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Jeunesse

Chasse aux pauvres

Lycéens boursiers : une demi-journée de maladie peut leur coûter 140€

O., mère célibataire et smicarde, est passée à deux doigts de se voir supprimer la bourse de lycée de son fils. La cause ? Une demi-journée d'absence pour maladie. Révolution Permanente a recueilli son témoignage.

jeudi 16 mai

Photo : © France 3 Champagne-Ardenne

« Mon fils est en terminale dans un lycée de Chambéry. Il y a deux mois, il m’appelle au boulot et me dit qu’il ne se sent pas bien. Je l’autorise donc à ne pas aller au lycée ce matin-là, et j’appelle le lycée pour les prévenir, puis ma médecin traitant pour prendre un rendez-vous de consultation. Malheureusement, ma médecin est absente pour raison médicale. Je cherche donc à avoir un rendez-vous chez un autre médecin, sans succès : pas de place.

L’après-midi, bien qu’il ne soit pas très en forme, mon fils retourne au lycée et présente le mot d’excuse que j’ai signé sur son carnet pour justifier son absence du matin. Mais le lendemain, l’administration du lycée m’appelle et me réclame un certificat médical pour justifier son absence. La CPE que j’ai au téléphone m’indique que c’est sa deuxième demi-journée sans justificatif et que par conséquent, le rectorat est intransigeant avec ça et va me suspendre la bourse de lycée de 140€/ trimestre. Je m’énerve, j’explique que la toubib était absente et, à court d’arguments face à sa surdité, je lui lâche : « et pour les élèves non boursiers, c’est quoi la sanction ? ». La répond ne se fait pas attendre : la CPE me répond qu’elle informe les parents, mais qu’il n’y a pas de sanction. Je continue à m’énerver, je lâche mes tripes : je leur dis que j’ai besoin de la bourse pour payer la cantine de mon fils, que je suis smicarde, mère célibataire. La CPE se radoucit alors : mon fils ayant de très bons résultats scolaires et étant rarement absent, elle accepte pour cette fois. J’ai raccroché, non sans leur faire remarquer que je trouvais ignoble cet acharnement sur les familles pauvres. »

Propos recueillis par Dom Thomas

Alors que le Sénat cherche à faire passer un amendement imposant la suppression d’allocation pour les parents d’élèves absentéistes, on voit à quel point ce chantage aux aides sociales ne conduit qu’à l’humiliation des familles pauvres, et au renforcement des inégalités sociales.




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