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Macron nomme le président de BlackRock officier de la Légion d’Honneur en pleine réforme des retraites

Alors que de nombreuses voix se sont élevées contre la réforme des retraites en dénonçant le spectre des sociétés de gestion d’actif et de leur lobbying en faveur de la capitalisation, le gouvernement n’a pas hésité à nommer aujourd’hui officier de la Légion d’Honneur le président de BlackRock, plus important gestionnaire d’actifs au monde.

mercredi 1er janvier

Depuis le lancement du projet de réforme des retraites, de nombreuses voix s’élèvent dans les médias et du côté des politiques pour dénoncer l’influence des fonds de pension sur la réforme. Ces derniers seraient en effet des lobbys de premier plan en faveur du nouveau système qui ouvre la voie à la mise en place progressive d’un système par capitalisation. Parmi eux, BlackRock apparaît comme un acteur de premier plan, et pour cause, ce fonds américain est aujourd’hui le plus gros gestionnaire d’actifs au monde avec plus de 7 000 milliards de dollars d’actifs.

Un fonds dont Mediapart révélait le 9 décembre dernier la façon dont il tente de pousser le gouvernement vers la capitalisation au travers de notes au gouvernement, de rencontres privilégiées avec Emmanuel Macron, et d’une participation active à de nombreux travaux gouvernementaux comme sur la réforme de l’épargne ou la réforme de l’action publique. Des collaborations fructueuses puisque la Loi PACTE a permis d’intégrer un ensemble de mesures favorisant le développement des produits d’épargne-retraite vendus, notamment, par BlackRock.

Dans le cas de la réforme des retraites, c’est une mesure qui génère particulièrement de questions sur les relations entretenues avec les lobbys de gestionnaires d’actifs. La réforme prévue inclue en effet une modification du calcul des pensions de retraite pour les hauts-salaires qui ne cotiseront plus qu’à hauteur de 2,8% sur la part de leurs salaires au-delà de 10 000€ par mois. Une mesure qui va augmenter le revenu net des hauts-salaires mais aussi les contraindre à souscrire à des produits d’épargne-retraite privés pour s’assurer de maintenir un niveau de retraite final à la hauteur de leurs revenus.

La mesure a ainsi été contestée par des syndicats de cadres comme l’Ugict-CGT qui y voit principalement « un gain immédiat pour les employeurs qui n’auraient quasiment plus à verser de cotisations retraites entre 3 et 8 plafonds. », mais elle devrait également faire le bonheur des gestionnaires d’actifs qui pourront vendre leurs produits aux hauts-salaires.

Dès lors, et en pleine réforme des retraites, le choix du Président d’élever au grade d’officier de la Légion d’Honneur Jean-François Cirelli, « président d’une société de gestion d’actifs, ancien vice-président et directeur général délégué d’un groupe industriel énergétique », déjà nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 2006, apparaît comme une véritable provocation.




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