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Politique

SALON DE L'AGRICULTURE

Macron casse sèchement un étudiant sur la baisse des APL : un retour du mépris risqué

« Vous voyez bien qu'à force de dire tout et n'importe quoi, ça ne marche pas ! », « Alors avant de parler, allez travailler un petit peu et venez me revoir. » Ce week-end, lors de sa visite d'inauguration du salon de l'agriculture, Emmanuel Macron s'est montré offensif, se faisant remarquer en remballant sèchement un étudiant qui l'interpellait sur ses conditions de vie et la baisse des APL. Un retour des « petites phrases » méprisantes et des provocations qui pourrait bien coûter cher au gouvernement.

lundi 24 février

Le Salon de l’Agriculture se tient cette année du 22 février au 1er mars à Paris, et comme le veut la tradition, le Président de la République inaugurait cette 57° édition samedi. Ce passage obligé, où les interpellations des politiciens sont monnaie courante, n’a pas dû être appréhendé sans crainte par celui qui y a déjà reçu un œuf sur la tête, et qui depuis quelques mois ne peut se montrer en public sans soulever sur son chemin interpellations et manifestations de contestation.

Alors que le public du célèbre Salon n’a pas déçu les attentes, mettant en difficulté le Président dès son arrivée en lui demandant par exemple l’augmentation des pensions de retraites des actuels retraités agricoles (augmentation qu’a refusée le président prétextant ne pas pouvoir s’occuper du passé !), Macron lui non-plus n’a pas manqué de s’illustrer dans un numéro dans lequel on ne le connaît que trop bien : celui des « petites phrases » connues pour être la marque de fabrique de la Macronie. Un retour des recadrages méprisants qui, en pleine période intense de lutte des classes, ressemble plus à un numéro d’équilibriste, qu’aux sorties désinvoltes du président jupitérien d’il y a maintenant plus de deux ans.

Mépris et mensonges : Macron remballe un étudiant sur la baisse des APL et prétend « aider » les étudiants !

Entre deux allées du Salon, c’est ce samedi un jeune qui a été l’objet des foudres d’un Emmanuel Macron tendu, prêt à dégainer son dédain pour faire taire toute opposition. A l’interpellation de cet étudiant sur ses conditions de vie et en particulier la baisse des APL, c’est du tac au tac que le Président lui demande sèchement à combien s’élevait sa sécurité sociale avant son élection. Fier d’avoir posé une colle à l’étudiant pris de court, c’est sur un ton plus hautain et satisfait encore qu’Emmanuel Macron lui assène un « Alors avant de parler, allez travailler un petit peu et venez me revoir. On vous aide et j’ai baissé la sécurité sociale étudiante de 100€ par an alors ne venez pas me mettre les 5€ en face », « Vous voyez bien qu’à force de dire tout et n’importe quoi, ça ne marche pas », manifestement agacé, comme fatigué du bruit de la contestation sociale qui bourdonne à ses oreilles depuis des mois.

Difficile de déterminer ce qui est le plus détestable dans cet échange : le ton professoral et dédaigneux, d’un politique qui ne considère les jeunes que comme ceux qui doivent travailler et se soumettre pour, peut être un jour, gagner le droit à être écoutés, ou la mauvaise foi de celui dont les politiques de précarité s’abattent sur les classes populaires en général, et en l’occurrence sur la jeunesse, et qui prétend être celui qui a fait faire de considérables économies aux étudiants !

Une belle hypocrisie, quand on connaît les réelles conditions de vie des jeunes, plus précaires d’années en années, et qui se retrouvent chaque jour pris en étau entre le poids financier du coût de la vie, et la pression à la réussite dans leurs études, sous la menace de la sélection de plus en plus drastique dans l’enseignement supérieur. Car, pendant que Macron s’érige en figure providentielle qui « aide » et fait faire de fantastiques économies aux étudiants, la réalité est à mille lieues de ce discours. La réalité, ce sont des étudiants qui vivent pour 20% d’entre eux sous le seuil de pauvreté, qui doivent choisir entre se soigner ou se nourrir, qui ne peuvent réussir leur études, croulant sous les jobs précaires... tant de conditions d’existence insupportables qui ont explosé aux yeux de tous au mois de novembre dernier suite à l’immolation du jeune Anas à Lyon, qui accusait dans une lettre laissée pour expliquer son acte, les derniers gouvernements de l’avoir tué.

Et cette situation, ce sont bel et bien les derniers gouvernements et leurs politiques néolibérales qui en sont responsables, parmi lesquels le gouvernement Macron occupe une place de choix ! En effet, le quinquennat Macron, c’est, pour la jeunesse, la sélection à l’université, avec la mise en place de Parcoursup, de la loi ORE, ou encore du plan Bienvenue en France. C’est aussi, sur le plan du logement, la baisse des APL alors que les loyers ne cessent d’augmenter dans les villes universitaires. C’est également, sous prétexte de supprimer l’ancien régime de sécurité sociale étudiante, l’augmentation de 90 euros des frais d’inscription à travers la mise en place de la CVEC, et l’ouverture, aux dépends des étudiants, de nouveaux marchés privés, comme celui des mutuelles privées... Autant d’« aides » du gouvernement, qui cette rentrée 2019 – comme la précédente par ailleurs - se traduisaient par une augmentation du coût de la vie des étudiants !

Le retour des petites phrases pour un gouvernement qui cherche à renforcer sa droite

Au-delà de ce simple épisode face à un étudiant, c’est toute une image du pouvoir que le gouvernement tente ces jours-ci de rétablir. Ces petites phrases, si chères à la Macronie, et qui se faisaient plus rares ces derniers temps dans la bouche du Président, plus que le trait de caractère de personnalités hautaines et désinvoltes face à la population, sont autant de signaux de fermeté que tente d’envoyer le plus largement le Président. C’est toute une image de l’autorité gouvernementale et présidentielle dans une période de grande contestation sociale, avec une grève historique qui succédait déjà à plus d’un an de Gilets Jaunes, qui tente ainsi de se restaurer, et notamment à travers la communication.

Pour le gouvernement qui tente de se re-légitimer, le retour du phrasé et mépris néo-libéral dans une fenêtre de relative accalmie du mouvement social est néanmoins assez risquée. Du haut de ces phrases hautaines, qui renvoient réviser un étudiant d’un ton qui claque, c’est une position d’autorité qui est adoptée, celle de celui qui, à défaut d’être le maître d’école, serait redevenu le « maître de la maison » après une période de contestation sociale extrêmement intense. Une position d’offensive qui est également celle du gouvernement qui réfléchit ouvertement au recours au 49. » pour adopter le texte de la contre-réforme des retraites... A défaut de voir ce conflit derrière lui, c’est à accélérer sa fin que s’essaie le gouvernement, en s’affichant en posture de vainqueur, comptant sur la démoralisation après deux mois de grève.

« Petites phrases » et arrogance, autant de provocations qui, dans une période potentiellement explosive, pourraient bien coûter cher à Macron

C’est donc montrer la voie de la normalisation que se cherche aujourd’hui le gouvernement, entre petites phrases, et scénario du 49.3. Pour autant, la Macronie n’est pas aussi stable qu’elle aimerait le faire croire, et le recadrage sec au Salon de l’agriculture traduit par ailleurs plus la fébrilité d’un Macron, à la défensive face à un étudiant, qu’une désinvolture comme pouvaient le paraître les « petites phrases » du début du quinquennat.

Rappelons dans ce sens que le conflit des retraites est loin d’être refermé : si la majorité des travailleurs en grève reconductible en décembre et janvier a repris le travail, la contre-réforme des retraites n’est néanmoins toujours pas passée. La victoire définitive de cette bataille est d’ailleurs bien loin d’être écrite d’avance, tant la détermination des travailleurs reste entière, et tant les failles sont profondes pour le gouvernement. La possibilité de plus en plus importante du passage en force du texte avec le recours au 49.3, s’il paraît être la dernière chance pour le gouvernement de passer le texte, est plus une démonstration de faiblesse qu’une expression de sa force. Le 49.3 apparaissant pour l’ensemble de la population comme totalement anti-démocratique, c’est bien au-delà des grévistes de cet hiver qu’un tel procédé pourrait mettre les gens dans la rue, décidés à ne pas se laisser piétiner.

Dans cette situation à haut potentiel explosif, LREM doit également gérer l’enjeu important que constitue la campagne des élections municipales. Une campagne depuis le début particulièrement difficile, au cœur d’un quinquennat lourd en contestation, et qui révèle plus les faiblesses du parti présidentiel qu’elle ne promet de victoires dans les mairies. C’est ainsi en proie à la division et aux scandales que s’affiche LREM, comme l’illustre la course à la mairie de Paris, marquée par l’affaire Griveaux ainsi que par la candidature de Villani qui vient concurrencer directement la candidate LREM...

Dans une situation aussi fragile, le retour à la normal que cherche à scénariser le gouvernement ces jours-ci du côté du Président constitue une réelle prise de risque. Alors que les rues du pays accueillent contestation et luttes sociales sans arrêt depuis maintenant plus d’un an, et que le parti présidentiel s’affiche aussi faible et divisé, l’arrogance qui transparaît dans des « petites phrases » et la provocation que constitue le recours au 49.3 sont autant de paris qui pourraient coûter très chers au gouvernement. A l’heure où la première manche de la bataille qui a paralysé Paris pendant des semaines a manqué de la participation massive de la jeunesse, Emmanuel Macron devrait prendre garde, alors que se prépare un second round, à ne pas mettre le feu aux poudres de cette catégories explosive de la population par un mépris aussi ouvertement affiché...




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