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Notre classe

Début d’une bataille

Bordeaux. Plus de 200 personnes mobilisées contre la répression syndicale chez Magna

Ce mardi un premier rassemblement a eu lieu devant l’usine de Magna (ex-GFT) suite à trois convocations individuelles à l’encontre de représentants du personnel. Alors que la direction prétexte une « coïncidence entre trois cas isolés », c’est une véritable répression syndicale qui est ouverte.

mercredi 28 avril

A peine arrivé aux commandes de l’usine, Magna a lancé les hostilités à l’encontre de trois représentants syndicaux. Les repreneurs de Getrag Ford Transmissions ont d’ores et déjà sanctionné un élu du syndicat Force Ouvrière, c’est un licenciement qui est demandé à son encontre. Ce mardi, c’est un des deux élus CGT qui devait passer en conseil de discipline. L’intersyndicale avait donc appelé a une première journée de mobilisation devant l’usine.

Ce sont plus de 200 personnes qui se sont réunis devant l’entreprise de boite à vitesse, avec de nombreuses prises de paroles en soutien aux travailleurs et remettant en avant l’avenir de l’usine toujours en balance. Des travailleurs de la CGT Styker, de la CGT éducation, de la CGT la monnaie, des anciens de Ford, de la CGT blanchisserie du CHU de Bordeaux, de SUD PTT et FATP pour la poste, de Sud Santé, … mais aussi les militants du NPA, Lutte Ouvrière, le PCOF, le sénateur du PCF Fabien Gay ainsi que des Gilets Jaunes du collectif de Bassens. Les militants du NPA-Révolution Permanente sont venus avec une délégation de jeunes, qui se sont par ailleurs fait arrêtés sur le trajet par la gendarmerie leur interdisant l’accès au rassemblement faute de justificatif selon eux, ces derniers ont du contourner la route principale pour parvenir au rassemblement. Finalement c’est une première démonstration de soutien qui a été faîte ce jour, lancé un signal à la direction : les travailleurs de l’usine ne sont pas seuls.

Concernant la convocation du jour, Vincent, le militant de la CGT a finalement fait le choix d’exiger un report au vu du fait qu’aucun courrier avec accusé de réception n’avait été reçu. La pétition réunissant pour l’instant plus de 600 signatures a été remise à la DRH de l’entreprise, qui a seulement tenté d’argumenter qu’il ne s’agissait pas de répression syndicale mais d’une « coïncidence entre trois cas isolés de manquement au règlement intérieur » , une argumentation qui cache bien-sûr la volonté de la direction d’intimider les travailleurs, à commencer par les représentants syndicaux. Déjà avant l’arrivée de ces nouveaux patrons, tout était fait pour limiter les droits syndicaux, en isolant les représentants comme le pratiquent souvent les directions. Mais depuis avril, c’est un saut qui est passé avec ces convocations et sanctions, en vue des attaques plus lourdes à venir, à commencer par les baisses de charges de travail et les premiers licenciements qui arriveront sans doute rapidement, et à plus long terme la fermeture de l’usine.

Les représentants syndicaux aujourd’hui, le reste de l’usine demain

Comme l’ont rappelé de nombreux intervenants durant le rassemblement, ce n’est qu’une première étape d’une bataille qui s’ouvre aujourd’hui. La situation de l’usine est toujours en péril, la nouvelle direction ne donne toujours aucune garantie de production pour les suites et condamne à ce jour les plus de 800 salariés. Si aujourd’hui la direction s’en prend directement à trois représentants syndicaux, on peut imaginer la manière dont il prévoit les suites.

Si certains espèrent un scénario favorable, à travers « un bon PSE » à venir, la réalité est bien autre. D’une part, aucun PSE n’est bon à prendre et même suite au « meilleur » d’entre-eux, on retrouve quelques années plus tard de nombreux travailleurs dans la précarité et des centaines d’emplois sur lesquels la jeunesse aura fait une croix. D’autre part, on voit bien que cette direction n’a aucune intention de négocier l’avenir de l’usine, en attaquant celles et ceux qui défendent les travailleurs au quotidien.

La répression syndicale est un mécanisme auquel font appel les patrons de plus en plus utilisé de manière systématique. Dans le contexte de crise économique, où l’on assiste à une généralisation des APC, vagues de licenciements et suppressions de postes, ces outils servent aux patrons pour intimider les travailleurs, en s’attaquant à ceux qui pourraient les défendre face à leurs offensives. Comme à la RATP, à la SNCF, à La Poste, dans la Grande Distribution, ou encore dans les secteurs de l’industrie, les exemples ne manquent pas : les patrons utilisent ces méthodes pour éviter de faire des vagues, en cherchant à isoler les représentants syndicaux.

Face à ces attaques et restrictions des droits syndicaux, la réponse doit être collective de la part des travailleurs, en ayant en tête que l’avenir de l’usine ne dépend finalement que de leur volonté d’entrer dans un rapport de force face à chaque attaque, car elles préparent le terrain pour des offensives de plus en plus lourdes. Les seules perspectives viables seraient d’avancer vers plus de contrôle des travailleurs, qui connaissent leur outil de travail et ont les compétences pour imposer une alternative à la casse de l’industrie et des emplois. C’est à travers les syndicats ou d’autres formes d’organisations et surtout avec le soutien du monde du travail et de la jeunesse, que l’avenir doit être discuté et pris en main, pour démontrer qu’un autre futur est possible.

Cette journée en appelle évidemment d’autres, comme le mardi 4 mai prochain pour la seconde convocation à l’encontre de Gilles, délégué CGT. Encore une fois il faudra être nombreux pour exprimer un soutien sans failles face aux nouvelles méthodes de cette direction. Mais il faut aussi avoir en tête que ces trois cas à l’usine de Magna ne sont pas isolés, partout c’est une dynamique accentuée de répression syndicale que l’on observe, nationalement, on peut citer Ahmed Berrahal que sa direction veut faire taire pour avoir dénoncé des violences sexistes à la RATP ou encore Rozenn qui a été licenciée « pour un tweet » façade d’une répression contre son combat syndical également. A Bordeaux ces derniers temps, c’est notamment les cheminots qui ont essuyé des attaques à l’encontre de syndicalistes systématiquement, du côté du secteur de l’énergie également pour ne citer qu’eux. Autant d’exemples qui doivent nous pousser à coordonner les solidarités face à chacune de ces attaques, à relever la tête face aux patrons qui se croient tout permis et oublient trop rapidement qui fait tourner les entreprises. Des défenses collectives que l’on doit remettre à l’ordre de nos priorités si l’on ne veut pas seulement faire reculer mais bien mettre un coup d’arrêt à cela pour aller de l’avant vers des revendications offensives et urgentes dans le monde du travail et la jeunesse.




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