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Politique

Le Président des riches réélu

Macron réélu sur fond d’abstention record : vers un quinquennat explosif ?

Avec 58,4% des suffrages et une abstention record, Macron s’impose face à Le Pen mais devient le président le plus mal élu de la Vème République. Alors qu’il entend imposer son programme de guerre sociale malgré sa faible légitimité et que l’extrême-droite se consolide, prospérant sur le rejet du macronisme, l’urgence est à la construction d’un bloc de résistances pour leur faire face.

dimanche 24 avril

Crédit Photo : afp.com/bERTRAND GUAY

Une victoire à la Pyrrhus, un front républicain en perte de vitesse

Avec 58,4% des suffrages exprimés, Emmanuel Macron a été réélu ce dimanche soir face à Marine Le Pen (41,6%). Une victoire qui cache mal une abstention massive, jamais vue depuis 1969 pour un second tour de la présidentielle. Pour ce remake du duel Macron Le Pen, l’abstention atteint 28,2%, en hausse par rapport à 2017 (25,3%), auxquels se rajoutent 8.8% de bulletin blancs et nuls. Surtout, le score de Macron ne reflète pas une adhésion à son projet mais aussi l’expression d’un vote "barrage". De quoi faire d’Emmanuel Macron le président le plus mal élu de la Vème République.

Un déficit de légitimité dont le président fraichement élu a parfaitement conscience. En ce sens, sur tous les plateaux télévisés, commentateurs et proches d’Emmanuel Macron ont rabâché la formule selon laquelle : « Emmanuel Macron est le premier président de la Vème République à être réélu sans cohabitation ». Un moyen de transformer la victoire d’Emmanuel Macron en un exploit et de mettre sous le tapis la réalité de son score.

Malgré les pressions à faire barrage à l’extrême-droite qui se sont multipliées pendant l’entre-deux tours, de même que les appels d’organisations politiques et syndicales à voter Macron, ou à ne pas voter Le Pen, ce résultat marque la crise profonde du « barrage » républicain. Celle-ci permet à Marine Le Pen d’obtenir un résultat historique, réussissant à capitaliser sur le rejet viscéral de la politique d’Emmanuel Macron, avec des scores particulièrement marquants aux Antilles.

Pour Macron, le défi de gouverner avec une faible légitimité

Le défi pour le macronisme va donc être de gouverner le pays avec une si faible assise sociale et un projet de guerre sociale à imposer. Si Macron cherche à donner une continuité entre son score du second tour et celui du premier, comme il l’a exprimé dans son discours, le président reconduit n’a totalisé au 1er tour qu’un peu moins de 10 millions de voix sur 49 millions d’électeurs inscrits. En sommes, 80 % de la population n’a pas voté pour lui, ou ne l’a fait que par défaut.

« Ce qui m’inquiète surtout, au-delà des résultats de dimanche, ce sont les cinq années qui viennent » expliquait un ministre il y a quelques jours rapporte Mediapart. « Macron II sera différent de Macron I. Il doit être autant mobilisé sur la politique que sur l’économie. Son projet pourrait être celui d’une "Ve République augmentée" : il faut recréer du débat au sein de la politique pour éviter les combats de rue » note de son côté l’ancien Premier ministre de Chirac Jean-Pierre Raffarin.

De fait, si Macron s’est voulu rassembleur de dimanche soir, les vœux pieux ne devraient pas durer longtemps. Avec des mesures comme la retraite à 65 ans, le travail obligatoire pour les allocataires du RSA, le doublement des forces de police sur le terrain ou encore la poursuite de l’offensive islamophobe, le prochain quinquennat sera explosif et il faut s’y préparer.

Face aux attaques de Macron et sa réforme des retraites, préparer un bloc de résistances

Dans cette perspective, Macron cherche à renouveler ses méthodes afin de poursuivre son offensive sociale généralisée. C’est en ce sens qu’il a remis en avant dans l’entre-deux tour les corps intermédiaires, promettant entre autres une grande conférence dédiée au financement des « progrès sociaux » pour imposer le report de l’âge de la retraite à 65 ans. Alors que les directions syndicales ont multiplié les signaux favorables en ce sens, il est fondamental de refuser ce piège du « dialogue social » : c’est d’un plan de bataille à la hauteur des attaques du futur gouvernement que nous avons besoin !

De son côté, l’Union Populaire met l’accent sur le « troisième tour électoral » et la perspective des élections législatives, réaffirmée dans un discours par Jean-Luc Mélenchon ce dimanche soir. Ce dernier, qui avait fait de la VIème République et de la lutte contre la « monarchie présidentielle » un de ses chevaux de bataille semble avoir découvert qu’en fin de compte le Premier ministre de la Vème République possédait tous les pouvoirs… Ce pari électoral, entièrement posé sur le terrain des institutions, constitue une impasse face aux attaques à venir.

Alors que de futures grandes batailles de la lutte de classes sont inévitables, il est urgent de doter notre classe d’un programme et d’une stratégie à la hauteur, et de préparer un « troisième tour » social dans la rue et par la mobilisation. Ces cinq dernières années, ce sont elles qui ont fait reculer Macron et trembler son gouvernement. En ce sens, il est urgent de travailler à la constitution d’un bloc de résistances, capable de s’opposer frontalement au macronisme et de préparer la riposte sur le terrain des grèves et manifestations.



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