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"Tous ensemble"

Manifestation parisienne : 180 000 personnes sous le signe de la convergence

Aujourd’hui, près de 180 000 personnes ont battu le pavé dans le cortège parisien selon la CGT. Une manifestation qui a marqué un approfondissement de la grève, sous le signe d’une convergence réelle et de plus en plus solide entre les différents secteurs.

mercredi 11 décembre 2019

Crédit photo : O Phil des Contrastes.

Dans un froid glacial rappelant le mois de décembre 1995, et malgré la grève de la RATP qui continue à paralyser totalement la capitale, près de 180 000 personnes ont battu le pavé ce mardi après-midi dans les rues de Paris.

La manifestation était notamment structurée autour de cortèges de différents secteurs qui, après six jours de grèves et de nombreuses assemblées générales, sont de plus en plus soudés et organisés. Que ce soit chez les cheminots, à la RATP, dans l’éducation, chez les pompiers ou encore les étudiants, les slogans étaient plus que clairs : retrait total et aucune illusion dans les négociations !

Des banderoles et des pancartes confectionnées sur les divers piquets de grèves remplaçaient les drapeaux syndicaux, et une réelle ambiance combattive et festive a animé la manifestation.

Du côté de la RATP, les grévistes sont présents depuis maintenant six jours tous les matins bien avant que le soleil ne se lève pour tenir leur piquet de grève à partir de 4 heures du matin. Rejoints par différents secteurs solidaires, les grévistes de la RATP de Lagny ou de Flandres ont par exemple ce lundi réussi à empêcher la sortie de dizaines de bus des dépôts. Pourtant, c’est aussi nombreux et avec autant de détermination et de radicalité qu’ils ont manifesté, bien décidés à faire reculer le gouvernement.

Le cortège de grévistes RATP du dépôt d’Ivry a même fait le choix de manifester aux côtés des étudiants, créant une réelle ambiance étudiants/travailleurs qui rappelait les liens tissés avec les cheminots au printemps 2018, les étudiants reprenant les slogans des travailleurs et inversement. « Nous sommes tous des enfants de la grève ! » chantaient notamment les 1000 étudiants.

Ce phénomène ponctuel est en réalité très révélateur d’une volonté de convergence effective et concrète entre les différents secteurs, qui chaque matin se rencontrent sur les piquets, et qui commencent à être conscients de la nécessité de tisser des liens pour contrer les stratégies d’isolement du gouvernement.

Alors que les facs ont adopté une stratégie anti-grève depuis plus d’une semaine, fermant leurs portes pour éviter la tenue d’Assemblées Générales et l’émergence d’un mouvement étudiant massif, une bonne partie des étudiants a fait le choix de ne pas rester chez soi et de se mettre au service de la grève. En effet, depuis jeudi dernier, des délégations d’étudiants se rendent chaque matin à l’aube sur les piquets de grève pour aider les grévistes à bloquer les dépôts.

Ces initiatives et la confiance qu’elles ont créé se sont exprimées dans la manifestation par une réelle volonté de convergence et de faire face ensemble, sans division ni corporatisme, une des plus grandes peurs du gouvernement.

D’autre part, elles montrent que les étudiants ont envie de se mobiliser et de se battre pour leur avenir, à l’image du cortège d’étudiants très dynamique qui a réuni plus de 1000 personnes, notamment des universités Paris 1, Paris 8, Paris 4 ou encore Paris 7, malgré la fermeture de l’ensemble des facs parisiennes et de banlieue parisienne.

Du côté des cheminots, chaque Gare s’est retrouvée en Assemblée Générale le matin. Puis, rappelant l’ambiance de la bataille du Rail du printemps 2018, l’Assemblée Générale de la Gare du Nord a décidé de rejoindre la Gare de l’Est, avant de former un cortège commun pour se rendre ensemble à la Gare Saint Lazare.

Au sein de la manifestation, une bonne partie des cheminots s’est retrouvée dans un cortège intergares, indépendamment de leurs étiquettes syndicales, derrière les banderoles de Chatillon, Austerlitz et Paris Est. Des taux de grève historiques chez les cheminots et aucune illusion dans les négociations, comme le rappelle Anasse, cheminot à Paris Nord : « les grévistes n’attendent rien des rencontres avec le gouvernement, on demande le retrait pur et simple de la réforme et d’ici là, on reste mobilisés ! La grève est déjà bien plus suivie qu’au démarrage de 1995, à l’époque les cheminots étaient partis tous seuls au départ ! »

Dans l’éducation nationale, les taux de grévistes s’élevaient à 62% selon le SNES. Dans un cortège commun de l’éducation nationale se sont retrouvés beaucoup d’établissements parisiens et de Seine Saint Denis, malgré qu’une partie des manifestants ait été empêché de rejoindre le cortège à cause des barrages de police.

« Dans le lycée de Blanquer, y’a toujours moins de matières, tu obtiens un bac local et Parcoursup te recale, ça ne peut plus durer, allez, allez ! » scandaient les enseignants et professeurs, mobilisés depuis plusieurs mois, remontés à bloc contre Blanquer, et dont les taux de grève depuis le 5 décembre sont historiques.

Un niveau de détermination très impressionnant se faisait ressentir dans les discussions, chacun racontant comment il avait tenté de convaincre jusqu’au dernier de ses collègues, et surtout dans une volonté de ne pas s’arrêter au frein que sont les directions syndicales, avec en première ligne la FSU, qui ne propose aucun plan de bataille ni aucune journée de mobilisation et s’apprête à négocier avec le gouvernement. De son côté, Blanquer n’a cessé de tenter de minimiser la mobilisation, estimant des taux de grève à 13% et multipliant les annonces pour faire plier ce troisième secteur de la grève, plus difficile à stigmatiser que les grévistes de la RATP et les cheminots.

Il est également à noter que plusieurs secteurs, à l’image d’EDF, qui n’ont pas l’habitude d’être à l’avant-garde des mobilisations, étaient également en grève et présents à la manifestation, signe d’une radicalité qui commence à s’étendre.

Une partie des Gilets jaunes avait aussi fait le choix de se joindre à la manifestation, à l’image de la présence de Jérome Rodriguez au micro de Révolution Permanente place Denfert Rochereau : « la France est en colère et il est temps qu’elle soit entendue ! (...) La base des syndicats nous a vu déborder le gouvernement depuis 1 an, aujourd’hui c’est son tour de déborder ses élites syndicales ».

Tout au long de la manifestation, le dispositif de répression déployé était à son habitude complètement démesuré : des centaines de camions, une présence massive de la BAC, des paniers à salade, des camions anti-émeutes et des voltigeurs dans les rues adjacentes prêts à bondir à la moindre occasion. La police a blessé plusieurs personnes, et aurait notamment blessé un vieil homme à la tête. Face aux huées des manifestants et au cri de « tout le monde déteste la police », les forces de l’ordre présentes ont dû reculer.

Un déploiement répressif en complète contradiction avec l’ambiance chaleureuse de fin de manifestation à Denfert Rochereau, si bien que par manque de métros et par l’envie de prolonger ce moment de discussion et de lutte, des dizaines de manifestations à échelle réduites se créaient pour quitter la place.




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