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Politique

Gestion catastrophique de la crise

Macron savait depuis décembre « qu’un dangereux virus était signalé à Wuhan » selon le Canard Enchaîné

Depuis que l'information a été révélée par le Canard Enchaîné, l'Elysée et le quai d'Orsay sont en première ligne pour chercher à déminer le scandale. Premièrement, en démentant que Macron ait été mis directement au courant puis en affirmant que c'est le 31 décembre que l'information aurait été reçue par le ministère des Affaires Etrangères. Mais que Macron ait été directement ou indirectement informé importe peu. En somme, Macron savait à minima depuis le 31 décembre « qu'un dangereux virus était signalé à Wuhan » et n'a pas jugé nécessaire de constituer un bon stock de masques, de tests et de respirateurs.

samedi 9 mai

Emmanuel Macron lors d’une visite dans un centre médical à Pantin le 7 avril 2020. Crédit Photo : Gonzalo Fuentes / POOL / AFP

Le Canard Enchaîné paru ce mercredi 6 mai révèle que l’Elysée et le ministère des affaires étrangères ont reçu « en décembre » des informations « alarmantes dont ils n’ont tenu aucun compte ». A l’époque, « l’ambassadeur de France à Pékin, Laurent Bili, venait d’avertir Jean-Yves Le Drian et Emmanuel Macron qu’un dangereux virus était signalé à Wuhan », continue le palmipède qui accuse : « quand sont parvenues à Paris les informations relatives à l’apparition d’un nouveau virus, il était encore possible, pour un président conscient de ses responsabilités, de constituer un bon stock de masques, de tests et de respirateurs. Mais Macron n’a pas trouvé le temps d’y penser ».

En effet, alors que Jérôme Salomon prétendait lors d’une audition au Sénat le 26 février que « Santé Publique France détient des stocks stratégiques importants de masques chirurgicaux. Nous n’avons pas d’inquiétude sur ce plan. Il n’y a donc pas de pénurie à redouter », le ministre de la Santé Olivier Véran a été forcé de reconnaître le 19 mars, soit un mois après que le pays « n’était pas préparé du point de vue des masques et des équipements de protection à une crise sanitaire ». Deux jours plus tard il précisait que le stock d’Etat s’élevait seulement à « 86 millions de masques » alors que les besoins étaient encore estimés à 40 millions de masques par semaine selon ses propres déclarations devant l’assemblée nationale le 1er avril. François Bourdillon, directeur de Santé Publique France de 2016 à 2019, raconte pourtant dans Libération que ce n’était pas faute d’avoir prévenu le gouvernement en 2018 de la nécessité de renouveler les stocks. Sans succès puisque « il a été décidé à ce moment-là de ne pas reconstituer le milliard de masques. ». Pas plus qu’après les avertissements de l’ambassadeur de France en Chine en décembre sujet de l’apparition du virus.

Face aux accusations lancées par Le Canard, le ministère des Affaires se défend d’avoir été informé par les autorités chinoises avant le 31 décembre, et assure que l’Elysée n’a pas été directement saisi. S’il est vrai que le gouvernement chinois a d’abord menti pour faire croire à la population que le Covid-19 était d’origine alimentaire et ne se transmettait pas d’homme à homme – il ne sera qualifié de maladie infectieuse, c’est-à-dire à transmission interhumaine, qu’après le 20 janvier alors que le premier cas de Covid-19 officiellement détecté chez l’homme remonte au 8 décembre 2019 à Wuhan – laissant le marché de Wuhan ouvert et le virus se propager tranquillement jusqu’au 31 décembre, Emmanuel Macron n’a pas démérité pour minimiser l’ampleur de la crise sanitaire, privilégiant le maintien de l’activité économique et sans se préparer à l’arrivée de l’épidémie. On se souvient ainsi de la sortie du couple présidentiel le 6 mars dernier au théâtre, pour rassurer la population, lorsque le Président de la république avait déclaré : « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mise à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie ». Des déclarations scandaleuses alors qu’il a été averti par son ambassadeur dès le mois de décembre, et qu’en mars plus personne ne pouvait ignorer que Wuhan était confiné depuis le 23 janvier.

Interrogé par le Financial Time le 16 avril, Emmanuel Macron a comparé la situation française et chinoise en ces termes : « La transparence, l’immédiateté de cette information n’a rien à voir. Les réseaux ne sont pas libres dans ces pays [la Chine et la Russie, ndlr], (…), vous ne savez pas ce qu’il s’y passe vraiment. » Avant de pointer : « il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas. Il appartient à la Chine de les dire. » Une manière de se dédouaner de sa responsabilité, en accusant le régime chinois de tous les maux, et en particulier d’avoir laissé se propager la pandémie. Pourtant au regard de la gestion catastrophique de la crise sanitaire par le gouvernement, la surcharge des hôpitaux, le mensonge d’Etat sur les masques, l’absence de tests massifs, le déconfinement à marche forcée pour relancer la machine économique et la pompe à profit, et enfin l’impréparation chronique malgré l’avertissement de l’ambassadeur chinois dévoilé par Le Canard Enchaîné, les travailleurs et les classes populaires n’ont aucune confiance à avoir en Macron et ses ministres pour résoudre la crise.




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