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Politique

Reprise épidémique

Malgré les 21 départements classés en rouge, Castex exclut toujours les masques gratuits

Le Premier ministre a présenté ce jeudi ses annonces quant à l’évolution de la situation sanitaire en France. Si 19 nouveaux départements sont maintenant en « zone rouge » (soit zone de circulation active du virus), et si l’obligation du port du masque se généralise partout, Castex persiste et signe : les masques ne seront pas gratuits.

jeudi 27 août

Crédits photos : AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Jean Castex a annoncé, le jeudi 27 août, les nouvelles mesures du gouvernement pour endiguer la propagation du coronavirus, qui a déjà fait 30 544 morts en France selon les derniers chiffres. Car l’épidémie a atteint un nouveau pic depuis le déconfinement : plus de 5 000 nouveaux cas de Covid-19 ont été dénombrés en France au cours des dernières 24 heures, du jamais vu depuis mai.

On apprend donc que le nombre de département en « zone rouge », c’est-à-dire zone de circulation active du virus, passe de 2 à 21. En plus de Paris et des Bouches-du-Rhône, 19 nouveaux départements sont désormais entrés dans cette catégorie. De plus, le port du masque devient obligatoire dans tout Paris, et la petite couronne.

À part ça, le discours du Premier ministre n’annonçait pas de grand changements. Il y « 39 cas positifs pour 100 000 » personnes testées, soit « quatre fois plus qu’il y a un mois » annonce le Premier ministre, qui dit vouloir « tout faire » pour éviter un « reconfinement généralisé ». Dans ces conditions, on ne peut que s’étonner que rien ne soit dit sur l’accessibilité aux masques.

Car Jean Castex reste catégorique sur ce point, tenant la ligne présidentielle : l’État n’a pas à fournir des masques gratuitement. Question de « bon sens » selon le Premier ministre ; non, les masques ne seront pas gratuits, et ce y compris pour les enfants qui devront retourner masqués à l’école dans moins d’une semaine. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale, va même plus loin, car il affirme sur France Inter qu’« aucun pays au monde ne fait la gratuité des masques à l’école » ce qui est purement et simplement faux, puisque, comme l’explique CheckNews, de nombreux pays fournissent gratuitement des masques aux élèves, dont la Grèce et l’Italie.

Rien non plus sur les entreprises, qui représentent, on le sait, 24% des clusters en France. En effet, si Elizabeth Borne a annoncé l’obligation du port du masque du masque sur les lieux de travail, c’est une obligation bien relative, puisque la ministre n’exclut pas des dérogations. « Je souhaite que l’on puisse regarder les dérogations qui seront possibles à la fois pour les activités pour lesquelles c’est très pénalisant, mais aussi quand on voit qu’on a d’autres façons de se protéger, lorsque la distanciation physique est amplement respectée » expliquait-elle sur Europe 1. Une aberration, quand les études laissent penser que la distanciation physique ne peut en aucun cas remplacer le port du masque dans des espaces clos.

Quant aux tests, Jean Castex s’est félicité du dépassement (tardif) de l’objectif de 700 000 tests par semaine qui avait été fixé après le déconfinement. Olivier Véran, qui l’accompagnait, a annoncé que « 840 000 tests, en France », avaient ainsi été réalisés en une semaine, « un effort de diagnostic et de dépistage sans précédent  », selon le ministre de la Santé. Il oublie de préciser qu’actuellement, les délais pour se faire dépister sont souvent trop longs. Il arrive qu’il faille attendre une semaine pour obtenir un rendez-vous, et encore une semaine pour recevoir les résultats.

Or, plus le diagnostic tarde, plus on risque de contaminer son entourage et bien au delà, de manière exponentielle. C’est notamment le cas en Île-de-France, zone rouge où les labos sont débordés. « On aimerait que les politiques, avant de faire des annonces, travaillent avec les administrations pour que tout soit prêt  », fustige François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDB). « Ce n’est pas un problème technique, mais d’organisation […] J’ai déjà dit il y a deux mois, que dépister des milliers de gens au même endroit en même temps moment poserait problème  ».

Le gouvernement dit donc vouloir « tout faire » pour éviter un « reconfinement généralisé » et pour endiguer la propagation du virus, mais refuse catégoriquement d’appliquer les mesures les plus élémentaires pour s’assurer de la généralisation du port du masque, leur préférant une gestion répressive de l’épidémie. Gestion répressive dont Jean Castex se félicite, vantant les 700 verbalisations dressées chaque jour par les forces de l’ordre dans l’ensemble du pays pour non-port du masque.

Dans les entreprises, il laisse une marge de manœuvre au patronat pour négocier au cas par cas, en ce qui concerne les masques comme les autres mesures (télétravail, etc.) – laissant la porte ouverte à ce que des conditions encore moins favorables aux salariés soient mises en place. Si 24% des clusters sont situés en entreprise, c’est en raison de ce type de logiques, où la priorité est donnée aux profits du grand patronat plutôt qu’à la préservation de la santé, de la sécurité et des conditions de travail des salariés. Cette logique de la rentabilité à tout prix est aussi celle qui a causé la destruction de l’hôpital public par les gouvernements successifs, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît sur la gestion de la crise sanitaire.

La situation sanitaire se dégrade de jour en jour, et ce gouvernement a mainte fois prouvé que sa gestion de l’épidémie n’était pas à la hauteur. Pour éviter un deuxième désastre sanitaire, qui semble de moins en moins improbable, il est urgent d’exiger la gratuité des masques pour toutes et tous !




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