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Politique

A trois jours de l’anniversaire de la proclamation du « Califat »

Lyon-Isère. Assassinat et attentat manqué. A qui profite le crime ?

Comité de Rédaction Attaques coordonnées ou circonstances concordantes ? L’Etat Islamique a revendiqué, aujourd’hui, trois jours avant le premier anniversaire de la proclamation du Califat, les exactions contre la population civile à Kobanê, au Kurdistan syrien, avec l’exécution de 156 civils, un attentat contre l’une des principales mosquées chiite au Koweït, une attaque contre une base des troupes d’occupation de l’Union Africaine perpétrée par les Shebab somaliens, et la fusillade qui a coûté la vie à près d’une quarantaine de touristes à Sousse, en Tunisie. Au même moment s’est produite l’attaque de Saint-Quentin-Fallavier dans l'Isère, à dix kilomètres de Lyon. Un homme a été décapité avant que Yassine Salhi, principal suspect et connu des services antiterroristes, arrêté sur place, ne veuille faire exploser l’usine Air Products.

vendredi 26 juin 2015

Mais que fait la police ?

Tout, dans le mode opératoire, laisse penser à une action artisanale perpétrée par un « loup solitaire » sur inspiration, plus que sur instigation de Daech. La présence du drapeau Rayat al-Uqab n’est pas, en soi, une preuve du lien direct entre Salhi et le Califat. Mais l’attaque, si elle avait réussi, perpétrée sur un site de classé Seveso 2, aurait pu avoir un impact catastrophique, comparable, peut-être, à celui d’AZF à Toulouse en 2001.

Un magistrat antiterroriste a témoigné sous couvert d’anonymat, pour Le Figaro, « qu’une fois de plus, l’un des auteurs présumés était connu des services et c’est toute l’ambivalence du système français : on pousse à des écoutes à "filet dérivant" alors qu’on n’arrive pas à traiter ceux qui sont déjà identifiés. Merah, Kouachi, tous étaient connus des services ». « Ce dont on a besoin, a-t-il ajouté, c’est d’une enquête qui démarre tôt pour mettre les personnes hors d’état de nuire. Multiplier les fiches S ne sert à rien. Ce qu’il faut, c’est agir à temps et judiciairement ».

Agir à temps ? Certains idiots, cependant, sont plus utiles que d’autres. Autant les barbouzes françaises n’ont jamais hésité à monter des affaires de toutes pièces contre les militants, que ce soient ceux de Greenpeace, avec le Rainbow Warrior, ou ceux de Tarnac, autant les services secrets semblent incapables d’empêcher le passage à l’acte des « islamistes radicaux » qu’ils surveillent, y compris lorsque certains, comme les frères Kouachi, avaient été suivis et traités par un agent français infiltré.

L’armée et l’esprit du 11 janvier appelés en renfort

Le premier effet de ce meurtre doublé d’un attentat manqué a été la réaction de Manuel Valls, qui compte bien raviver « l’esprit du 11 janvier ». Alors que Hollande vient d’ordonner le passage de la région lyonnaise au niveau Vigipirate maximal pour les trois prochains mois, on peut s’attendre, fondamentalement, à un renforcement de la militarisation de l’espace public des grandes villes. Il s’agit d’une présence symbolique, avec cette publicité dans le métro qui présente des soldats en opération de surveillance intérieure, mais aussi et surtout une présence très concrète, qui atteste du fait que l’engagement dans la sécurité intérieure de l’armée représente un changement stratégique de longue durée, concomitant du tournant bonapartiste gouvernemental.

Où sont les vrais responsables ?

Au Proche et au Moyen-Orient comme dans le Machrek, les attentats sont quasi-quotidiens et souvent bien plus meurtriers qu’en France, quoique les média n’en tiennent que peu compte, sauf lorsque des « occidentaux » sont visés. Expression du reflux des « Printemps arabes » et surtout conséquence des politiques et des interventions militaires impérialistes américaines et européennes dans la région, le fanatisme islamiste criminel a, bien évidemment, ses pendant hexagonaux : aux mêmes causes, les mêmes effets.

La pression de l’impérialisme, sans alternative révolutionnaire conséquente, est l’un des ressorts du développement de l’islamisme radical dans les pays arabo-musulmans sous-développés par le capital. Dans les pays impérialistes, en revanche, la poussée de la misère et de la ghettoïsation alimente la réaction et le repli sur la « communauté ». Le traditionalisme le plus sordide, poussé à ses extrémités, est aussi bien alimenté par les Dieudonné et Soral que leurs complices du FN, sous l’égide, surtout, d’un gouvernement responsable d’une hausse de 630.000 chômeurs depuis 2012.

Si la région lyonnaise est la zone géographique où se concentreraient le plus grand nombre de jeunes salafistes islamistes se prétendant affiliés à l’État islamique, ce n’est pas un hasard. On y retrouve la conjonction d’une ghettoïsation plus poussée des quartiers populaires et un racisme plus présent dans une région où l’extrême-droite est traditionnellement très implantée. Nadine Morano et Christian Estrosi se sont empressés de s’attaquer « aux naïfs » qui sous-estiment la menace de la « cinquième colonne », une expression reprise à l’extrême-droite. Ils disent, en réalité, tout fort ce que d’autres politiciens, de droite comme de gauche, distillent quotidiennement, de façon plus insidieuse.

Plus que jamais, comme à la suite des attentats réactionnaires et antisémites contre la rédaction de Charlie Hebdo et l’hyper-cacher de Vincennes, il faudra éviter le piège de « l’union sacrée » et du « pacte républicain ». Ceux qui sont, en dernière instance, complices ou, au bas mot, responsables de l’attaque d’aujourd’hui sont ceux-là mêmes qui appellent à l’esprit civique et à l’unité, stigmatisant les musulmans tout en appelant à ne pas faire d’amalgame. Voilà nos pires ennemis.




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