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Offensive du gouvernement

Macron s’attaque au train gratuit pour les cheminots mais l’offre aux policiers : une cheminote réagit

La double-annonce de vendredi dernier est symbolique de la logique du gouvernement : récompenser les policiers qui le protègent, s’attaquer aux cheminots qui ont lutté contre ses contre-réformes. Laura, cheminote, réagit.

lundi 6 septembre

Crédits photo : O Phil des Contrastes

Ces derniers jours, le gouvernement tente de relancer le traditionnel « cheminot bashing » : il faut en finir avec les « privilèges » des travailleurs du rail. Dans ce cadre, et suite à un récent rapport de l’Inspection générale des Finances (IGF) et de l’Inspection générale des Affaires Sociales (Igas), ce sont nos facilités de circulation (FC), souvent appelées de manière inexacte « le train gratuit », qui sont en cause. Selon ce rapport, plus de 1,1 millions de personnes sont éligibles à ces FC, ce qui représenterait un manque à gagner de 105 millions d’euros pour la SNCF.

Si le rapport n’établit même pas précisément combien de cheminots et d’« ayant droit » (nos familles) utilisent effectivement les FC et combien d’argent cela représente réellement, le gouvernement s’est empressé de déclarer que les facilités de circulation seraient remise en cause, à commencer par celles des cheminots qui seront transférés dans le privé. Sur RMC vendredi dernier, Jean-Baptiste Djebarri, ministre des Transports, a ainsi déclaré vouloir rediscuter du « périmètre » des « avantages en nature » dont bénéficient les cheminots.

Une attaque contre nos acquis qui s’inscrit dans la lignée de celles subies ces dernières années : de la fin du statut cheminot à l’ouverture à la concurrence, en passant par la volonté d’en finir avec notre régime spécial de retraites, la réforme du ferroviaire en 2018 et, plus généralement, le démantèlement du service public. De fait, l’objectif du gouvernement est toujours le même : aligner par le bas les conditions de l’ensemble des travailleurs.

Dans les chantiers, entre collègues, on discute ces derniers jours du « hasard » qui fait que le jour même où Djebbari déclarait que nos facilités de circulation étaient sur la sellette, Darmanin annonçait de son côté que les policiers bénéficieront désormais du train gratuit, à condition d’être armés et de s’annoncer au chef de bord ! La volonté du gouvernement est très claire : distribuer des cadeaux à ceux qui répriment et des coups à ceux qui luttent.

Ainsi, celles et ceux qui ont été en deuxième ligne pendant toute la période du Covid, continuant d’assurer le service public ferroviaire dans des conditions dégradées, qui ont défendu bec et ongles le service public ferroviaire ou encore le système des retraites, qui ont combattu la politique anti-sociale du gouvernement ces dernières années voient leurs acquis attaqués à nouveau. En revanche, pour ceux qui ont été à la botte du gouvernement Macron contre les cheminots, les étudiants, les Gilets jaunes, ceux qui ont assuré la répression dans les quartiers populaires et partout où le gouvernement a remplacé une véritable stratégie sanitaire par la matraque, la récompense c’est le train gratuit ! Un privilège qui vient s’ajouter à l’exemption de réforme des retraites et d’obligation vaccinale.

Par ailleurs, au-delà de ces deux annonces qui font grincer des dents les cheminots, on croit rêver lorsqu’on voit que par l’annonce du train gratuit pour les policiers, le gouvernement entend renforcer la « sécurité » à bord des trains ! Cela fait des années que les cheminots et leurs organisations syndicales dénoncent sans cesse la déshumanisation des gares et des trains, avec la mesure phare « équipement agent seul », autrement dit la suppression massive des agents SNCF à bord des trains. Désormais, le gouvernement qui avalise cette politique nous promet des policiers hors service armés, comme si leur présence était rassurante.

Or, à l’inverse, cette mesure n’est rien d’autre que le feu vert à de nouvelles violences policières, perpétrées au nom de la « sécurisation », par des policiers armés couverts par le gouvernement. Comment ne pas penser ici aux épisodes successifs de cet été où des policiers et gendarmes ont braqué ou tiré sur des jeunes lors de simples contrôles routiers. Darmanin ouvre la voie à ce que ces scènes se banalisent. Tout ça alors que la direction de la SNCF et les gouvernements successifs n’ont cessé d’attaquer et de dégrader le service public ferroviaire.

Derrière cette énième attaque contre les acquis des cheminots, il n’y a ni plus ni moins que la volonté du gouvernement et de la direction de la SNCF de s’en prendre à nouveau à un des principaux bastions de résistance face au rouleau compresseur néolibéral mis en œuvre par le gouvernement Macron, dans la continuité des gouvernements précédents. Mais il faut dire stop ! Pour arrêter cette offensive anti-sociale qui vise cheminots et usagers, qui dure depuis plusieurs années, et dont la suppression des facilités de circulation n’est que la « cerise sur le gâteau », il est indispensable que cheminots et usagers luttent ensemble pour un service public ferroviaire de qualité et gratuit, et dans lequel ils aient leur mot à dire, seule manière de contrer la politique de destruction orchestrée par la direction de la SNCF et les gouvernements.




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