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Riposte

Manifestation nationale des Biocoop le 17 septembre

Le 17 septembre les travailleurs de Biocoop se joindront à la journée de grève nationale. Ils organiseront un cortège « Biocoop en lutte » au sein de la manifestation parisienne. Dans le prolongement de la mobilisation des salariés du Retour à la Terre, une des franchises du réseau, une coordination des travailleurs Biocoop voit le jour et pose la perspective de l’élargissement de la grève.

mardi 15 septembre

crédits photos : O Phil des Contrastes

Après avoir œuvré en première ligne pendant le confinement face au virus, les travailleurs de Biocoop le Retour à la Terre, se sont rapidement vus signifier que le monde d’après allait rimer avec conditions de travail dégradées, puisque la direction leur annonçait sa décision de mettre en place l’ouverture des magasins le dimanche.

Les travailleurs de Biocoop le retour à la terre ont alors entamé une mobilisation massivement suivie le 9 juillet dernier pour commencer à construire un rapport de force à même de les faire gagner sur leurs revendications : « Ce sont les suivantes : que la direction renonce immédiatement à tout projet d’ouverture le dimanche, parce que pour nous salariés, il est clair que nous n’allons pas sacrifier notre vie sociale pour assurer les profits de l’entreprise, que toutes les demandes de rupture conventionnelle émanant d’un employé soient assurées immédiatement quel que soit le poste ou l’ancienneté parce qu’actuellement le seul moyen de quitter la boîte c’est la démission ou l’abandon de poste [ ce qui ne permet pas de toucher le chômage], notre troisième revendication porte sur les compétences et les salaires, nous exigeons que les compétences et qualifications des salariés soient reconnues sur leurs fiches de poste et que les salaires soient revalorisés en conséquence, parce qu’on est extrêmement nombreux à faire des tâches au-dessus de nos grades et que les salaires ne suivent pas. On en a marre des salaires de misère » expliquait Konstantin le premier août dernier lors de leur deuxième piquet de grève

Après quatre journées de grève massive, les grévistes du Retour à la Terre, commencent à obtenir leurs premières victoires puisque la direction semble reculer sur l’ouverture des magasins le dimanche.

Le 17 leur mobilisation entrera dans une nouvelle phase puisqu’en élargissant la grève à d’autres franchises du réseau Biocoop ils posent en germes un nouveau rapport de force à même de les faire gagner localement sur la revalorisation des salaires, l’obtention des deux jours de repos consécutifs ou sur l’acceptation des ruptures conventionnelles émanant d’un employé mais aussi à l’échelle du réseau et pour l’ensemble des travailleurs de Biocoop.

Partout à Biocoop des conditions de travail dégradées

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Suite à la mobilisation des travailleurs de Biocoop-Le Retour à la Terre, Biocoop national avait envoyé un communiqué aux gérants des 650 magasins Biocoop en France pour dénoncer une « instrumentalisation » de la part des grévistes, affirmant que leurs difficultés seraient uniquement liées à un problème local. La direction de Biocoop qui se revendique pourtant sociale et militante a préféré, soucieuse de son image de marque, plutôt que de chercher à résoudre les problèmes tenté de s’en débarrasser, afin d’éviter la contagion du mouvement à d’autres magasins.

Pourtant ce n’est pas la première grève au sein du réseau. Les grèves à Biocoop ne datent pas d’aujourd’hui et régulièrement ce sont les mêmes revendications qui reviennent. Dans nos colonnes nous sommes revenus sur une décennie de luttes à Biocoop qui font écho à la situation actuelle et infirment la position de la direction du réseau selon laquelle le conflit ne concernerait qu’une minorité de salariés.

Face au communiqué de la direction des salariés d’autres magasins et filiales Biocoop ont également tenu à nous faire parvenir leurs témoignages et nous raconter l’envers du décor. Un salarié de Biocoop Montgallet : « Malheureusement l’esprit coopératif originel a été perverti. Certes les décisions sont prises de manière collégiales dans les AG Biocoop, mais du fait des structures "d’indépendant" qui marche comme des franchises, chaque gérant agit comme un seigneur sur ses serfs. Les gérants sont bien souvent de petits potentats ! J’ai essayé plusieurs fois de voir si l’herbe était plus verte dans d’autres Biocoop qui s’ouvraient que ce soit à Paris ou province et j’ai constaté que beaucoup de patrons venaient de la grande distribution et comptaient mettre en place un management qui va de pair avec leur expérience ! Seuls ». Une salariée de la Biocoop Coquelicot de Strasbourg : « Ce qui est sûr c’est que j’ai intégré un magasin Biocoop en pensant y trouver une éthique et que les méthodes de management que j’ai constatées sont ce qu’il y a de pire et ce que j’ai fui en quittant un grand groupe : harcèlement, humiliation, mise à l’écart du groupe, mensonge. Toutes les méthodes sont bonnes pour faire craquer les éléments indésirables (est considéré comme indésirable une personne qui souhaite du gel hydroalcoolique en caisse ou un RDV à la médecine du travail) »

Un début de coordination et la possibilité d’un nouveau rapport de force

C’est à l’initiative donc des travailleurs du Retour à la Terre et suite à la médiatisation de leur mouvement que de nombreux collègues d’autres magasins ont manifesté leur envie d’élargir la grève au sein du réseau à l’occasion de la journée de grève nationale le jeudi 17 septembre. Un cortège Biocoop en lutte rassemblera donc les salariés de six magasins du réseau à la manifestation parisienne : les deux magasins Rive gauche et Rive droite de la franchise Retour à la terre, le Biocoop Poitiers, le Biocoop Raincy 93, le Biocoop Montgallet et le Biocoop Coquelicot de Strasbourg sur la base de revendications communes : que la représentation des salariés passe de 5% à 50% aux instances Biocoop et que la grille des salaires supprimée du cahier des charges soit réinstaurée et réévaluée dans tous les magasins du réseau.

Une coordination née dans la continuité du travail que les grévistes ont mené depuis leur premier piquet de grève pour tenter d’élargir le mouvement. Les travailleurs de Biocoop ont réussi à entraîner derrière eux l’un des prestataires du groupe. Ainsi la Conquête du pain, la boulangerie qui fournit quotidiennement Biocoop, a décidé d’interrompre ses livraisons aux magasins Retour à la Terre tant que les travailleurs n’auront pas gagné sur leurs revendications. Chaque matin dans les cagettes qu’ils distribuent aux autres Biocoop, le tract de mobilisation est distribué.

Face à l’hypocrisie de la direction de Biocoop, qui pour servir son image de marque défend publiquement que les salariés sont des « coopérateurs » le début de riposte collective des travailleurs du réseau et de coordination est une donnée cruciale. Le fait que les salariés de différentes franchises du réseau commencent à s’organiser ensemble, à décider de leur calendrier de lutte et de leurs revendications pose les bases d’un nouveau rapport de force et d’une réponse en toute indépendance et sans compromis avec le patronat.

Dans la période, alors que les attaques patronales se succèdent, que les vagues de licenciements s’annoncent massives, cet embryon de coordination doit servir d’exemple à l’ensemble de ceux qui luttent. Il est plus qu’essentiel d’aller vers la coordination de nos luttes, pour ne plus penser des plan de batailles usine par usine, ou magasin par magasin. Cette mobilisation de jeunes travailleurs souvent étudiants et à temps partiel aux côtés et par les outils du mouvement ouvrier organisé est un acquis pour l’ensemble de la jeunesse travailleuse et précaire, et pour l’ensemble de la classe ouvrière, la démonstration que l’heure n’est ni à la résignation ni à la défaite mais à la riposte collective.

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