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Politique

L’ACTE XII continue le 5 février

Manifestation le 2, début de grève le 5… converger vers une stratégie commune pour gilets jaunes et gilets rouges

A Paris, ce samedi 2 février, dans le cortège de Daumesnil à République, Gilets Jaunes blessés en tête, on a pu entendre simultanément, « Ils tuent, ils blessent, à bas les CRS ! » et aussi « le 5 février, grève illimitée ! ». Un cortège d’environ 15 000 manifestants déterminés, mêlant gilets jaunes et organisations ouvrières, dont un grand nombre convaincus que « blocages et grève illimitée » c’est devenu incontournable, et ça commence mardi.

samedi 2 février

Des actions convergentes pour des revendications communes

Les préventions initiales des Gilets Jaunes contre tout ce qui ressemblait à un parti ou à un syndicat, et la méfiance instinctive des organisations ouvrières vis-à-vis d’un mouvement inédit et composite commencent, de part et d’autre, à s’effriter. La manif du 2 aura contribué au réchauffement des relations.

Au fil de l’expérience et du niveau de politisation élevé que le mouvement des GJ est en train d’atteindre, la nécessité de convergence et la complémentarité des méthodes de lutte deviennent peu à peu des évidences, tout simplement parce qu’elles sont des conditions pour gagner.

En plusieurs points géographiques, des expériences communes se sont déjà faites et « gilets jaunes » et « gilets rouges » se préparent ensemble à enchaîner et conjuguer manifestations, grèves et blocages. Pour illustrer cette transformation stratégique en train de s’opérer - sans doute encore sporadique, mais sonnant comme une promesse d’avenir - il est intéressant de se pencher sur ce qui se passe en ce moment-même à Châteauroux, dans l’Indre. Un tract, diffusé par la CGT à la veille de la manifestation porte l’appel suivant :

« Tous ensemble en grève et en manifestation :

- Samedi 2 février 2019 Gilets rouges et Gilets jaunes à 14h00 au Mail Saint-Gildas à Châteauroux

- Mardi 5 février 2019, l’UD CGT Indre appelle à la grève et au rassemblement à 10h00 place de la République à Châteauroux

Ce qui fonde cet appel et rend évident le besoin de convergence ? la liste des revendications à l’évidence parlante pour les gilets jaunes aussi bien que pour l’ensemble des couches de population les plus exploitées et les plus démunies :

« Une véritable augmentation du Smic, du point d’indice, de tous les salaires et pensions ainsi que des minima sociaux.

Sans oublier : la prise en charge des transports par les employeurs ; Une TVA à 5,5% pour tous les produits de première nécessité, notamment le gaz et l’électricité ; Une fiscalité juste, tenant compte des revenus, avec en premier lieu le rétablissement de l’impôt sur la fortune, 5 milliards de cadeaux aux riches ; Suppression de l’impôt CSG ; Suppression du CICE (40 milliards de cadeaux aux actionnaires) ; Retour de tous nos services publics sur le département.  »

Apprendre à lutter ensemble

Mais une telle stratégie ne s’improvise pas, elle se construit. Elle suppose anticipation et prévision et, en premier lieu, une pratique intersyndicale débarrassée des rivalités et inspirée par le puissant besoin du « tous ensemble » exprimé de longue date par la base des travailleurs syndiqués et non syndiqués.

Si, à Châteauroux, on a pu aboutir à cette forme déjà avancée de convergence, c’est d’abord grâce à une initiative conjointe de la CGT et de la FSU (Fédération syndicale Unitaire) associées aux Gilets jaunes. Cette stratégie commune Gilets jaunes-syndicats a été mise aux votes lors d’une réunion organisée en début de semaine. La majorité a opté pour ce rapprochement jaune/rouge : les syndicats ont donc eu la possibilité, lors de la manifestation du samedi 2, de se placer en queue de cortège sous leur propre identité et avec leurs mots d’ordre, et à leur tour, tous les Gilets jaunes qui le souhaiteront seront invités à la manifestation de la CGT prévue mardi 5 février, jour de grève, à 10 h, place de la République, à Châteauroux.

Face à un gouvernement prêt à militariser de plus en plus l’intervention des forces de l’ordre, et pour mener cette stratégie à triple détente - manifestations, grèves et blocages - qui semble aujourd’hui la meilleure pour gagner, il faut un niveau d’organisation et une détermination capables d’affronter « l’état de guerre » dans lequel Macron nous a plongés. Car les grèves dans les « boîtes » promettent de ne pas être plus tranquilles que les manifestations des Actes des Gilets Jaunes. Pour preuve la répression de plus en plus violente qui pèse sur les représentants syndicaux et ce qu’ont subi, encore il y a trois jours, les postiers grévistes du 92, délogés par les CRS du siège de la Poste à coup de bélier défonçant les portes. Quant à l’expulsion des ronds-points, les gilets jaunes en connaissent, eux aussi, un rayon.

C’est la pratique de l’auto-organisation et d’un fonctionnement démocratique par la base, les décisions d’assemblées regroupant gilets jaunes et travailleurs en grève, l’élargissement des luttes, l’organisation des caisses de grève, l’accumulation des expériences et des modes de soutien, matériels, techniques, juridiques et tout ce que la créativité propre aux périodes de lutte intense pourra produire qu’il sera possible de « faire céder Macron ».




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