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Politique

Ni Le Pen ni Macron

Manif contre l’extrême-droite : "contre Le Pen, combattre Macron et préparer le 3ème tour social !"

Plus de 10.000 personnes ont manifesté ce samedi à Paris contre l'extrême-droite. Parmi eux, certains manifestants comme les étudiants mobilisés de la Sorbonne pointent la responsabilité du gouvernement, refusent de faire bloc derrière le vote Macron face à Le Pen, et appellent à préparer le "3ème tour social".

dimanche 17 avril

Le cortège étudiant organisé par Le Poing Levé à la manifestation du 16 avril contre l’extrême-droite à Paris.

La jeunesse, les étudiants étrangers et les travailleurs sans-papiers en première ligne face à Le Pen et Macron

« Après cinq ans d’offensive néo-libérale, islamophobe et autoritaire, on a bien vu qu’on ne peut pas compter sur Macron pour battre Le Pen ! » Ariane est étudiante à Paris 1 et militante au Poing Levé. Pour elle ce n’est pas un hasard si les étudiants de la Sorbonne occupent leur université contre la présence de l’extrême-droite au second tour, mais aussi contre Emmanuel Macron : « pendant la crise sanitaire les étudiants ont subi l’impact des politiques anti-sociales du gouvernement et se retrouvaient à faire la queue pour aller chercher de l’aide alimentaire ». Elle rappelle également la mobilisation contre Parcoursup et « la chasse aux "islamogauchistes" dans les universités ». Alors si elle est venue manifester ce samedi contre l’extrême-droite, c’est aussi « pour préparer le troisième tour social, car il faudra se battre quoi qu’il advienne après ce second tour ». Avant de conclure : « contre Le Pen et l’extrême-droite, il faut combattre Macron ! »

Comme Ariane, plus de 10.000 manifestants sont descendus dans les rues ce samedi contre l’extrême-droite, alors que le second tour des élections présidentielles opposera dimanche 24 avril Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Parmi eux, beaucoup de jeunes, notamment d’étudiants ayant participé à l’occupation de la Sorbonne contre le second tour Macron – Le Pen, d’étudiants réfugiés d’Ukraine en lutte pour obtenir une inscription à la fac, mais aussi des travailleurs sans-papiers sous-traitants de La Poste chez Chronopost, DPD ou RSI, en grève depuis plusieurs mois pour leur régularisation, en première ligne face aux politiques racistes et antisociales et à l’extrême-droite.

« On va subir des attaques quel que soit le résultat du second tour ! »

A l’initiative de cette marche organisée dans plusieurs villes de France comme Marseille, Bordeaux ou Metz, un appel unitaire signé par la Ligue des Droits de l’Homme, la CGT, Solidaires, la FSU ou encore l’UNEF intitulé « "Non" à l’extrême-droite, pour la justice et l’égalité !  ». Partant du constat que l’extrême-droite est aujourd’hui « forte d’un niveau de voix jamais atteint », les signataires s’accordent pour pointer du doigt la responsabilité « des politiques ultra libérales menées depuis des années », mais alertent sur « l’urgence » d’empêcher dans l’immédiat Marine Le Pen d’être élue à l’Élysée. « Mieux vaut un vote qui pue, qu’un vote qui tue » professait ainsi une pancarte.

Mais si tous les manifestants s’accordent à dire que l’élection de la candidate du RN signifierait un saut supplémentaire dans les attaques racistes, islamophobes, sécuritaires et antisociales, beaucoup ne partagent pas cette perspective, et appellent à construire la riposte dans la rue plutôt qu’en faisant bloc derrière le vote Macron au second tour.

Yassine Jioua, machiniste à la RATP au dépôt de bus de Malakoff et militant CGT, déclare par exemple : « on va subir des attaques quel que soit le résultat du second tour, donc on doit s’organiser. […] On n’a pas oublié les attaques racistes menées par le gouvernement, ni celles contre nos conditions de travail », en référence aux lois séparatisme et Sécurité Globale, ou encore à la réforme des retraites et aux ordonnances Travail. Même son de cloche chez Pchira, militante de la Marche des Solidarités qui affirme : « Le quinquennat Macron a été très difficile pour nous, nos droits ont été bafoués. Ces élections ont été marquées par la racisme ». Pour cette militante de la Marche des Solidarités, « cette manif n’est pas une consigne de vote, mais un appel à être dans la rue ».

Dans le même sens, Jérôme Rodrigues expliquait jeudi dernier sa position concernant le second tour en ces termes : « les LBD bleu Marine ou bleu Macron ça fait les même dégâts », avant de conclure « ni Le Pen ni Macron ! Le seul candidat c’est la rue ! » Ironie du sort, le dispositif policier déployé ce jour là contre les manifestants, avec fouilles dans le métro, charges policières, lacrymos et interpellations sur la Place de la République, n’a pas manqué d’illustrer les propos du Gilet jaune.

« Il faut construire le rapport de force dans la rue ! »

« On est là pour faire bloc contre l’extrême-droite, en disant que Macron n’est pas une alternative » déclare de son côté Anasse Kazib, lui aussi présent dans la manifestation parisienne. Mais le cheminot ex-candidat à la présidentielle regrette l’absence de bon nombre de figures de la gauche sociale et politique : « aujourd’hui, il y a la jeunesse, des réfugiés de guerre, mais il manque du monde de notre camp social. Il faut tirer l’alarme et construire le rapport de force dans la rue ».

Et pour cause, si le gros des troupes étaient des jeunes descendues dans la rue ce samedi, les équipes syndicales étaient moins visibles dans les cortèges – excepté le cortège des travailleurs sans-papiers de Chronopost. La faute à une communication manquée – l’appel à la manifestation ayant été rendu public seulement vendredi – mais surtout à un travail de mobilisation insuffisant du côté des directions syndicales, dont témoigne la taille des cortèges syndicaux. Cette absence de dynamique est indissociable du mot d’ordre de la manifestation et des syndicats, qui s’inscrit dans une logique de « barrage à l’extrême-droite » sur le terrain électoral. Non seulement la détestation légitime de Macron ainsi que l’expérience des politiques antisociales et autoritaire menée par les gouvernements élus sur cette base met cette stratégie en crise, mais elle limite les manifestations de l’entre-deux tours à un rôle symbolique, déconnecté de la préparation de la résistance aux offensives à venir qui devrait être au premier rang des priorités du mouvement ouvrier.

Du côté de La France Insoumise, qui apparaît désormais comme la principale force politique à gauche, si plusieurs drapeaux étaient présents dans la manifestation, à l’initiative de militants de base, aucun des députés et porte-parole de l’organisation n’a participé à la manifestation. Un choix politique assumé comme l’a expliqué Manuel Bompard, interrogé vendredi par Sud Radio. Le coordinateur de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, expliquait ainsi sa position : « Alors oui, bien sûr, il y a aura une mobilisation dans la rue, je la comprends et la soutiens ». Pour autant, a-t-il ajouté : « personne ne conteste » que l’élection présidentielle se déroule « dans des conditions démocratiques normales ». Et de conclure : « il y a un troisième tour, ce sont les élections législatives ». Dans la continuité de la stratégie de son organisation, le membre de la direction de La France Insoumise exprime ainsi une conception purement institutionnelle de l’opposition au prochain gouvernement (qu’il soit macroniste ou d’extrême-droite), qui élude totalement la construction du rapport de forces dans la rue.

A l’heure où une partie du monde du travail se tourne vers l’extrême-droite soit par colère anti-Macron soit tout simplement en tombant dans le piège du racisme et de la xénophobie, il est indispensable que les organisations du mouvement ouvrier, de la jeunesse et des quartiers populaires dénoncent le poison distillé par les Marine Le Pen, Eric Zemmour et consorts, tout en défendant une voie indépendante du vote Macron et du saut dans l’offensive néo-libérale qu’il nous promet. A rebours des logiques institutionnelles, il s’agit de construire un bloc de résistance pour riposter dans la rue et sur le terrain de la lutte des classes aux attaques à venir, quel que soit le résultat du second tour.



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