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Politique

Remaniement

Macron fragilisé : le remaniement réactive les tensions au sein de la majorité

Le remaniement particulièrement orienté vers la droite, loin des espoirs de certains députés d’un « virage social » réactive les dissensions en interne au sein de la majorité. Une partie des macronistes historiques sort sonnée d'un remaniement qui voit Macron donner la tête de son gouvernement à Castex, Darmanin, Bachelot, bref à la droite historique proche de Sarkozy.

mercredi 8 juillet

THOMAS COEX / AFP

Un remaniement sous le signe du sarkozysme

 
Le remaniement de Macron est clair, à droite toute ; retour vers la tradition sarkozyste : Castex premier ministre, Darmanin à l’intérieur, Bachelot à la culture, Dupond-Moretti à la justice, quatre proches de l’ancien Président sont promus ou intègrent le nouveau gouvernement. De la garde rapprochée d’Emmanuel Macron pendant la campagne de 2017, il ne reste qu’Alexis Kohler (secrétaire général de l’Elysée) et Julien Denormandie (nouveau ministre de l’Agriculture).
 
Elu autour d’un projet de réconciliation du centre-gauche et du centre-droit, les gouvernements d’Emmanuel Macron n’ont cessé depuis 2017 de s’ancrer à droite. Les figures venues du PS (Ferrand, Griveaux, Collomb, Castaner) et de la société civile (Hulot) se sont progressivement évanouies, et c’est de vouloir « siphonner la droite » que l’on accuse désormais le Président.
 
Si « de nombreuses surprises » étaient annoncées, et alors que les médias ne cessaient ces dernières semaines d’évoquer un potentiel « virage social » ou « écolo », la nouvelle équipe ministérielle, composée de 31 ministres et ministres délégués s’inscrit dans la dynamique d’En Marche depuis 2017. Roselyne Bachelot, Brigitte Klinkert, Castex viennent ainsi rejoindre la longue liste des transfuges de la droite que sont Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Franck Riester ou encore Amélie de Montchalin, qui occupent des postes clés du gouvernement. « De juppéo-bayrouiste, le gouvernement devient crypto-sarkozyste » note ainsi Anita Hausser pour Atlantico.
 

Un remaniement décrié au sein de l’aile gauche de la majorité

 
Un choix politique qui n’est pas sans créer de tensions dans l’aile gauche de la majorité. Interviewé par Le Monde, un fidèle du gouvernement interviewé grimace « La droite tient les rênes. La gauche est sur les accessoires et les ministres délégués » tandis qu’un cadre de la majorité s’emporte : « Ce n’est pas un remaniement mais un reniement. Celui des valeurs fondatrices d’en Marche ! Et du dépassement politique ». « La droite paraît renforcée, il va pourtant falloir tenir compte du résultat des municipales, avec la poussée de la gauche et des écologistes » prévient de son côté la députée LRM Claire Pitollat.
 
La ligne, assumée à droite, secoue également les figures d’En Marche. Selon Les Echos, Richard Ferrand une des figures emblématiques du mouvements serait fâché par les choix gouvernementaux et par les difficultés d’exister pour les historiques du mouvement dans les choix gouvernementaux. En ne reconduisant pas Christophe Castaner à Beauvau, ni Sibeth Ndiaye au porte-parolat, Macron met fin à une époque des historiques de LREM. Seuls, Gabriel Attal et Julien Denormandie sont sauvés. « C’est la fin de l’histoire initiale. Christophe Castaner et Sibeth Ndiaye sont les deux grands brûlés du remaniement » rapporte ainsi un macroniste historique au Monde.
 
Quelques mois après la scission d’un secteur de l’aile gauche qui, autour notamment d’Aurélien Taché, Cédric Villani ou Guillaume Chiche, a formé un nouveau groupe à l’Assemblée Nationale et conduit à la perte de sa majorité pour LREM, le remaniement réactive les contradictions du macronisme, et ce d’autant plus qu’il est marqué par l’incapacité à coopter des personnalités sur sa gauche. « Certaines personnalités ont bien été approchées mais ont refusé les offres de l’exécutif, comme la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Valérie Rabault, ou l’écologiste Laurence Tubiana » rappelle ainsi Le Monde. Après la « prise » de Pascal Canfin aux élections européennes, Macron ne réussit cette fois à intégrer aucune figure d’EELV et doit se replier vers Barbara Pompili qui a quitté les Verts en 2015. Un signe plutôt inquiétant au lendemain des municipales qui ont vu le triomphe d’EELV tandis que LREM avait fait le choix de s’allier à la droite.
 

Des tensions également vis-à-vis des alliés du centre

 
Le positionnement à droite du gouvernement ne gêne pas seulement dans l’aile gauche de la majorité, mais aussi au sein d’un de ses alliés historiques centristes du parti de François Bayrou. Si les ministres proches du maire de Pau gardent leurs places au gouvernement, que ce soit Jacqueline Gourault à la Cohésion des Territoires et des Collectivités Territoriales, ou bien Geneviève Darrieusecq qui reste ministre déléguée auprès de la Ministre des Armées, aucun membre du Modem ne fait son entrée au gouvernement. Pire encore Marc Fesneau ne récupère pas l’Agriculture, ministère qu’il visait.
 
En ce sens, Gala révélait hier l’énorme coup de gueule de François Bayrou, la veille des annonces du remaniement, lorsque celui-ci a appris qu’aucun membre du MODEM ne récupérerait un ministère. « Dites-moi que juste que c’est une blague. Si on a qu’un seul ministre, alors il n’y en aura aucun. Ce sera sans nous » aurait-il affirmé depuis Pau. Si Bayrou aura le dernier mot sur le maintien de Jacqueline Gourault à la Cohésion des territoires, pour Marc Fesneau, point de promotion en vue.
 
Des tensions qui n’empêchent pas d’envisager que François Bayrou pourrait devenir Haut-Commissaire au Plan, comme l’a laissé entendre récemment Le Canard Enchaîné, mais qui démontrent à quelle point la position d’Emmanuel Macron demeure fragile.
 

Après des municipales catastrophiques et un remaniement compliqué, le macronisme toujours fragilisé

 
Après la déroute de LREM aux municipales, où le parti macroniste n’aura gagné aucune grande ville, les difficultés du gouvernement restent importantes. Alors que le remaniement du gouvernement marque la volonté de Macron de reprendre la main sur l’exécutif - comme l’affirmait l’entourage du Président, au Monde : « Le président a la volonté, dans les deux prochaines années, de gouverner lui-même. Il veut être maître de son destin et de sa réélection » -, il montre également les difficultés du gouvernement à conserver ses appuis à gauche et à convaincre une majorité composite. Trois ans après l’élection d’Emmanuel Macron, le projet de réunifier le bloc bourgeois par-delà le clivage gauche/droite est à la peine.
 
Le remaniement illustre en définitive les faiblesses du gouvernement. Le maintien de Franck Riester largement désavoué en tant que ministre de la culture comme Chargé du Commerce extérieur et de l’attractivité en est un exemple frappant. Il s’agit à tout prix de maintenir des gages pour maintenir une faible majorité composite LREM-Modem-Agir, or l’ancien ministre de la culture a le précieux avantage d’être le président du groupe de droite Agir.
 
Ainsi, si Jean Castex décrit son gouvernement comme un « gouvernement de combat », les tensions potentielles avec sa majorité, un équilibre très fragile du « en même temps macroniste », annoncent encore des mois difficiles pour le chef de l’Etat. Si le gouvernement ne perd pas sa majorité pour gouverner, les divergences au sein de LREM montre les contradictions profondes du gouvernement, encore accentuées par la crise sanitaire et sa gestion catastrophique.
 
Face à ce gouvernement fragilisé, la question d’une réponse des opprimés et exploités se pose avec plus d’urgence que jamais. Une réponse qui devra se mener d’abord sur le terrain de la lutte de classe contre les tentatives de faire payer la crise aux travailleurs, mais qui doit aussi se doter d’un outil politique, d’un parti révolutionnaire, pour lutter pour la prise du pouvoir




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