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Politique

Macron un candidat sans programme ? Un candidat d’austérité quand même

Macron est de plus en plus pressé de dévoiler son programme par ses adversaires mais également par ses propres soutiens. Alors qu'il repousse au maximum cette échéance, en mettant cela au second plan, en nous expliquant que « c'est une erreur de penser que le programme est le cœur d'une campagne électorale », et que la politique, c'est quelques chose de « mystique », flattant au passage sa mégalomanie surdimensionnée. Si c'est mystique et qu'il est le seul prétendant il se place bel et bien dans la peau d'un Jésus Christ de la politique, un Jésus des riches. Sadek Basnacki

lundi 13 février 2017

Ce matin, les Échos nous dressent un tableau larmoyant de Macron. Ils nous expliquent que si il n’a pas les 5% des voix « il perdra sa maison »... de vacances et qu’il ne vit que de la maigre retraite de son épouse et de ses droits d’auteur, oubliant au passage ses 2 millions gagnés chez Rothschild et que le pauvre Emmanuel est un rentier. Il possède des actions dans plusieurs entreprises, c’est à dire qu’il gagne de l’argent sur le dos des travailleurs en restant chez lui sur son canap. On se demande même si, lorsqu’il parle des profiteurs du système, il ne parle pas de lui ! Pourtant, dans ses discours, il dit qu’il veut combattre la rente et favoriser le travail. Nous ne sommes pas à un paradoxe près avec Macron.
Alors, si on se penche sur les déclarations du candidat, puisque le programme n’a visiblement pas d’importance, on peut voir ce qui nous attend et à quoi peut ressembler la France de Macron ou plutôt la France des patrons.

Le 22 Février, il va dévoiler le « chiffrage du projet » fait sous la houlette de l’économiste Jean Pisani-Ferry, ex-directeur de France Stratégie et du Conseil d’analyse économique. Le but premier : arriver au seuil des 3% de déficit. Il est le seul à promettre ça dès la première année, même Fillon qui veut faire un rouleau compresseur à la Thatcher ne prévoit d’arriver qu’à 3,6% de déficit lors de sa première année de mandat. Il le dit, il veut le « respect des engagements » envers l’Union Européenne, cette même Union Européenne qui exsangue les travailleurs de Grèce. Pour y arriver, il veut notamment déplacer nos « habitudes » d’épargne et les déplacer de l’immobilier vers la bourse. Cette mesure est portée par la BCE, la Commission européenne et l’OCDE. Étant donné que les États sont trop endettés et ne peuvent plus emprunter pour relancer la productivité, il faut que l’investissement privé prenne ça en charge. Pour ce faire, il veut alléger la fiscalité des actions en supprimant l’ISF (ce qui l’arrange en premier lieu puisqu’il s’est fait rattraper par le fisc après avoir sous-estimé ses biens et doit payer l’ISF). L’épargne en actions doit être encouragée par un dispositif fiscal avantageux concernant l’épargne dans des fonds de pension. La mise en œuvre aura des conséquences difficilement prévisibles sur le marché de l’immobilier et peut faire s’effondrer le marché comme ça a été le cas aux USA et qui a provoqué la crise financière et spéculative que nous traversons et que les travailleurs subissent en premier lieu. Cette réforme permettra de trouver des financements plus facilement en passant par des banques d’affaire qui se gaveront grassement. Les fortunes financières pourront ainsi continuer à grossir gentiment pendant que les travailleurs, ce qui se lanceront dans l’auto-entrepreneuriat continueront de s’endetter lourdement.
Il se dit « ni de gauche, ni de droite » bien au contraire, il veut continuer, accélérer les réformes des gouvernements précédents. N’oublions pas que la pacte de responsabilité, c’est son bébé. Ce pacte avec le diable, ce cadeau au patronat qui devait favoriser l’emploi n’était qu’un camouflé pour se gaver sur notre dos. Ce cadeau représente 41 milliards d’euros par an offert au patronat par l’État sans que cela ait une incidence sur le chômage. La loi Macron, qui est le complément du pacte de responsabilité, favorise entre autres les plans sociaux et l’augmentation du temps de travail. Après, Macron se dit « le défenseur du travail ». Alors même qu’il veut atteindre 3% de déficit, à Lyon, il mettait en avant une augmentation des dépenses de la défense de 1,6 à 2% du PIB, soit une augmentation de 9 milliards d’euros par an. De plus, il veut recruter 10 000 fonctionnaires de plus dans la police et la gendarmerie. Comment faire pour faire baisser le déficit si, d’un côté, il veut alléger de plus en plus les charges sur les entreprises, sur les grandes fortunes et augmenter les dépenses dans le système de répression et impérialiste de l’État français si ce n’est en attaquant de plein fouet les travailleurs.
Ça sera à nous de payer une fois encore pendant que les riches continuent toujours plus de s’enrichir. En 2016, les entreprises du CAC40 ont distribué près de 56 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires, un record depuis le début de la crise, depuis que les gouvernements accélèrent leurs attaquent contre les travailleurs, en fermant des usines et privatisant les entreprises et cassant le code du travail en nous faisant trimer toujours plus longtemps dans des conditions de travail de plus en plus précaires.
Macron ne s’arrête pas là, il veut réduire les coûts de la main d’œuvre, aller plus loin dans la casse du code du travail ; il veut que sa loi Macron s’applique à l’ensemble de l’économie, alors même que des millions de personnes se sont mobilisées contre la loi travail et ont subi la répression, Macron veut aller plus loin que cette loi qu’il juge trop restrictive : « Je veux un travail moins cher, avec un allègement des charges patronales jusqu’à 2,5 SMIC et un allègement de charges de 10 points au niveau du SMIC.  » « Pour libérer le travail, je veux qu’il paie mieux. Nous devrons financer différemment la maladie et le chômage et alléger les cotisations payées par les salariés. Et tout le monde gagnera en pouvoir d’achat.  » . C’est surtout le patronat qui gagnera plus d’argent et il ne servira pas à améliorer les conditions de travail et en embauchant mais il ira directement dans ses poches. Alléger les cotisations payées par les salariés permet effectivement d’avoir une plus grosse paie à la fin du mois mais cela veut dire que le système de sécurité sociale sera moins performant. Macron veut couper net dans les dépenses de l’État, veut baisser les cotisations et veut « une allocation de solidarité » que tout le monde toucherait ; ce ne sont plus les salariés licenciés qui touchent une indemnité chômage mais également celui qui démissionne. Ça a l’air très bien sur le papier mais il faudrait que le leader d’En Marche nous explique comme il compte financer ça. Vu son objectif et ses réformes en tant de ministre, ça ne sera pas avec l’argent de l’État ni avec celui des patrons. Ce manque de cohérence qui définit le messie de la politique pousse à croire que cette indemnité sera plus basse, non indexée sur le dernier salaire perçu et surtout qu’elle aura une durée limitée.

Emmanuel Macron l’homme providentiel de la politique ne l’est pas pour les travailleurs qu’il n’a pas arrêté d’attaquer et de mépriser lorsqu’il était ministre. Il l’est plutôt pour ses amis banquiers et ses soutiens économiques du CAC40. En menant une politique d’austérité, seul moyen d’arriver à la barre des 3 % de déficit, lui qui martèle être anti-système, et bien, finalement, plus on se rapproche de la date fatidique plus il ressemble aux autres, profiteurs et magouilleurs.




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