient développées depuis les années 1970 et 1980.

La « globalisation néolibérale » qui a caractérisé cette séquence précédente, imposée sur la base de la défaite de la combativité ouvrière post-68, n’a pas consisté seulement en des privatisations et des attaques sur la classe ouvrière mais également en une réorganisation profonde du processus de production mondial. Dès les années 80, puis avec la restauration du capitalisme en Chine, en Russie et en Europe de l’Est, on assiste à un développement des chaînes de valeurs au niveau international et à une internationalisation du processus de production. La Chine, souvent qualifiée « d’atelier du monde », a occupé une place centrale dans ce processus. Mais cette mondialisation des échanges est dans le même temps « source de fragilités et de dépendances plus que de paix et de prospérité », comme l’écrit Aude Martin dans le numéro de septembre d’Alternatives économiques.

La guerre en Ukraine est venue renforcer ce panorama instable. Le retour de tensions géopolitiques - ce « retour de l’histoire » comme certains ont répondu en référence à la « fin de l’histoire » de Fukuyama -, était observable même avant le déclenchement de la guerre, que ce soit par l’augmentation de l’intensité des guerres douanières, principalement entre les États-Unis et la Chine, par les conflits régionaux, ou avec le « pivot stratégique » de l’impérialisme américain, initié en 2011, se préparant aux affrontements entre grandes puissances.

A cette combinaison de facteurs et de tendances lourdes, d’autres peuvent être ajoutés, comme l’aggravation du réchauffement climatique et la fréquence des catastrophes climatiques qu’elle provoque. Les sécheresses de plus en plus fortes et répétées ont pour conséquence des tensions sur les denrées alimentaires, voire des pénuries, toujours accompagnées d’une hausse de prix. Cet été, on a vu comment cela pouvait se combiner avec la situation du blé ukrainien par exemple, et l’impact sur les prix qu’une telle conjonction de facteurs pouvait avoir.

Ce retour de l’inflation entraîne aussi une modification du contexte politique. En effet, le contrat implicite du capitalisme à la sauce néolibérale consistait à justifier la modération salariale par des prix bas et une faible inflation. Les travailleurs devaient accepter le risque du chômage et les délocalisations en échange d’un accès à des marchandises bon marché et de la possibilité de devenir des consommateurs. Le retour en force de l’inflation a fait exploser ce cadre et est venu approfondir la crise idéologique de la classe dominante, rampante depuis 2008.

L’inflation, qui est en grande partie la conséquence d’une politique commerciale plus agressive et d’abord conduite par les grands groupes, créait un contexte favorable à une hausse généralisée des prix. Cela marque ainsi le retour d’une « politique de formation des prix », que peuvent se permettre les capitalistes les plus consolidés. [1] » Cette politique de prix joue pour une grande part dans l’inflation. Ainsi, aux États-Unis, une étude de l’Economic Policy Institute démontre que l’augmentation des profits a joué une part majoritaire dans l’augmentation des prix et est responsable de 53% de leur hausse. Contrairement à la fameuse boucle « prix-salaires » qu’agitent comme menace les économistes mainstream pour justifier leur refus d’augmenter les salaires, c’est davantage une boucle « prix-profit » qu’on observe dans de nombreux cas.

Ce sont toutes ces causes qui expliquent que l’inflation est une caractéristique de la crise que nous traversons et qui s’apprête à durer. En tant qu’elle est une crise d’ensemble du capitalisme contemporain contre les travailleurs et les classes populaires, elle exige une réponse d’ensemble. Il n’est donc pas satisfaisant de réduire la question à celle de grands groupes faisant des « superprofits » en fixant les prix qu’ils veulent car cela tend à masquer la crise plus profonde que traverse le capitalisme et à détourner du programme global à mobiliser contre cette crise.

En définitive, que ce soit pour augmenter les profits ou pour ne pas trop les diminuer, les effets sur l’immense majorité des travailleurs restent les mêmes : une diminution forte du salaire réel.

Qui paye l’inflation ?

Le taux d’inflation étant une moyenne, celle-ci n’est pas vécue de la même manière par tous. En France par exemple, l’inflation pèse deux fois plus fort sur les 20% de ménages les plus pauvres que sur les 20% les plus riches. En Italie, le rapport est de 1 à 5. Et c’est cette même tendance qu’on retrouve partout.

Ici, le gouvernement se vante d’un taux d’inflation autour de 6%, inférieur à la moyenne européenne. Pourtant, la baisse de salaire réel en France est une des plus fortes de la zone euro, comme l’a confirmé l’OCDE dans une étude montrant que les revenus réels (c’est-à-dire une fois prise en compte le poids de l’inflation), ont baissé en France de 1.9% sur le seul trimestre 2022, soit une des plus fortes de la zone. La raison est simple : les salaires ont encore moins suivi l’inflation qu’ailleurs en Europe. C’est le résultat d’une politique consciente du gouvernement et du patronat français, qui préfèrent additionner les mesures ponctuelles, comme les chèques énergie, les remises à la pompe, ou les primes, que de laisser la colère se traduire par des augmentations de salaires durables.

Cette crise inflationniste risque d’être d’une plus grande violence que celle des années 1970, dans la mesure où elle survient après des décennies d’attaques et de politique de bas salaires, quand celle des années 1970 arrivait à la suite d’une séquence de boom économique. Du point de vue du vécu de ceux qui la subissent, la différence est énorme. Dans les années 1970, les salaires réussissaient malgré tout à suivre, et même à se situer un peu au-dessus de l’inflation. Autrement dit, les salaires réels continuaient d’augmenter au début des années 1970, même s’ils marquaient un fort ralentissement. Entre 1968 et 1973 par exemple, les salaires réels moyens augmentent en moyenne de 4% par an. Un mouvement ouvrier plus fort et organisé, ou encore une augmentation de la productivité bien supérieure à aujourd’hui, peuvent expliquer cette différence.

Aujourd’hui, on retrouve parmi ceux qui souffrent le plus de l’inflation les mêmes que ceux qui ont été en première et deuxième ligne face à la pandémie : travailleurs des secteurs dits « essentiels », dans le commerce, l’alimentaire mais aussi dans l’industrie par exemple. C’est pourquoi les grèves se sont d’abord exprimées dans ces secteurs-là. Mais elles se sont rapidement étendues à divers secteurs, du privé comme du public, plus ou moins organisés, jusqu’à toucher y compris des cadres et ingénieurs comme à Thalès dans l’aéronautique. Plus récemment, ce sont les secteurs qui ont été aux avant-postes de la lutte des classes de ces dernières années, comme les cheminots ou la RATP qui se sont mobilisés, et bien sûr les raffineurs qui ont poussé la question des salaires sur le devant de la scène politique.

La question des salaires en France : un bref retour historique

Les luttes pour les salaires sont aussi vieilles que le capitalisme. Mais selon les périodes et le rapport de forces entre les classes, elles ont eu un poids plus ou moins grand dans la vie politique française.

Ainsi, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale par exemple, où le rapport de force était très favorable au mouvement ouvrier, l’État s’est vu contraint de mettre en place un relèvement général des salaires par ordonnances, et cela est même arrivé plusieurs fois entre 1944 et 1950. A l’inverse, à partir de 1950, le gouvernement reprend des forces suffisantes pour imposer un « retour à la liberté des salaires », qu’il accompagne d’une loi qui met en place le SMIG (Salaire Minimum Garanti, l’ancêtre du SMIC). A partir de ce moment, l’État n’intervient plus que pour le salaire minimum.

En 1952 l’État met en place une loi d’indexation des salaires sur l’inflation mais celle-ci ne concerne que le salaire minimum, et fixe par ailleurs un palier de 5% d’inflation en-dessous duquel les salaires ne sont pas revalorisés. De fait, comme le taux d’inflation sur un an ne dépassera jamais les 5% dans les années qui suivent l’adoption de cette loi, celle-ci ne sera donc jamais appliquée. Cette notion de palier est clé et a toujours servi à limiter les mécanismes d’indexation que la bourgeoisie s’est parfois vu forcée de concéder [2]. Mais ce qui se joue, surtout, pour les capitalistes de l’époque, c’est d’installer l’idée que l’État ne peut pas légiférer sur les salaires, au-delà du salaire minimum.

En 1959, après que quelques secteurs aient réussi à inclure des clauses d’indexation de salaire dans leurs accords de branche, une loi vient interdire explicitement toute clause d’indexation dans les accords de branche. Là encore, la notion d’indexation n’est retenue que pour le salaire minimum.

Mai 68 vient redonner une vigueur à la revendication d’échelle mobile des salaires (formule que l’on utilisait alors pour parler de l’indexation des salaires), et Georges Séguy dira même aux journalistes à la sortie d’une des négociations de Grenelle que l’échelle mobile était un préalable à toute signature d’accord. Les accords de Grenelle n’en feront pourtant pas mention, même si la CGT fera campagne pour ce mot d’ordre dans les années qui suivent face à la montée de l’inflation.

C’est le gouvernement de gauche de Mitterrand qui viendra donner le coup de grâce en 1982 avec ce qu’on appelle parfois abusivement la « désindexation des salaires ». Abusivement car elle laissait entendre qu’une loi d’indexation des salaires aurait existé alors qu’excepté le salaire minimum et le point d’indice de la fonction publique, aucune loi n’obligeait les patrons à revaloriser les salaires du privé à hauteur de l’inflation. Ce mythe d’une indexation générale des salaires qui aurait existé en France fait en réalité référence à ce qui avait cours alors, c’est-à-dire une sorte de convention informelle dans les négociations de branche. C’est ce qui est attaqué par le gouvernement Mauroy dès 1982 qui dit vouloir mettre fin à l’indexation qui « alimente l’inflation », tout en prétendant avoir pour objectif de « préserver le pouvoir d’achat ». Le gouvernement « recommande » alors aux « partenaires sociaux » de ne pas suivre l’inflation. Aujourd’hui, il est explicitement interdit dans la loi de négocier au niveau des entreprises ou des branches des clauses d’indexation des salaires sur l’inflation ou sur le SMIC.

Cette politique de « désindexation » marque le début d’une offensive contre les salaires réels au niveau international. A partir des années 1980, le degré d’indexation des salaires baisse dans tous les pays de l’OCDE, y compris en Italie et en Belgique ou elle était une tradition très ancrée.

La mise en place du cadre néolibéral et les transformations du rapport de force dans les négociations salariales

Au-delà des dispositifs législatifs, ce qui se joue au cours de l’offensive néolibérale initiée dans les années 1980, c’est la transformation du rapport de force objectif entre les classes, qui aura, entre autres, des conséquences profondes dans les négociations salariales. Sans revenir sur l’ensemble des enjeux de cette offensive néolibérale (privatisations, attaques croissantes contre les travailleurs, début du chômage structurel, démantèlement de l’« Etat providence », etc.), notons que celle-ci a notamment eu pour effet une fragmentation de l’ordre productif et des unités de production. Comme l’expliquent Emmanuel Barot et Juan Chingo, il faut bien voir « qu’ en France, l’objectif central de la bourgeoisie ne fut pas seulement de s’imposer contre les autres bourgeoisies : pour cela, tout autant et prioritairement il s’agissait dorénavant de briser par avance les conditions de possibilité d’un nouvel épisode de terreur comme celui de mai 1968. (…) Ainsi, la fragmentation de la production n’est pas simplement l’effet mécanique d’une crise de l’industrie française et du modèle fordiste en général : dans un contexte de concurrence exacerbée par la crise, ce fut aussi une stratégie consciente de dilution du poids objectif de la classe ouvrière par la bourgeoisie. »

Cette reconfiguration de l’ordre productif a pris la forme d’une grande entreprise de fragmentation de la classe ouvrière, entraînant une mise en concurrence accrue (renforcée par les menaces de délocalisations et le développement du chômage de masse), une dislocation des collectifs de travail et des solidarités associées, une fragmentation des statuts et une individualisation croissante des travailleurs. Tout cela a eu des impacts certains, non seulement dans le rapport de force objectif entre les classes, mais également dans la façon dont la conscience de classe et les représentations que les travailleurs se font de leur identité se construisent.

Dès 1848, Marx observait en effet que le développement de l’industrie et la concentration des travailleurs participaient à augmenter leur cohésion et la conscience de leurs propres forces. Dans le Manifeste du parti communiste, il écrivait ainsi que « le développement de l’industrie, non seulement accroît le nombre des prolétaires, mais les concentre en masses plus considérables ; la force des prolétaires augmente et ils en prennent mieux conscience ». Une réalité dont les classes dominantes se sont bien rendues compte après 1968, et à laquelle elles ont cherché à répondre.

Du point de vue des négociations salariales, la mise en place des Négociations annuelles obligatoires (NAO), en 1982, vient symboliser cette nouvelle configuration. Présentée comme une mesure de gauche, dans la mesure où elle impose aux patrons de négocier chaque année les salaires, celle-ci a en réalité pour conséquence de diviser la lutte pour les salaires entreprise par entreprise, et tend donc à déposséder la classe ouvrière de ce qui fait sa force, c’est à dire son nombre et son unité dans l’action. Divisées et désynchronisées, les NAO jouent donc un rôle important pour faire de la question salariale une question purement syndicale et locale. Et pour rendre cette mesure plus acceptable encore auprès du patronat, son adoption s’accompagne à l’époque de ce que l’on appelle aujourd’hui « l’inversion de la hiérarchie des normes », c’est-à-dire de la possibilité de négocier des dispositions, à l’époque sur un nombre très limité de sujets, plus défavorables que celles prévues par la loi ou dans l’accord de branche. Le mitterandisme a donc bien joué un rôle central dans la mise en place du cadre néolibéral dans lequel se joue la question des salaires aujourd’hui. Et c’est ce même cadre qu’il faut remettre en cause aujourd’hui.

La responsabilité politique de la gauche et des directions syndicales

Le « tournant de la rigueur » est venu mettre en lumière l’alignement total de la social-démocratie sur les intérêts de la bourgeoisie et son ralliement à l’offensive néolibérale. La suite de l’histoire, jusqu’à l’adoption de la loi Travail en 2016, a montré que le Parti socialiste ne s’est pas contenté de jouer un rôle de second plan dans l’inscription du néolibéralisme en France. Le PCF a suivi une trajectoire semblable, en participant à plusieurs gouvernements « sociaux-libéraux » avec le PS. Aujourd’hui, une organisation comme la France Insoumise adapte son programme sur les salaires à l’idée selon laquelle « l’État ne peut légiférer sur les salaires ». En effet, si son programme comprend une hausse du SMIC (en précisant bien que cela peut être fait par décret rapidement), celui-ci propose pour tous les autres salaires une conférence réunissant organisations patronales et syndicales pour négocier branche par branche. Autrement dit, obligation de négocier mais pas d’augmenter les salaires, soit rien de plus que ce qui existe déjà.

Du côté syndical, les bureaucraties ont accepté et accompagné ces reculs, en se conformant toujours plus au jeu du « dialogue social ». Celles-ci n’ont pas cherché à remettre en cause le nouveau cadre de négociations salariales et se sont conformées aux négociations entreprise par entreprise.

En définitive, ce n’est pas seulement la stratégie de la bourgeoisie qui est responsable des transformations du rapport de forces entre les classes et de la crise de subjectivité du prolétariat. La gauche traditionnelle et les directions syndicales ont joué un rôle clé dans ce processus et continuent en restant adaptées à ce cadre plus défavorable aux travailleurs.

Profiter de la situation actuelle, rompre avec le cadre néolibéral des négociations salariales

Aujourd’hui, après l’expérience de la pandémie et la mise en lumière des secteurs essentiels « en première ligne » face au covid, il est possible de constater un meilleur équilibre des forces. Poussés par l’inflation, de nombreux travailleurs relèvent la tête. La grève reconductible des raffineurs a imposé la question des salaires dans le débat politique national. Cette situation a ouvert la possibilité de transformer la lutte salariale d’une protestation (professionnelle ou économique on pourrait dire) en une lutte politique contre le gouvernement et les patrons qui refusent de céder à cause de la crise. Autrement dit, la situation actuelle pourrait être un point d’appui pour rompre avec le cadre défavorable des négociations salariales qui s’est imposé dans la dernière séquence et pour refaire de la question des salaires une lutte de la classe dans son ensemble. Il est évident que cela ne peut se faire ni dans une logique corporatiste ou localiste, ni dans une logique de dialogue avec le gouvernement comme le propose la CGT avec son illusoire « Grenelle des salaires ».

Pendant toute la dernière séquence, une grande limite de la direction de la CGT a été d’appeler à une journée de grève nationale sans mettre en avant de mots d’ordres clairs et compréhensibles par tous comme un objectif à atteindre, par exemple augmentation immédiate de tous les salaires de 400€ et indexation des salaires sur l’inflation, plutôt que d’avancer l’idée d’augmentation des salaires en général. Ceci a finalement changé, sous l’effet de la pression de la base du syndicat et de la grève dans les raffineries et dépôts pétroliers, avec l’appel à la mobilisation de 27 octobre et le 10 novembre.

En ce qui concerne la politique de La France insoumise et de la Nupes, celles-ci n’ont pas intégré parmi les plus de 600 mesures qu’elles revendiquent dans leur programme ni l’augmentation de tous les salaires ni leur indexation sur l’inflation. [3].

A Révolution Permanente, nous défendons l’augmentation immédiate d’au moins 400 € et l’indexation générale et immédiate de tous les salaires. Ces mesures, qui ont pour objectif de sortir la tête de l’eau les millions de salarié.e.s et leur famille qui font face aujourd’hui à des situations très difficiles et parfois dramatiques, ont également pour but de lutter contre les divisions qui existent au sein de notre camp. Contrairement à ce qu’affirme Laurent Berger, patron de la centrale syndicale la plus traître du pays, nous sommes convaincus que c’est par la convergence des secteurs et des salariés que des ces revendications pourront être obtenues. La négociation salariale par branche ou par entreprise ne peut que nous affaiblir. De même en ce qui concerne les revendications de salaires en pourcentage, qui ont pour conséquence de renforcer les divisions et la concurrence entre ceux qui s’en sortent moins mal et ceux qui sont les plus précaires.

L’indexation automatique et générale de tous les salaires, des pensions et des minimas sociaux sur l’inflation que nous revendiquons porte en germe une remise en cause profonde de la logique capitaliste. De fait, une réelle indexation des salaires n’a jamais existé ni en France, comme on l’a démontré, ni même aujourd’hui en Belgique malgré le maintien de mécanismes partiels. Loin de provoquer une « boucle salaires-prix » comme le répètent les patrons, le gouvernement et la plupart des économistes, les augmentations de salaires vont surtout à l’encontre des augmentations de profit, comme le démontrait déjà Marx en 1865 dans Salaire, prix et profit. Dans une période inflationniste, elle devient une mesure vitale de sauvegarde du niveau de vie. Elle serait une vraie conquête pour notre classe, qui vaut la peine de mener un combat ensemble pour la gagner.

Nos revendications, c’est par la lutte qu’on les arrachera

Ces revendications n’ont rien d’une solution magique, qui pourrait être obtenue de la main d’un gouvernement, même affaibli par sa non-majorité à l’Assemblée nationale. Parce que la crise inflationniste que nous connaissons actuellement ne peut pas se réduire à des super-profits, mais qu’elle met au contraire en lumière une crise rampante du capitalisme, nous savons que la marge de manœuvre pour des solutions de compromis est mince sinon inexistante. C’est pourquoi, loin de défendre des mesures techniques qui viseraient à être appliquées telles quelles dans le cadre du capitalisme, nous défendons ces mots d’ordres comme des mots d’ordre d’action.

Ainsi, notre campagne cherche à rendre vivantes des revendications qui valent la peine de se battre tous ensemble et qui refusent la sectorisation de nos combats. Pour donner vie à de telles revendications, il faudrait qu’elles soient défendues par des secteurs importants du mouvement ouvrier dont on connaît la force de frappe (ce que les médias mainstream appellent le « pouvoir de blocage »). A travers la grève reconductible des raffineurs d’Exxon et de Total, c’est la classe ouvrière, dont la « disparition » est régulièrement invoquée, qui a fait une fois de plus son grand retour sur le devant de la scène politique, à quelques mois seulement de la réélection de Macron. En prenant de court le gouvernement et en imposant la question des salaires dans le débat public, les raffineurs sont venus rappeler qu’il existe encore en France des secteurs du monde du travail qui disposent de fortes positions stratégiques. Si les raffineurs, les travailleurs des centrales nucléaires, les cheminots et les agents des transports, qui disposent de telles positions, défendaient ce type de mot d’ordres, cela ouvrirait d’emblée la perspective de faire converger de nombreux secteurs plus précaires du monde du travail, et cela mettrait par ailleurs un coup à tous les discours qui font d’eux des « privilégiés » qui ne se battent que pour leurs intérêts propres. C’est ce type de logique que défendent les militants de Révolution Permanente et que nous invitons à discuter et à reprendre.

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NOTES DE BAS DE PAGE

[1D’un point de vue marxiste, cette formation autonome des prix hors du schéma offre/demande vient ajouter à l’extraction de plus-value « classique » un phénomène de rente par les prix au profit du grand capital.

[2Encore aujourd’hui, l’indexation du SMIC sur l’inflation comprend ce mécanisme. En plus d’être revalorisé automatiquement sur l’inflation chaque 1er janvier, celui-ci l’est aussi à chaque fois que l’inflation dépasse 2% depuis la dernière revalorisation. Depuis longtemps, cela n’arrivait pas en cours d’année puisque l’inflation était faible, encore qu’elle n’était pas nulle. On peut donc parler pour le SMIC d’une indexation partielle sur l’inflation. En effet, chaque attente entre deux revalorisations provoque donc un « retard cumulé » de salaire réel. Exemple, si l’inflation grimpe de 1,5% en début d’année puis stagne, un smicard paiera ce qu’il achète 1,5% plus cher pendant toute l’année, avant que le SMIC ne soit revalorisé l’année suivante. Autre exemple, dans le cas actuel d’une inflation forte, les quelques mois qui sépare deux revalorisations par palier de 2% jouent le même rôle, et cumulent donc des pertes de salaire réel qui semblent invisibles une fois le SMIC revalorisé. C’est une différence importante avec une indexation automatique que nous revendiquons, c’est-à-dire une revalorisation des salaires chaque mois.

[3François Ruffin a d’abord été seul chez les députés FI à défendre cette mesure, reprise aujourd’hui timidement par quelques autres étant donné l’actualité évidente de ce mot d’ordre. Lors des débats sur la loi dite « pouvoir d’achat » en juillet 2022, celui-ci a défendu plusieurs amendements défendant l’indexation des salaires sur l’inflation, bien qu’avec une logique de compromis important enlevant toute vigueur à la revendication. Par exemple, en proposant que les revalorisations aient lieu tous les 6 mois ou encore en limitant l’indexation à une inflation de 8%. Il va sans dire que ces propositions d’indexation, même partielles, ont été rejetées.
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