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Monde

Montée de la violence

Mali. L’armée française accusée d’avoir bombardé des civils dimanche dernier

Au moins une vingtaine de civils sont morts après un bombardement aérien au centre du Mali. Impossible de savoir pour le moment si l’armée française est impliquée.

mercredi 6 janvier

Dimanche dernier des habitants du village de Bounti dans la région de Mopti dans le centre du pays, ont été pris pour cible d’un bombardement aérien. Certains affirment qu’il s’agirait d’un hélicoptère non identifié, d’autres témoignages parlent de bruits d’avions. Quoi qu’il en soit, un groupe de personnes célébrant un mariage a été la principale cible, on affirme qu’au moins 20 personnes sont mortes. « Nous avons été surpris par l’intensité de la frappe. L’hélicoptère volait très bas, au point qu’on croyait qu’il allait survoler le village », a affirmé l’un de ces témoins.

A la suite de l’attaque aussi bien les autorités maliennes que les autorités militaires françaises ont gardé silence. Mais face à la grogne qui commençait à s’exprimer sur internet, l’Armée française a dû rompre le silence ce mardi. Un officier français a ainsi affirmé que les forces de la mission Barkhane conduite par la France ont bien mené un raid dans la zone mais contre des combattants islamistes, tuant une dizaine de djihadistes. Selon lui, « il ne peut y avoir de doutes et d’ambiguïté, il n’y avait pas de mariage. C’est une frappe menée après un processus particulièrement formel et multipartite sur un groupe armé terroriste pleinement identifié, après un recoupement d’informations, des attitudes, une posture, sur une zone caractérisée ».

Un autre élément qui exonérerait la France de toute responsabilité serait le fait que le raid de l’armée française a été effectué par des chasseurs-bombardiers. Or, des témoignages recueillis par Associated Press et reproduits par le Guardian, font part du fait que des djihadistes se seraient approchés des personnes célébrant le mariage en leur demandant de séparer les hommes et les femmes. « Nous étions en train d’exécuter les ordres quand j’ai entendu le bruit d’un avion et immédiatement une frappe venant d’en haut. Par la suite, je n’ai rien vu parce que j’étais inconscient, raconte un témoin direct. De cette façon, le type d’aéronef qui a effectué l’attaque n’est toujours pas clair, et donc la force Barkhane ne peut pas être complètement innocentée de la responsabilité de ce crime.

L’autre possible responsable c’est évidemment le gouvernement malien et ses forces armées. Des autorités maliennes qui montrent depuis dimanche un dédain ahurissant vis-à-vis des la population locale. Comme l’explique un habitant : « nous n’avons vu aucun représentant des autorités. Alors, ce matin, on a creusé une fosse pour mettre les corps, qui sont restés là depuis dimanche sans que personne n’y touche ». Un autre villageois affirme que les corps « ne sont pas identifiables, ce sont des restes de corps, des morceaux de corps humains éparpillés (…) Nous aimerions que les autorités viennent au moins nous dire à qui appartient l’hélicoptère, qui a tué nos parents ».

Il semble en effet assez incroyable qu’aussi bien les autorités locales que les autorités militaires française soient incapables de déterminer qui a survolé la zone et qui a mené l’attaque. Une analyse balistique devrait d’ailleurs suffire à déterminer qui a attaqué les civils. A moins que l’on cherche à cacher quelque chose ?

Le fait est que ces derniers jours nous assistons à une augmentation importante de la violence dans cette région du centre du Mali. Il y a quelques jours seulement une centaine de civils a été assassiné lors des attaques djihadistes au Niger, près de la frontière avec le Mali. En outre, « selon le Projet de données sur la localisation et les événements des conflits armés (ACLED), en juin 2020, le nombre de décès signalés en raison d’attaques violentes au Burkina Faso, au Mali et au Niger avait largement augmenté par rapport aux données sur la même période en 2019 (…) Le Burkina Faso, à lui seul enregistré en juin 2020, près d’un million de personnes déplacées à l’intérieur du pays, soit près du double à la même période de 2019. Et la situation au Mali est identique à celle du Burkina-Faso, voire pire. En 2020, Il y avait près de cinq millions de personnes de plus souffrant de l’insécurité alimentaire qu’en 2019, soit une multiplication par trois par rapport aux années précédentes », peut-on lire sur le site KInfosAfrique.

Quoi qu’il en soit, il devient de plus en plus clair pour la population locale que l’intervention de l’armée impérialiste française n’a fait qu’empirer la situation sur le terrain. Alors que le conflit au Mali avait commencé comme une contestation indépendantiste des populations du nord du pays, rapidement après l’intervention française le conflit a évolué vers une forme d’affrontements interethniques permettant parallèlement le développement et renforcement des groupes djihadistes liés à Al-Qaeda et à Daesh.

La France qui intervient depuis 2013 dans le pays a perdu autour d’une cinquantaine de soldats et de plus en plus fait des déclarations allant dans le sens d’une « évolution » de son engagement. En clair, elle chercherait à réduire sa présence militaire dans la région (aujourd’hui elle compte autour de 5100 soldats) tout en gardant le contrôle sur le terrain. Cependant, cela reste une manœuvre délicate car Paris craint de laisser le terrain libre pour la Russie et la Turquie qui sont en train d’investir vastes ressources géopolitiques, militaires et économiques en Afrique.

Pour notre part, nous nous opposons aux projets de la bourgeoisie impérialiste française en Afrique et considérons que l’armée française doit partir d’Afrique. La présence des forces armées impérialistes et étrangères ne peut représenter que l’amplification des souffrances pour les populations locales.




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