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Notre classe

Hospitaliers parisiens (AP-HP), la mobilisation se poursuit

Manifestation sauvage, blocage, hôpital de campagne. Les hospitaliers n’entendent pas arrêter leur mouvement

La manifestation des hospitaliers parisiens de l’Assistance Publique – Hôpitaux Parisiens (AP-HP) de ce 17 septembre devait impérativement répondre à une question qui était dans toutes les têtes : Stop ou encore ? Malgré des effectifs en baisse, force est de constater que la détermination pour mettre en échec le projet du président Martin Hirsch est toujours là. Ce qui amène à une deuxième question : quelles suites et quel plan de bataille pour gagner ?

jeudi 17 septembre 2015

Après une pause estivale qui a - ce qui était prévisible - coupé le rythme àun mouvement qui dure depuis plusieurs mois, une inquiétude planait sur la possibilité ou non d’une reprise de la mobilisation. D’autant plus que le mois de juin s’était terminé sur une note quelque peu amère pour les hospitaliers en grève, du fait de premières hésitations et divisions au sein de l’Intersyndicale censée les représenter, ce à quoi se sont ajoutés des prélèvements de salaire non échelonnés durant l’été, relatifs aux journées de grève du mois de juin. L’affluence en baisse aux assemblées générales de la semaine dernière renforçait les craintes d’un essoufflement du mouvement.


La combativité toujours au rendez-vous

Mais une fois arrivés à la manifestation, malgré des effectifs en baisse par rapport au 18 juin, on sentait bien que l’envie de se battre était encore là. Environ 1500 hospitaliers scandaient les slogans qu’on avait déjà pu entendre les fois précédentes : « Hôpital en colère, il y en a marre de la galère ! », « Hirsch, t’es f…, l’hôpital est dans la rue ! », « A l’Hôpital il y a trop de travail, à l’extérieur il y a trop de chômeurs, embauchons les chômeurs ! », « Hirsch, démission ! ».


Manifestation « sauvage »

Sur Facebook, les jours précédents la manifestation, on avait pu lire de nombreux commentaires critiques quant au parcours, négocié entre la préfecture de police et l’intersyndicale, loin de tous les lieux de pouvoir et traversant principalement le quartier touristique du Marais, avant de rejoindre Bercy, où une délégation serait reçu par le Ministère de la Finance. Ce mécontentement se nourrissait en plus d’un sentiment très répandu selon lequel la mobilisation historique des hospitaliers parisiens a été très sous-médiatisée.
Tout cela créait un scénario favorable à des actions de type coup de poing qui sortent du cadre traditionnel. C’est donc dès le départ en manifestation à partir du siège de l’AP-HP avenue Victoria que les hospitaliers ont joué sur la surprise. Au lieu de respecter le parcours prévu, le cortège a tourné soudainement à droite pour prendre plutôt la rue de Rivoli, bien plus mouvementée.


Le cortège coupé par la police

En profitant d’une certaine désorganisation, la police a néanmoins intercepté le cortège à un moment donné, en bloquant une rue transversale et en coupant ainsi le cortège en deux. Les manifestants du devant ont donc poursuivi leur chemin jusque à la place de l’Opéra, où ils ont bloqué la circulation pendant une bonne heure, pendant que ceux de l’arrière se sont installés rue de Rivoli. Cette division n’aura donc pas démotivé les hospitaliers, qui étaient déterminés à faire entendre leur colère et à se faire remarquer en bloquant la circulation. Un peu plus tard les manifestants de l’Opéra ont rejoint leurs collègues de la rue de Rivoli, où ils sont restés jusqu’en milieu d’après-midi, en laissant tomber le rendez-vous prévu à Bercy.


Hôpital de campagne

Des barnums installés en pleine rue de Rivoli, avec des lits d’hôpitaux et des équipements de soins. Voilà l’idée créative qu’ont eu certains hospitaliers pour montrer à la population que tout ce qu’ils veulent c’est pouvoir soigner les gens dans des conditions correctes. Certains promettent que la prochaine fois ils assureront des vrais soins à la population qui serait dans le besoin. Une belle façon d’afficher le caractère non-corporatiste de leur combat.


Quelles suites ?

En revanche, c’est au sujet des suites du mouvement que les choses sont moins claires. Certains posent la prochaine date seulement pour le 1er octobre, dans une manifestation commune contre la Loi Santé de Marisol Touraine. D’autres évoquent la possibilité d’un rendez-vous dès lundi 21 avec Martin Hirsch en présence d’un médiateur du gouvernement.
Les deux écueils que les hospitaliers voudraient éviter sont : l’éventualité d’une nouvelle date trop lointaine qui fasse retomber le rythme engagé avec l’action réussie de cette journée, et celui d’une négociation à huis-clos menée par une Intersyndicale qui ne fait plus l’unanimité, sans la pression d’une nouvelle manifestation - pour laquelle la date du 21 apparaît comme beaucoup trop rapprochée.
Pourquoi pas maintenir le rythme qui était celui du mois de juin, à raison d’une manifestation chaque jeudi, préparée par des assemblées générales dans chaque établissement. La date du 24 apparaît ainsi couler de source pour certains, mais chacun sait que la décision reviendra à l’Intersyndicale qui se réunira ce vendredi 18 septembre.


Coordination et convergence

Et c’est bien cette sensation de ne pas être totalement maîtres de leur mouvement qui commence à en déranger certains et à faire émerger petit à petit l’idée d’une coordination des assemblées générales sur le modèle de celle de 1988. Surtout à l’heure où les souvenirs du cafouillage du mois de juin, qui a permis à Hirsch de souffler et de rester à son poste, sont encore dans les esprits et où certains dirigeants syndicaux - comme Isabelle Chaumont-Huyet, secrétaire générale du syndicat CFDT de l’AP-HP - évoquent de moins en moins le mot d’ordre du retrait pur et simple du Plan Hirsch pour parler de « compensations » et de « limiter les dégâts, si cette réforme doit se faire ».

Ce qui est sûr c’est que pour pouvoir gagner, le mouvement des hospitaliers aura besoin de montrer sa capacité à tenir (en s’en donnant les moyens par exemple par la mise en place d’une caisse de grève), voire à s’amplifier, en cherchant la convergence avec d’autres hôpitaux en lutte et avec les autres secteurs, notamment de la fonction publique, qui sont visés par le même type d’attaque contre les conditions de travail.




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