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Edito

Macron face à la défiance : la colère est partout, il faut s’organiser à la base pour une autre stratégie

Comités d’accueil, casserolades, actions coup de poing, ministres qui annulent leurs visites… Macron avait annoncé « cent jours d’apaisement » lundi soir mais force est de constater que la « reprise en main » du chef de l’État est en train de tourner au fiasco. La colère est intacte, il nous faut nous organiser à la base pour imposer une autre stratégie.

Nathan Deas

20 avril 2023

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Depuis que le chef de l’État a annoncé, lundi soir, « cent jours d’apaisement », les mêmes scènes, les mêmes slogans, les mêmes sifflets ponctuent chacune de ses sorties. Mercredi, le premier déplacement présidentiel depuis la promulgation de la réforme des retraites a tourné au fiasco en Alsace. Rebelotte ce jeudi, dans l’Hérault où, malgré l’interdiction des « dispositifs sonores portatifs » par arrêté préfectoral, un concert de casseroles et plusieurs centaines de manifestants avaient décidé de lui offrir un bruyant comité d’accueil.

Macron et ses ministres : persona non grata dans tout le pays

Pour le chef de l’État, le camouflet est d’autant plus vif que tout avait été pensé pour l’éviter. Dans les rues de Sélestat mercredi matin, à Saint-Denis, en région parisienne, le soir, et dans l’Hérault ce jeudi, un impressionnant dispositif policier a été déployé. Mais pas de quoi entamer la détermination des manifestants. A Ganges, aux cris de « nous aussi on va passer en force », les manifestants forcent, un temps, le cordon de CRS chargé de les maintenir à distance du président de la République. La veille, un homme l’interpellait : « trou du cul, on n’en veut pas de ta retraite ».

Outre les casserolades, les comités d’accueil systématiques et les manifestations, Macron a aussi reçu des éléments de réponse à ses « 100 jours d’apaisement » de la part du mouvement ouvrier. Ce jeudi les cheminots avaient appelé à la grève et ont mené des actions comme l’envahissement d’Euronext Paris à l’initiative de Sud Rail. Dans l’Hérault, la CGT énergie 34 a veillé à recevoir Macron et a mis l’aéroport de Montpellier et le collège qui recevait le président en « sobriété énergétique » en coupant l’électricité.

De retour sur le terrain, après plusieurs mois passés à se cacher, Emmanuel Macron doit compter avec l’énorme crise politique qui s’est ouverte et son impopularité toujours plus forte. Et ses ministres avec. Rien que cette semaine, Agnès Firmin Le Bodo a dû annuler une conférence à Dijon, Sylvie Retailleau l’inauguration d’un bâtiment de l’université Paris-Saclay, Roland Lescure, sous escorte policière, s’est retrouvé forcé d’écourter la visite d’une usine Duralex dans le Loiret, Pap Ndiaye de rentrer par une porte dérobée dans un collège à Reims, Christophe Béchu a été accueilli par un concert de casseroles dans la Sarthe, Jean-Christophe Combe par des sifflets à la CAF de Paris, François Braun par des huées à sa sortie de l’hôpital de Langon en Gironde, Sébastien Lecornu par des manifestants à Belfort…

Renouer le « dialogue social », pointer du doigt les précaires et les immigrés : le gouvernement à la recherche d’une porte de sortie

Depuis lundi soir, le gouvernement a beau surjouer la carte de la confiance et afficher sa détermination à refermer la séquence des retraites - le chef de l’Etat lançait aux manifestants de façon provocante ce jeudi : « les casseroles et les œufs, c’est pour la cuisine »- Macron est loin de réussir à tourner la page de la réforme des retraites. Et si l’exécutif entend chercher à calmer la colère en se tournant vers d’autres contre-réformes, le discours sonne creux.

Mardi, devant les organisations patronales, il annonçait en grande pompe un nouveau « pacte de la vie au travail ». Celui-ci consistera, en grande mesure, à traiter des dispositions censurées par le Conseil constitutionnel alors que le gouvernement veut s’appuyer sur le volet « travail » de la réforme des retraites pour remettre de l’huile dans les rouages du « dialogue social ». En déplacement dans un collège, ce jeudi, le chef de l’Etat s’est efforcé de continuer à faire du neuf avec du vieux et a déroulé son fameux plan de « revalorisation » de la rémunération des enseignants. Ni plus ni moins qu’une offensive néo-libérale de plus dans l’éducation, les syndicats du secteur ont dénoncé une « provocation ».

Plus tôt dans la semaine, la promesse de nouvelles offensives contre les plus précaires et les « immigrés », notamment sur le terrain de la « lutte » contre la « fraude sociale » et les allocataires du RSA, avait déjà provoqué une levée de boucliers. La technique est vieille et éculée. Face à la colère de la jeunesse et du monde du travail, Darmanin et cie tentent de pointer du doigt les étrangers et les précaires, à savoir ceux qui sont encore plus mal lotis que le reste des exploités. Quitte à marcher toujours un peu plus sur les plates-bandes de l’extrême-droite.

En résumé, pour « sortir de la crise », le gouvernement cherche à lancer de nouvelles offensives contre le monde du travail et à resserrer les rangs autour d’un triptyque « travail, ordre et progrès » mâtinés d’un appel à renouer avec le « dialogue social ». Une partition que la CFTC et la CFDT se sont déjà déclarées prêtes à jouer en déclarant vouloir reprendre le chemin de l’Élysée après le 1er mai, tandis que la direction de la CGT ne prend pas clairement position, laissant ainsi ouverte cette possibilité. Il n’y a pourtant rien à espérer d’un hypothétique « dialogue social » qui a été utilisé par les gouvernements successifs, notamment par le PS de Francois Hollande, pour accompagner les pires contre-réformes et la régression sociale.

La colère est toujours là, il nous faut une stratégie alternative

Face à cette impasse, il nous faut rompre pour de bon avec la stratégie qui a mené la mobilisation dans le mur. Laurent Berger, lui-même, reconnaissait ce mercredi, dans une interview fleuve accordée au Monde que « la succession de journées de mobilisation » » ne fera pas reculer Macron. Un désaveu explicite de la stratégie menée et défendue avec acharnement par la CFDT ces trois derniers mois, au service d’un appel à acter la fin du mouvement et à enterrer pour de bon la mobilisation avec un baroud d’honneur unitaire le 1er mai.

Alors que le gouvernement reste affaibli, que l’inflation explose et que la colère est toujours aussi forte, comme en témoignent les comités d’accueils réservés au chef de l’État et à ses ministres à chaque fois qu’il se hasardent à sortir en public, la situation reste ouverte, et il est possible d’imposer une autre issue au mouvement en cours contre la réforme des retraites, mais aussi sur la question des salaires.

De ce point de vue, la lutte victorieuse des travailleurs de Samsic, celle des aiguilleurs du Bourget, la grève reconductible des éboueurs du SIVOM, la mobilisation historique des travailleurs du transporteur Tisséo à Toulouse qui ont bloqué pour la première fois depuis 1992 le réseau de métro de la ville rose, ou encore la grève des cheminots de la SNCF ce jeudi, montrent qu’il est possible de construire une autre voie.

Mais pour cela, il faudra s’organiser à la base. C’est ce sur quoi insistaient les nombreux grévistes réunis avec le Réseau pour la grève générale ce mardi : « la grève générale ne tombera pas du ciel ».

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Nathan Deas

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