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Casse de l'hopital public

Madrid. Les médecins hospitaliers en grève illimitée contre la précarité de l’emploi

Les médecins contractuels des hôpitaux madrilènes ont entamé un mouvement de grève illimité historique et largement suivi contre la précarisation du métier et les suppressions de postes massives. Un mouvement uni et synchronisé entre les différents hôpitaux, qui tranche avec la stratégie d'éclatement des luttes par services des centrales syndicales en France, et montre la voie pour une mobilisation d'ensemble avec un vrai plan de bataille pour la victoire.

mercredi 11 mai

Crédits Photo : Médicos y TS-Madrid

Une bataille d’ampleur contre la précarité des emplois

Le mouvement est d’une ampleur historique, depuis mardi les médecins contractuels des hôpitaux de Madrid sont entrés dans une grève illimitée contre les directions et le gouvernement de la communauté de Madrid.

La cause première de la mobilisation est l’énorme précarité qui touche les médecins et tout le personnel de santé et technique des hôpitaux depuis des décennies, et qui a atteint son paroxysme avec la crise sanitaire. Cela est la conséquence des politiques néolibérales qui continue d’être la constante et qui imprègne les politiques de santé de tous les gouvernements régionaux, quelle que soit leur couleur politique.

Dans le cas spécifique du système de santé de Madrid, les données montrent l’ampleur des abus et la précarité structurelle dont souffrent les médecins. Selon les données du ministère de la santé lui-même, 53 % de tous les médecins des hôpitaux de Madrid ont actuellement un contrat temporaire. Sur 11 970 médecins, 6 215 ont un contrat précaire en tant que médecins intérimaires ou temporaires. Cette situation touche toutes les spécialités médicales : traumatologues, oncologues, chirurgiens, internistes et urgentistes.

La bataille actuelle s’est engagée plus spécifiquement contre une récente mesure du gouvernement madrilène qui a été la goutte d’eau faisant déborder le vase. En effet, alors que certains médecins exercent depuis dix, vingt ou parfois trente ans dans les services sous contrats temporaires reconduits, le gouvernement de la communauté de Madrid a mis en place une plate forme d’Offre d’Emploi Public (Oferta Publica de Empleo) visant à mettre en place des concours pour pérenniser les contrats. Déjà, plus de 6000 licenciements ont été effectué le mois dernier parmi les agents de santé engagés spécifiquement pour lutter contre la pandémie.

Cela implique que l’ensemble des contractuels, malgré leur expérience et leurs capacités pour soigner, doivent passer des examens pour continuer d’exercer. Très concrètement, cela signifie des licenciements massifs parmi les médecins qui pourraient atteindre des niveaux historiques, car l’expérience du métier ne correspond pas aux différents tests (mémoires, QCM,..).

Une grève prometteuse

Ainsi le mouvement a d’emblée pris des dimensions radicales et actives face à cette mesure effarante. Les grévistes ont en effet organisé de grandes manifestations, des rassemblements devant les portes de plusieurs hôpitaux de la ville pour témoigner de leur colère ainsi que des discussions au sein même des établissements.

Des images qui tranchent avec ce que laisse entendre le gouvernement, qui assure que la grève est entrain de s’effriter et s’éteindre, et qui a d’ailleurs tenté de la casser avec des mesures abusives de maintien d’un service minimum. Au travers d’une ordonnance publiée vendredi en prévoyance du mouvement, le gouvernement imposait au personnel de consultation externe un service minimum à hauteur de 50% des services et jusqu’à 100% dans les services considérés comme urgents.

Malgré ces mesures de contention, la radicalité du mouvement et la détermination à continuer la mobilisation est importante. Une détermination qui n’est pas déliée de la nature de cette grève, qui est à la fois illimitée mais surtout unie et synchronisée entre les services des différents hôpitaux.

Comme le souligne Javier Jadokk, médecin de famille et délégué AMYTS en soins primaires, « Le problème d’un, est le problème de tous »

Des leçons a tirer pour la lutte hospitalière en France ?

Ces dernières années la souffrance et la colère se sont aussi largement exprimées dans les différents services hospitaliers français. Que ce soit chez les soignants mais y compris dans le personnel technique et ouvrier de l’hôpital, se sont multipliées les mobilisations et les mouvements de grève contre les conditions de travail dégradées, le manque de personnel et de moyen. D’autant plus que la casse de l’hôpital public se poursuit sans relâche comme on peut le voir récemment à Strasbourg avec des mesures pour « redresser les comptes », avec fermetures de lits à la clé.

La colère est présente, comme en témoigne encore très récemment les grèves des réa ainsi que des urgences pédiatriques au CHU de Bordeaux, mais aussi des hospitaliers du CHU de Caen.

Au CHU de Bordeaux, la moitié du personnel des urgences serait sur le départ. Le personnel hospitalier en France, est à bout. Ségur et autres mesurettes n’ont pas compensé la destruction des emplois, des conditions de travail et de soin.

La grève dans les hôpitaux madrilènes doit servir d’exemple. La radicalité, mais surtout l’unité recherché par les hospitaliers madrilènes se distingue de la division des nombreuses luttes éparses qui s’expriment en France.

Alors que la colère n’est plus à démontrer et que les grèves services après services porté par les directions syndicales ont clairement montré leur insuffisance, il est nécessaire de doter le mouvement hospitalier d’une stratégie qui se donne les moyens d’unir les différents services de l’hôpital en lien avec les autres secteurs du privé et du public en lutte pour les salaires. Une condition nécessaire, qui combiné à un programme qui vaille la peine de se battre, peut véritablement permettre d’envisager d’obtenir nos revendications. L’heure n’est pas à négocier le poids de la précarité et des chaînes avec le gouvernement.

Un plan de bataille conséquent, dans un mouvement de grève synchronisé et illimité, avec des revendications offensives comme notamment l’augmentation considérable et immédiate des moyens et du personnel, doit être exigé aux confédération syndicale à l’exemple de l’interpellation en ce sens la direction de la CGT Santé par Marie-Laure Charchar, Secrétaire générale de la CGT Blanchisserie.

De reprendre ses mots pour demander : « Est-ce qu’on continue sur le dialogue social ou est-ce qu’on se prend en main en mettant en place un réel plan, et une réelle unification de toutes les luttes ? ». La grève dans les hôpitaux madrilènes donne les premiers pas dans la voie pour répondre à cette interrogation, et répondre aux coups incessants portés à l’hôpital et public et son personnel.



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