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Politique

« Vivre avec » quoi qu’il en coûte

Macron annonce un déconfinement progressif en déconnexion totale avec la situation épidémique

Dans une interview accordée à la presse régionale, le président a dévoilé son plan de déconfinement en quatre étapes, au mépris de la situation épidémique et sans aucun changement dans la stratégie de prévention, et ce alors qu’un premier cas de variant indien a été détecté sur le territoire français.

jeudi 29 avril

L’interview était censée être publiée vendredi, mais Europe 1 a finalement fait fuiter les principaux éléments de l’entretien avec Emmanuel Macron, dans lequel il dévoile le calendrier de l’allègement des mesures prises contre le Covid-19. C’est désormais officiel : le déconfinement sera progressif et a priori national. Il se déroulera en quatre étapes.

La première étape débutera le 3 mai, avec une réouverture partielle des collèges et des lycées, et une levée de l’interdiction des déplacements interrégionaux. La deuxième débutera le 19 mai, et prévoit notamment le décalage du couvre-feu à 21h, la réouverture des terrasses et des lieux culturels (avec une limite de 800 personnes à l’intérieur). Le 9 juin, le couvre-feu devrait être décalé à 23h, les cafés et restaurants devraient pouvoir accueillir des clients en intérieur, et les lieux culturels aussi, sur présentation du pass sanitaire. Dernière étape prévue le 30 juin, avec une levée quasi totale des restrictions sanitaires. Un étalement qui sert en réalité à laisser une marge de manœuvre au gouvernement qui ne maîtrise en rien l’évolution de l’épidémie.

Infographie du Parisien résumant le calendrier du déconfinement

Si l’ouverture des collèges et lycées à la rentrée était attendue, c’est désormais tout le calendrier de déconfinement qui est connu. Après des mois de privations, d’isolement, de répression, un allègement des mesures de confinement était bien évidemment attendu par la population, sans compter les secteurs entiers privés d’activité à cause des mesures restrictives, comme le secteur de la culture, celui de la restauration, ou celui de l’hôtellerie. Une impatience compréhensible sur laquelle s’appuie Macron pour son projet de réouverture à tout prix, même celui des vies humaines.

Un déconfinement, mais à quel prix ?

« L’étape zéro, c’était la réouverture des écoles le 26 avril. Nous avons assumé cette priorité éducative et cette stratégie de vivre avec le virus, y compris face à un haut niveau d’incidence, supérieur à celui de nos voisins. » En effet, le président assume sa volonté d’avoir gardé les écoles ouvertes au mépris du risque sanitaire, sous prétexte de se soucier de l’éducation des enfants. En réalité, il s’agissait surtout de fournir au patronat une garderie nécessaire pour que les parents puissent travailler, et ainsi maintenir les profits des grandes entreprises.

C’est cette même stratégie de « vivre avec le virus », qui en réalité n’en est pas une, mais plutôt un renoncement qui ne dit pas son nom, que Macron propose pour les semaines à venir. Car ces propositions ne sont pas fondées sur les indicateurs sanitaires, qui sont toujours au rouge. Près de 300 personnes meurent encore chaque jour du Covid, un chiffre catastrophique, malheureusement rendu morbidement banal à cause de l’incompétence du gouvernement depuis le début de la crise. Plus de 400 personnes sont admises chaque jour en réanimation à cause du Covid, sachant que ces services accueillent déjà 6 000 personnes. « On va voir comment les indicateurs évoluent mais le gouvernement a l’air de se ficher complètement des indicateurs, des morts et de l’épuisement du personnel hospitalier. C’est une décision politique qui est juste pour faire plaisir, qui a l’air très sympathique sur le papier, mais qui dans la réalité est une catastrophe. » alerte l’épidémiologiste Catherine Hill, sur franceinfo.

Pour justifier une réouverture, il faudrait une amélioration de la situation sanitaire, ou un changement de stratégie de prévention. Or rien n’a changé dans la stratégie gouvernementale. Aucun dépistage massif n’a lieu, et les campagnes de dépistages dans les écoles sont risibles. « Au lieu de freiner davantage et de s’organiser enfin pour dépister massivement la population et isoler les gens qui sont positifs avant qu’ils n’aient des symptômes, on va laisser le virus se remettre à circuler et je crains le pire. C’est vraiment extrêmement catastrophique comme idée. » explique Catherine Hill.

Pire, cette annonce arrive alors que le premier cas du variant indien, qui semble toucher une population plus jeune et être plus résistant, a été détecté dans l’Hexagone. Une situation explosive, donc, contre laquelle le directeur de l’OMS Europe met en garde : « C’est toujours un défi énorme dans les pays où les mesures de protection individuelle sont relâchées, où il y a des rassemblements de masse, où il y a des variants plus contagieux et où la couverture vaccinale est encore faible, cela peut provoquer une tempête parfaite ». Un avertissement qui décrit parfaitement la situation française actuelle.

Une réouverture sans stratégie de prévention, ou comment aller droit dans le mur

En octobre, le seuil de déconfinement était à 5 000 cas par jour, il est aujourd’hui à plus de 30 000. Macron justifie une telle différence par l’arrivée des vaccins, qu’il qualifie de « vrai changement » dans la situation épidémique. Mais rien n’est moins sûr, quand on sait que moins de 10 % de la population est pleinement vaccinée, et que des pans entiers de la population sont vulnérables face au Covid et toujours pas éligibles à la vaccination. Aujourd’hui, des médecins en arrivent même à jeter des doses, faute de candidats (ou faute de moyen efficace de les contacter).

Le pari gouvernemental de tout miser sur la vaccination a été un échec, non pas à cause de l’inefficacité des vaccins, mais à cause de l’inconséquence du gouvernement, qui a menti sur les pénuries de doses et a créé les conditions d’une défiance réelle contre notre seul outil de lutte contre le virus. D’ailleurs, dans le plan de déconfinement, aucun objectif de vaccination n’est mentionné.

Dernier élément important du calendrier : l’apparition d’un pass sanitaire, qui conditionnera l’accès aux « lieux où se brassent les foules ». Si Macron se défend de vouloir l’étendre aux « lieux de la vie de tous les jours » comme les restaurants, ou les cinémas, son application reste une très mauvaise chose dans un climat de méfiance aiguë envers la vaccination. Chez une population hésitante, voire hostile à se faire vacciner, l’aspect coercitif (même minime) du pass sanitaire, et son annonce en catimini au milieu d’autres mesures d’assouplissement ne feront qu’alimenter leur défiance. De plus, quelle est la pertinence d’un pass sanitaire attestant d’une vaccination (ou d’un test négatif) dans un pays qui peine déjà à vacciner le peu de personnes éligibles, et qui ne sait même pas si les doses prévues pour le grand public seront reçues en temps, en heure et en quantité suffisante ?

Tout va donc changer alors que rien ne change. Le télétravail va être assoupli dans une dizaine de jours alors qu’aucune campagne de dépistage à grande échelle n’est prévue. Les écoles et les lieux culturels vont rouvrir sans aucun protocole sanitaire à la hauteur. Le gouvernement et sa stratégie pro-patronale est responsable de la catastrophe épidémique actuelle, et persiste sur cette ligne avec cette annonce de déconfinement à mille lieues des mesures nécessaires aujourd’hui.

La réouverture est souhaitable après plus d’un an de calvaire, mais elle ne doit pas se faire au mépris des vies humaines, pour permettre à l’économie de rester à flots. Elle doit être conditionnée à une stratégie efficace pour briser les chaînes de contamination. Les soignants et les chercheurs, main dans la main avec les travailleurs exposés au virus, doivent être au cœur de l’élaboration d’un déconfinement adapté à la situation sanitaire, qui doit se faire en temps et en heure, et pas de manière précipitée pour sauver les profits des grands patrons.




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