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Notre classe

Deux semaines de grève

Lyon. Partie de la base, la grève des éboueurs se poursuit et s’amplifie !

Les éboueurs de la métropole de Lyon entament leur troisième semaine de grève, revendiquant une hausse des salaires et de meilleures conditions de travail. Alors que la métropole tente de briser la grève en envoyant des entreprises privées ramasser les poubelles, ou en saisissant le tribunal de grande instance, les travailleurs en lutte ont été rejoints par les éboueurs de Pizzorno Environnement qui assure la collecte sur Lyon et Villeurbanne.

mardi 2 avril

A Toulouse, un message de soutien aux éboueurs autour de poubelles qui débordent, lors du conflit face à la métropole, en mars dernier
Crédit photo : Révolution Permanente Toulouse

Mardi 19 mars, un collectif d’éboueurs, chauffeurs et encadrants de la métropole lyonnaise lançait un mouvement suivi par une majorité de grévistes, dénonçant une perte de pouvoir d’achat (n’ayant pas été augmentés depuis des années alors que les prix eux sont en hausse), des conditions de travail dégradées, des pressions de la hiérarchie, la perte de primes ou la hausse constante des cadences. Les revendications des agents se veulent offensives : forte revalorisation salariale (+ 300€/mois), une prime d’intéressement et une amélioration des conditions de travail. Un gréviste explique pour 20 minutes : « Nous sommes les seuls agents à sortir par tous les temps. Nous nous sommes adaptés aux réorganisations. Si on prend notre fiche de poste, on fait tous 30 à 40 % de plus sans rechigner. »

Des conditions de travail qui ont été dégradées suite aux réorganisations. Alors que les agents sont au SMIC avec en complément des primes, la fin du « fini/parti » implique « des frais en plus quand vous avez des enfants par exemple. Avant, vous pouviez les garder quand vous rentriez plus tôt, maintenant, vous devez faire appel à une nounou, ce sont des frais en plus et moins de pouvoir d’achat », confie un éboueur à Lyon capitale. Des conditions de travail qui se sont dégradées de manière semblable à Chambéry ou Toulouse, où des mouvements de grève ont également eu lieu récemment autour de réorganisations dictées par les métropoles avec au menu, une dégradation des conditions de travail, et pour la métropole du sud-ouest, la suppression a minima de 32 postes de contractuels.

Une lutte radicale, partie de la base, et une filiation avec les gilets jaunes ?

Mais à la différence de Toulouse, les agents de la métropole lyonnaise se sont organisés en totale extériorité des syndicats. Avec une défiance certaine à leur égard, qui provient notamment d’une « trahison » lors du dernier mouvement de grève de 2012, les grévistes ont décidé de créer un collectif « déterminé », sans la présence de syndicats. Pour Lyon capitale, un gréviste explique, faisant référence à la « cassure » avec les syndicats lors de la grève de 2012 : « on n’a plus confiance depuis qu’on n’a pas eu tout ce qu’ils avaient promis. »

Si les syndicats sont un véritable outil de lutte pour les travailleurs, les grévistes semblent ici reprocher le manque de combativité que les dirigeants syndicaux peuvent exprimer localement, stoppant un mouvement de grève après des revendications minimales, bien éloignées des aspirations de la « base » des grévistes. Le quotidien 20 minutes explique qu’une intersyndicale s’est « montée en urgence pour encadrer le mouvement », celle-ci « contestée au sein du collectif d’éboueurs, a retiré mardi soir [le 26 mars] son préavis de grève suite à l’échec des négociations avec la métropole. » Il aura donc fallu moins d’une semaine à l’intersyndicale pour abdiquer, et de fait abandonner la majorité des agents, toujours en grève, défendant bec et ongles leurs revendications.

Pour autant, les syndicats n’ont pas pour vocation la trahison systématique des grévistes comme ç’a été le cas à Lyon, il est possible de fonder des sections syndicales combatives et anti-bureaucratiques, comme nous le racontaient récemment les militants de la section autonome UNSA SNMSAC DAA du sous-traitant aéronautique toulousain Derichebourg. Aussi, alors que les grévistes lyonnais ne veulent pas s’exprimer individuellement, les déclarations étant faites systématiquement au nom du collectif, ce qui traduit une aspiration démocratique forte, le parallèle s’impose avec la section syndicale UNSA de Derichebourg. Récemment, une grève chez ce sous-traitant aéronautique a été lancée par un collectif d’ouvriers non-syndiqués, A la différence de l’intersyndicale chez les éboueurs lyonnais ou des autres syndicats présents à Derichebourg, tous complètement à la remorque, la section locale UNSA a appuyé et accompagné d’emblée le collectif. Un soutien à la grève qui n’était ni artificiel ni synonyme de mainmise sur le collectif, puisque c’est uniquement ce dernier qui participait aux négociations.

A l’instar des grèves toulousaines, la mobilisation des éboueurs lyonnais est par ailleurs loin d’être déliée du mouvement des gilets jaunes. Clin d’œil évident, les grévistes se surnomment « gilets oranges », en référence à la couleur de leur habit de travail. « Ce qui nous rapproche des "gilets jaunes", c’est le ras-le-bol et la baisse du pouvoir d’achat », confiait un membre du collectif à 20 minutes. Alors qu’à échelle locale les grèves semblent se multiplier autour des revendications salariales, les gilets jaunes ne sont certainement pas étrangers à ce vent de révolte. Ils ont prouvé aux travailleurs que, par la lutte, il est possible de faire reculer le gouvernement et le patronat. Rien d’étonnant, dès lors, que de nombreux travailleurs décident de relever la tête.

La métropole tente de briser la grève, et saisit le tribunal de grande instance

Si, dans un premier temps, la métropole s’est enfermée dans un mutisme alors que les grévistes, se sont déplacés par trois fois au siège pour y rencontrer le président de la métropole David Kimelfeld, qui a refusé toute réunion, les choses ont changé depuis. Après une tentative de briser la grève en envoyant des entreprises privées se charger de la collecte des ordures, la métropole a finit par accepter des négociations face à la détermination des grévistes. Le collectif de grévistes enjoignait alors le président de la métropole : « cela fait trois fois qu’on va à la métropole sans le voir. Alors maintenant, on l’attend dans notre dépôt. Qu’il vienne nous rencontrer. Nous ne sommes pas violents ». Une rencontre a fini par avoir lieu sur le piquet de grève, vendredi 29 mars, témoignant du fait que les grévistes ont réussi à instaurer un important rapport de force.

Suite à cet échange, la métropole indiquait à Lyon capitale qu’une proposition avait été faite aux grévistes « comprise entre 82 et 159 euros brut mensuels, en fonction des situations de chaque agent », et de recruter 20 postes d’éboueurs d’ici au 1er juillet. Une offre qui ne convainc pas les grévistes qui revendiquent la même hausse de salaire pour tous. « On est prêt à arrêter la grève si la métropole nous propose 150 euros net d’augmentation et les mêmes acquis pour tous, même ceux qui sont arrivés il y a deux ans. On a fait le calcul, ça représente 918 000 euros en plus par an pour la métropole ».

Alors que la veille, 62 % des agents étaient encore en grève, mardi 2 avril la métropole saisissait le tribunal de grande instance « afin de permettre le déblocage de l’accès des usines d’incinération ». Les grévistes bloquent toujours l’incinérateur de Gerland, empêchant de fait, les camions d’entreprises privées de déverser les ordures, et toute collecte d’être faite. Par le recours à la justice, une menace de requisition avec intervention de la police, la métropole joue sur la répression pour tenter de briser la grève et reprendre la main. Cependant, la détermination des grévistes est intacte. « On se serre la ceinture depuis plusieurs années, s’ils veulent jouer la montre on est prêt à tenir et à continuer de se serrer la ceinture autant de temps que durera la grève », déclare un gréviste pour Lyon capitale.

Troisième semaine de grève, et une extension au privé, impactant la collecte sur Lyon et Villeurbane

Le même jour apparaissait un signal très positif pour les grévistes…

Ce mardi, dès l’aube, ils ont en effet été rejoints par les éboueurs de l’entreprise privée Pizzorno Environnement. La lutte des agents de la métropole fait des petits. Si la grève impactait jusque là une trentaine de communes de l’agglomération, les poubelles étaient toujours collectées à Lyon et Villeurbanne, puisque sur le secteur, c’est Pizzorno qui se charge de la collecte. Mais, suite à la dynamique de grève dure initiée par leurs collègues fonctionnaires, les éboueurs de Pizzorno, solidaires, ont décidé de suivre le pas. La 3ème ville de France, et sa voisine Villeurbanne ne tarderont pas à être impactées.

Alors que la troisième semaine de conflit débute, le mouvement de grève est donc en train de s’amplifier. Le préavis des grévistes de Pizzorno court jusqu’à fin avril, ils réclament notamment une hausse de 300€ de salaires. Les grévistes manifestaient ce mardi devant le site de Venissieux. D’après le syndicat Sud-Solidaires-Transport, « 90% des éboueurs ont débrayé ce mardi, impactant le ramassage des ordures dans le 3e, 6e et 8e arrondissement de Lyon mais également à Villeurbanne, Bron et Vaulx-en-Velin ». Une convergence entre public et privé qui est un exemple à suivre !




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