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Politique

Edito

Macron concède sur la forme pour sauver son quinquennat et son plan néolibéral

Face au mouvement des gilets jaunes, après plusieurs coups de poker, Macron a finalement joué tapis. Mais loin d’une quinte flush royale, Macron semble continuer à bluffer. Entre fausse hausse du Smic, annulation partielle mais réelle de la hausse de la CSG, incitations factices aux primes de fin d’année et retour à la défiscalisation version Sarkozy, Macron offre un subtil mélange entre véritable recul, miettes et recette néo-libérale. L’objectif : sauver son quinquennat et son plan néolibéral de la casse du régime chômage aux pensions de retraites.

mardi 11 décembre 2018

Le teasing avait été fait sur mesure. Après une semaine de silence, Emmanuel Macron allait annoncer des « mesures fortes » en réponse à l’immense « colère » des gilets jaunes. Pour préparer le terrain, différents ballons d’essai étaient distillés au compte-goutte par différentes voix gouvernementales. Entre affirmation que l’ISF ne sera pas remis en cause ou encore que le SMIC n’aura pas de coup de pouce tandis qu’il n’y aura aucun changement sur la question de la CSG, les mesures semblaient quasiment cadrées. Que ces déclarations aient été concertées ou non, le teasing était donc idéal pour aménager un aspect de surprise propice au sentiment de bienveillance qu’il a voulu créer. Un ton martial pour tenter de restaurer l’autorité de l’Etat, la suite n’était qu’un mauvais théâtre.

Une hausse de 100 euros du SMIC vraiment ?

L’annonce de « l’augmentation du SMIC de 100 euros » a eu l’effet d’une bombe, venant de la part du « président des riches », mais le soufflet est très vite retombé. Alors que le président assurait que « le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur », très rapidement le flou de la mesure a commencé à se dissiper. Si nombre de gilets jaunes percevaient déjà le montant de l’augmentation de 100 euros comme une miette, il est à préciser que « le smic en lui-même ne devrait pas être modifié » comme l’affirme Le Monde. Selon des informations du Figaro : environ 80% de la hausse passerait par l’augmentation de la prime d’activité, et les 20% restants par un allègement des cotisations sociales.

Déjà présente dans son programme : tout bénef pour le patronat, le contribuable paiera

Comme l’affirme le très libéral Figaro, « le choix des mots que l’on emploie permet parfois de faire des miracles en matière de communication ». En effet, la « mesure d’augmentation du SMIC » était déjà présente dans le programme de Macron. « Tous les smicards qui bénéficient de la prime d’activité toucheront par exemple l’équivalent d’un 13e mois de salaire, soit 100€ nets de plus chaque mois ». Qu’on se rassure donc, il s’agit d’une mesure d’inspiration 100% macronienne. Face au soulèvement des gilets jaunes, sa mise en œuvre a simplement été accélérée pour tenter de faire écho à une de leurs principales revendications. Ainsi, ce faux-semblant d’augmentation du SMIC ne touchera pas aux profits du patronat. Plus encore, il sera financé aux frais du contribuable. Jeu des vases communicants.

Abrogation de la hausse de la CSG : premier recul véritable du quinquennat Macron

A la différence de l’annulation de la hausse sur la taxe du Carburant qui portait sur une taxe à venir, la fin de la hausse de 1,7 points de la CSG pour les retraités ayant des revenus fiscaux de référence compris entre 1 200 et 2 000 euros peut être considérée comme le premier véritable recul de Macron face au soulèvement des gilets jaunes sur une mesure déjà en vigueur. Un recul, certes, mais qui en termes d’impact sur le pouvoir d’achat de cette frange de retraités modestes est somme tout relative tant elle permettrait certes d’annihiler les pertes sur les pensions de 2018, mais en aucun cas la désindexation des pensions sur l’inflation (0,3 % de hausse, alors que l’inflation est prévue à 1,3 %). Ainsi, ces retraités verront leur pension amputée de cette désindexation. Le « cadeau » n’est donc qu’une micro miette.

Heures défiscalisées sans impôts, Sarkozy le retour

Dans ce domaine. Macron a repompé la mesure Sarkozy en la poussant encore un peu plus loin avec une défiscalisation, y compris au niveau de l’impôt sur le revenu, histoire de se différencier. Une mesure qui ne concernera que les salariés qui réalisent des heures supplémentaires, soit 40,3 % des salariés du secteur privé, seulement. Alors que l’augmentation généralisée des salaires comme réponse au pouvoir d’achat était une des revendications des gilets jaunes, Macron opte pour une solution individuelle visant une nouvelle fois à fragmenter différents secteurs du salariat en cultivant l’individualisme, et surtout la surexploitation. Il faudra, une nouvelle fois, travailler plus pour gagner plus. De quoi payer la hausse des taxes sur le carburant.

Incitation à la prime

L’incitation à une prime exceptionnelle de 1 000 euros à l’initiative de l’employeur était déjà dans les tuyaux. Si a priori, la mesure semblait être l’un des points de voûte du dispositif pour essayer de désamorcer la colère des gilets jaunes sur la question du pouvoir d’achat, le fait qu’elle ne pouvait être prête pour Noël ou encore qu’elle exclut, de fait, les fonctionnaires tout comme une grande partie des salariés, a sûrement pesé dans la balance pour en faire une mesure d’appoint de son plan. Une mesure à laquelle le Medef adhère : « Le système de prime exceptionnelle est une bonne idée » a jugé Geoffroy Roux de Bézieux, vendredi dernier sur France Inter. Ce qui en dit long sur le caractère de la proposition. Une manière commode de lui substituer les augmentations de salaires quand elles existent.

Pas de rétablissement de l’ISF : des mesures pour acheter la paix sociale

Le grand patronat, par la voix du MEDEF, qui prônait il y a peu « une augmentation du Smic, mais à condition de baisser les cotisations sur le salaire minimum » ainsi que la prime exceptionnelle à son initiative semble bien avoir été exaucé. En clair, le soulèvement des gilets jaunes a fait trembler les classes dominantes. Macron avec l’assentiment du patronat était donc prêt à concéder sur la forme et à faire son mea-culpa sans céder sur le fond. En effet, Macron a notamment affirmé qu’il ne cédera pas sur la question du déficit qu’il s’agira de tenir. Traduction : ce qu’il donnera d’une main sera repris de l’autre. Tant que le patronat ne cédera pas une once de son profit, il en sera ainsi. C’est ce dont témoigne son refus de bouger d’un pouce sur l’ISF.

Mais plus encore, que restera-t-il du seul véritable recul partiel, et somme toute modeste, sur la hausse de la CSG, avec le big-bang de la contre-réforme des retraites ? Même si cela a été succinct, Macron a bien précisé qu’il ne cédera pas, ni sur la question de la réforme de l’assurance chômage, ni sur la question de la réforme de l’Etat. En clair, Macron concède sur la forme mais compte tenter de sauver son quinquennat et son plan néo-libéral. Si le mouvement des gilets jaunes est en train de faire reculer Macron, même très partiellement, c’est que le gouvernement a beaucoup plus à perdre. Face à un gouvernement à l’agonie, prêt à reculer face au soulèvement des gilets jaunes, il s’agit donc d’amplifier la mobilisation, en convergence avec les salariés comme la jeunesse, pour obtenir tout !

Si pour l’heure, faute aux directions syndicales, au premier titre la CGT, il n’y a pas d’appel à la grève nationale interprofessionnelle le 14 décembre, il s’agit dans les fédérations, unions locales et départementales et syndicats de généraliser les appels à la grève pour donner une issue à cette colère. Comme l’a montré Macron avec son refus de toucher à l’ISF, la ligne rouge, c’est l’argent du patronat : c’est là qu’est leur principale crainte, c’est là qu’il faut taper par la généralisation de la colère, par la grève et sa généralisation ! C’est la seule façon de faire véritablement reculer Macron.




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