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Politique

Manif de policiers : 40 flics sur les Champs, pas de répression et des JT en boucle

Avec la mobilisation contre les violences policières et le racisme, et l'ouverture des débats sur la question, avec notamment le cas emblématique d’Adama Traoré, la discussion glisse lentement vers la pleurniche policière. Avec une belle photo : 40 flics en manif sur les Champs, pas de répression mais des JT en boucle !

vendredi 12 juin

« Lâchés, abandonnés, trahis ». C’est ainsi que disent se sentir les policiers après les déclarations de lundi de Christophe Castaner. Il faut dire qu’ils ont été habitués à un meilleur traitement de la part d’un gouvernement qui n’arrive pas à voir les violences policières. Pourtant, plusieurs centaines de millions d’euros en plus après avoir manifesté cagoulés et armés sur les Champs en 2016 et l’obtention de leurs revendications sur la légitime défense (un souvenir hollandien que les syndicats policiers se remémorent avec émotion), le cadeau de Noël 2018 avec les primes à la casse de Gilets jaunes, des budgets florissants au détriment de l’écologie ou de l’éducation, une adroite esquive de la réforme des retraites en décembre dernier... Le pouvoir sait choyer son bras armé.

Mais celui-ci fait désormais face à une situation pour le moins désagréable. La déflagration mondiale suite au meurtre de sang froid de George Floyd à Minneapolis, a fait remonter à la surface toute l’injustice, toutes les humiliations, tous les crimes impunis, les blessures des violences policières. En France, tous les esprits honnêtes n’ont que pu faire le rapprochement avec le meurtre d’Adama Traoré, les manipulations pour nier la responsabilité de la gendarmerie étant les mêmes que les grosses ficelles qui ont servi dissimuler le meurtre de Floyd dans les premiers jours (même si l’ensemble de la planète a pu voir et revoir la scène du meurtre). La manifestation du 2 juin qui a rassemblé entre 40.000 et 80.000 personnes à Paris ainsi que les rassemblements massifs dans différentes villes avec une forte participation de jeunes, voire de très jeunes qui trouvent l’impunité policière absolument insupportables met Macron dans l’embarras. D’un côté la presse relate ces derniers jours ses craintes de « perdre la jeunesse ». De l’autre la nécessité de garder dans sa poche l’appareil policier grâce auquel son pouvoir tient encore et pourrait encore tenir face aux prochaines déflagrations de la lutte des classes.

Dans cette séquence, suite aux révélations de Street Press à propos de deux groupes Facebook rassemblant des milliers de policiers, avec d’innombrables commentaires racistes ont obligé le Castaner à s’exprimer lundi. Il a annoncé la suspension de policiers en cas de « suspicion avérée » de racisme, de même que l’arrêt de l’utilisation des prises d’étranglement.

Jeudi, dans plusieurs villes de France, des policiers se sont rassemblées pour des lâchers de menottes devant leurs commissariats. A Nice avec Eric Ciotti, à Lille, à Toulouse, à Bordeaux, à Saint-Etienne, à Marseille ou encore à Bobigny.

A Bobigny, BFM a couvert le rassemblement comme un événement sportif, analysant les préparatifs, le déroulement. Les chaînes de télé en direct ont suivi avec attention les rassemblements policiers dans toute la France. On aimerait les voir être aussi minutieux pour couvrir tous les rassemblements des enseignants qui luttent depuis plus de deux ans contre Blanquer et ses réformes ou du personnel soignant (un peu mieux traité depuis qu’il est apparu absolument essentiel) en bagarre constante dans les hôpitaux depuis le début du quinquennat pour des conditions de travail dignes.

Hier matin, ce sont quelques voitures, une quarantaine de policiers (sans un masque à l’horizon) et presque autant de journalistes agglutinés devant eux qui ont défilé sur les Champs-Elysées à l’appel de l’UNSA, de Synergie (CFE-CGC), d’Alliance et du SICP, derrière une banderole « pas de police, pas de paix ». Une provocation ignoble par le détournement du slogan des collectifs qui demandent la justice pour des proches morts suite à l’intervention de la police et qui doivent batailler des années pour parfois ne jamais rien obtenir. Ce dont sont sûrs ces familles, c’est que sans police il n’aurait pas eu de perte, et ils continuent d’affirmer que sans justice il n’y aura pas de paix.

Cette manifestation dont la médiatisation a été inversement proportionnelle à son caractère de masse, avait pour but de se rendre Place Beauvau pour rencontrer Castaner. Celui-ci a d’ailleurs rapidement reconnu une erreur sur le « soupçon avéré » de racisme et a d’ores et déjà reculé. Au-delà du caractère politique de la mesure, il est probable qu’elle aurait techniquement conduit à rendre déserts un certain nombre de commissariats. Tandis que l’interdiction des clés d’étranglement serait remplacé par... la généralisation des tasers, une arme qui tue et blesse grièvement.

« La police n’est pas raciste, elle est républicaine » s’est défendu le secrétaire général du très réactionnaire Alliance. Une déclaration qui sonne comme un aveu. Un État profondément et historiquement raciste, ne peut se doter d’une garde rapprochée qui ne le soit pas. La police républicaine d’une République qui réprime dans les quartiers populaires, qui discrimine et attaque en permanente les musulmans, qui s’attaque au droit et aux acquis des classes populaires et brise leurs luttes qu’elles soient habillées de jaunes ou unies autour d’un piquet de grève.

Évidemment un tel rassemblement sur les Champs-Elysées aurait été immédiatement réprimé si n’importe qui d’autre que les forces de répression avaient manifesté. Ici pour défendre leur droit au racisme et à l’étranglement.

Cette contestation de la police permet à la droite extrême et à l’extrême droite de se relocaliser dans la situation en déplaçant la discussion ouverte d’une dénonciation du racisme à de la lamentation policière. Ainsi Le Pen qui se rend devant un commissariat pour dénoncer la « présomption de culpabilité », à l’instar d’Alliance. Une présomption de culpabilité qui ne les a jamais dérangé avec les contrôles au faciès systématiques et quotidiens dans les quartiers populaires.

L’ensemble du monde politique que ce soit la FI, LR ou le RN demande désormais la démission de Castaner, certes pour des raisons différentes, mais toujours pour la protection de l’institution policière que Castaner mettrait en danger. Une police « plus républicaine » pour la FI, plus armée pour l’extrême droite.

Une crise qui inquiète en haut lieu. L’augmentation de la lutte des classes depuis 2016 laisse à voir systématiquement et pour des secteurs de la population de plus en plus large, la violence de la police, le caractère systématique de la répression quand les intérêts des classes dominantes sont remis en cause. La crise économique va entraîner des conflits encore importants et potentiellement une délégitimation encore plus importante et plus large de la police. Un phénomène qui a pris une ampleur extraordinaire aux États-Unis ces derniers jours. Une situation semblable inquiète tous ceux qui ne veulent pas renverser la table.




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