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Politique

Pour Macron, les Gilets jaunes "radicalisés" ont été conseillés par l’étranger

Invité à l’Élysée pour un entretien informel, le journal Le Point rapporte les propos lunaires d’Emmanuel Macron tenus en off sur la crise des Gilets Jaunes, qu'il accuse d'avoir été conseillés par l'étranger. Emmanuel Macron aurait-il viré complotiste ?

vendredi 1er février

« Le complotisme nourrit l’autoritarisme  », dit Macron au journal Le Point. Une déclaration surprenante compte tenu d’une interview lunaire qui cède elle-même aux sirènes du complotisme.

Le journal Le Point commence son article de but en blanc : "Le président de la République appelle les médias à se ressaisir et décortique l’influence des activistes et des Russes sur la frange radicale des Gilets jaunes." Puis il continue en affirmant que pour Macron, "il est évident que les Gilets jaunes radicalisés ont été « conseillés » par l’étranger."

En effet, à lire Macron, ce mouvement serait non seulement téléguidé "les deux extrêmes", - discours qui permet de décrédibiliser le mouvement d’une part en mettant dans le même sac extreme-gauche et extreme-droite ; et d’autre part en le réduisant, dixit Macron, à « 40 000 à 50 000 ultras violents qui veulent abattre les institutions  ». Une façon commode de nier son caractère de masse et directement politique. Mais, plus encore, comme le rapporte le journal Le Point, il ne fait aucun pour Emmanuel Macron que le mouvement des Gilets jaunes s’est fait avec "le concours d’une puissance étrangère". Citant ensuite les propos du président, où la Russie ferait office, à travers ses médias, de puissance déstabilisatrice : «  Les structures autoritaires nous regardent en se marrant, ajoute-t-il. Il ne faut pas se tromper. On est d’une naïveté extraordinaire... Donc, nous, on est des pitres ! La communication officielle ou celle de tous les mouvements traditionnels, elle est très peu active, très peu relayée. Les gens qui sont surinvestis sur les réseaux sont les deux extrêmes. Et après, ce sont des gens qui achètent des comptes, qui trollent. C’est Russia Today, Spoutnik, etc. Regardez, à partir de décembre, les mouvements sur Internet, ce n’est plus BFM qui est en tête, c’est Russia Today ».

Accuser indirectement une puissance étrangère – autoritaire de surcroît, comme la Russie, n’est pas seulement un élément de diversion, c’est aussi un coup politique à plusieurs bandes pour Macron.
Premièrement. Il s’agit de délégitimer les revendications des Gilets Jaunes, qui se seraient radicalisés non pas à cause de l’exploitation infernale qu’ils subissent, à cause de leurs conditions de vie et le mépris du gouvernement, mais à force de lire leur fil d’actualité Facebook.
Secondement. Accuser la presse, et plus particulièrement les réseaux sociaux, pourrait servir à légitimer les éventuelles offensives sur la liberté d’expression, surtout sur internet. Récemment, outre que Macron a évoqué la possibilité de mettre fin à l’anonymat sur Internet, l’OCLCTIC, qui dépend de la police nationale, a effectué une demande de retrait une photo publiée sur le réseau social de Google, Google+, où on voit Macron grimé en Pinochet et entouré de ses proche, Christophe Castaner et Edouard Philippe.
Enfin, en accusant un pouvoir étranger autoritaire comme la Russie, Macron se blanchit par contraste et fait de la France un grand pays de « démocratie ». Pourtant, compte tenu des violences policières absolument monumentales depuis le début du mouvement, la « démocratie » à la française s’exprime principalement par le flashball et la matraque. Ainsi, Sebastien Sébastien Roché, sociologue spécialiste de la police, note que « l’autorisation politique de l’usage du LBD traduit le degré de démocratie dans chacun des pays ». Pour le chercher, la France se situe en effet dans le même groupe que la Turquie, la Hongrie, la Pologne, le Portugal et la Grèce, « des pays qui ont une expérience démocratique courte », face aux pays nordiques ou au Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne se situant dans une position intermédiaire.

Macron a beau jeu, donc, de fantasmer sur quelque influence occulte d’une puissance étrangère, c’est bien la police « républicaine » qui aujourd’hui se radicalise en même temps que Macron et son gouvernement. Ce samedi est prévu à ce titre une marche blanche, en hommage à tous les blessés depuis le mouvement.




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