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Politique

« L’école de la confiance »

Malgré les annonces de Blanquer, les épreuves de bac continuent à être bloquées dans de nombreux lycées

Le 6 février, Jean Michel Blanquer annonçait vouloir « faire évoluer les épreuves de mai-juin dans le sens de la simplicité ». Mais le week-end passé, les épreuves continuent d’être perturbées partout en France.

lundi 10 février

Illustration : blocage du lycée Lakanal, à Versailles, le 7 février

« L’administration de tenir coûte que coûte des épreuves qui sont rejetées à la fois par les professeurs, les parents et les élèves » nous résume ce lundi René Diaz, professeur d’histoire géographie au lycée Adolphe Tiers, renommé « Lycée Louise Michel » depuis le début de la lutte contre la nouvelle forme du bac, les désormais célèbres « E3C » (pour Epreuves Communes de Contrôle Continu). Ce matin encore, le lycée marseillais qui enseigne à plus de 900 élèves, était bloqué par les lycéens pour empêcher les épreuves. Si les collégiens et les élèves de classe préparatoire pouvaient encore passer, personne n’est venu composer son épreuve : « les épreuves ont été annulées, faute de candidats  » continue le secrétaire du syndicat SNES-FSU du lycée. Pourtant, l’administration fait tout pour que les épreuves se tiennent, coute que coute. Quitte à faire intervenir les forces de l’ordre, qui ont tenté de déloger les élèves.

Une politique répressive du ministère de l’Education Nationale qui révolte de nombreux professeurs, eux aussi mobilisés contre la réforme Blanquer : « quand le ministère n’arrive pas à obtenir ce qu’il veut, il essaye de forcer les choses. Ils envoient la police pour que les épreuves se tiennent quand même déplore René Diaz. Ce n’est pas très difficile de comprendre que faute d’être entendu parce qu’on a pas convaincu, on passe à des méthodes plus radicales. » Et faute d’avoir pu convaincre, la police et l’administration scolaires marchent main dans la main : un des élèves du lycée Thiers a été mis en garde à vue avec la collaboration du proviseur. En effet, alors que celui-ci avait échappé aux forces de l’ordre, ces dernières ont obtenu du proviseur le trombinoscope du lycée pour pouvoir retrouver le lycéen.

Le lycée Thiers est loin d’être le seul touché : à Vannes, au lycée Lesage, 42 % des professeurs étaient en grève ; au lycée Victor et Hélène Basch de Rennes, les lycéens ont organisé un nouveau blocage tandis qu’une compagnie de garde mobile gardait le lycée.

Les formes de protestation restent très diverses : parfois des blocages, comme au lycée Du Bellay à Angers, ou encore des « die-in » comme ici au lycée Maine de Biran, à Bergerac (Dordogne).

Dans toute la France, professeurs et lycéens tentent de faire entendre leur voix, malgré le silence médiatique. A part dans la presse régionale, la mobilisation semble être invisible. Pour Michel Decha, professeur au lycée Gabriel Guist’hau de Nantes, lui aussi syndiqué SNES-FSU, « le gouvernement maitrise suffisamment sa communication pour dire que cela a lieu en disant si cela a lieu c’est que les professeurs ne sont pas contre notre réforme. La réalité c’est qu’il met en place des brigades de retraités pour remplacer les grévistes, la police intervient pour taper sur les gamins, etc. ». Tous les professeurs que nous avons pu interroger sont scandalisés par la répression qui touche les lycéens : au lycée Gabriel Guist’hau, ce sont les Compagnies Départementales d’Intervention, l’équivalent de la BRI parisienne, qui sont venues débloquer le lycée le 30 janvier.

Et malgré la répression, les lycéens ne cèdent pas : aujourd’hui encore, le lycée a été bloqué jusqu’à 16h, et les E3C reportés. Et face aux lycéens, il n’y a pas que la police, qui a arrêté un lycée du lycée Clémenceau ; il y a aussi les proviseurs : certains n’hésitent pas à filmer les élèves qui sortent des E3C avec leur copie pour protester contre ce bac au rabais, ou encore filmer les blocages pour identifier les « fauteurs de troubles ». Pour les professeurs, la mobilisation s’articule entre le soutien aux blocages des lycéens, mais aussi avec une politique pour dénoncer ce bac que Michel Decha décrit comme une « vaste blague » : « certains professeurs vont mettre 20/20 à tous leurs élèves, tandis que d’autres retardent le plus possible la correction en mettant le minimum de remarque sur la copie, et mettre entre 15 et 20 » explique le syndicaliste.

Une dynamique qui ne semble pas prête de s’arrêter donc, malgré un gouvernement qui cherche à endiguer la colère à tout prix pour sauver sa réforme, par la répression policière et administrative. Ce weekend, une coordination nationale lycéenne avait lieu avec 40 lycées représentés afin d’établir des perspectives pour la mobilisation, de la généralisation du blocage des E3C à l’élaboration de nouvelles revendications. Vacances ou pas, la jeunesse lycéenne n’a donc pas dit son dernier mot.




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