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Politique

Fragilité au sommet

Macron met en scène sa réconciliation avec la majorité mais les contradictions restent vives

Après une réunion pour remettre sa majorité en ordre de bataille, Macron tente de revenir au plan de l’Acte II bouleversé par l’opposition à la réforme des retraites. Une démarche qui vise autant à enterrer le plus rapidement possible la grève entamée le 5 décembre, qu’à trouver une issue pour consolider sa base sociale en mettant en scène un retour à l’offensive.

mercredi 12 février

Hier soir, Emmanuel Macron avait rendez-vous avec sa majorité parlementaire pour la remettre en ordre de bataille. Après le couac du « congé de deuil parental » qui a révélé et réveillé les tensions entre l’exécutif et ses députés, et alors que la réforme des retraites commence cette semaine à être discutée en plénière à l’Assemblée Nationale, Macron a fait face à 320 députés pendant deux heures. Entre mea culpa – « [sur le régalien] je sais que j’ai bousculé la majorité », « sur l’humanité, je n’ai donné de leçons à personne » – et tentative de remettre les députés à l’offensive – « il faut être fier d’être des amateurs », « nous avons fait des choses qui n’avaient jamais été faites », « continuez à bousculer » – Emmanuel Macron a cherché à renouer le dialogue avec la majorité pour l’armer dans la bataille parlementaire et politique.
 
Une séance dont des extraits ont été filmés et qui a été amplement décrite dans les médias, comme si Emmanuel Macron voulait mettre en scène sa « réconciliation » avec la majorité, tout en faisant passer quelques messages : la réforme des retraites ira au bout, et la suite du quinquennat sera marquée par deux axes centraux, l’écologie et les questions sécuritaires. « C’est l’enjeu désormais. Emmanuel Macron y consacrera l’essentiel de son agenda national à partir de maintenant, avec l’envie manifeste de tourner au plus vite la page des retraites : Conseil de défense écologique et déplacement au Mont-Blanc les deux prochains jours, fermeture de Fessenheim la semaine prochaine, déplacement sur le communautarisme la semaine du 24 février. » synthétise ainsi Cécile Cornudet dans un édito des Echos.
 
Un retour bien huilé de Macron en chef de guerre qui cache mal les contradictions du gouvernement, à l’image de cet improbable duo écologie/sécurité sensé permettre de s’adresser à la fois au centre-gauche de son électorat initial, échaudé par un président des riches aux tendances bonapartistes et répressives assumées, et à l’électorat de droite, qu’il a réussi à ramener dans son giron ces derniers mois sur fond de crise des Républicains. Un « en même temps » qui se heurte à la réalité des électeurs. A gauche, le macronisme suscite un profond rejet, au point que, comme le note Françoise Fressoz dans Le Monde, « le vote utile en sa faveur a perdu de sa force. Dans l’hypothèse d’un nouveau duel Macron-Le Pen, une partie des personnes interrogées refuseraient de revoter pour le sortant. » A droite, d’après le baromètre Elabe, les couacs successifs et la « mauvaise gestion » de la réforme des retraites ont conduit à une baisse de la confiance de cet électorat dans l’exécutif.
 
Une situation de fragilité réelle, qui fait même surgir les hypothèses les plus folles. Depuis hier, Twitter s’agite autour du hashtag #Hanouna2022. En effet, comme le raconte Atlantico : « BFM révélait ce mardi que LREM craignait une candidature à la Coluche en 2022. D’après un ministre cité par le média le nom qui reviendrait le plus dans les rangs du parti de la majorité serait celui de l’animateur de C8, Cyril Hanouna. » Une hypothèse farfelue qui souligne en revanche la fébrilité de l’exécutif, conscient de sa grande fragilité qui l’expose à tous les revers au cas où un candidat viendrait bouleverser ses prévisions électorales. Une fragilité électorale redoublée par une hypothèse bien plus probable, que de nombreux journalistes tendent à invisibiliser, celle d’une réouverture d’un conflit par en bas, dans le cadre par exemple du mouvement contre la réforme des retraites qui semble loin d’être terminé. Ce spectre de la lutte de classe que les calculs électoraux semblent vouloir conjurer en l’effaçant du tableau apparaît de fait comme le seul véritable opposant à Macron, en l’absence d’une opposition politique crédible. 




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