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Politique

Casse de l'hôpital public

Manque de personnel soignant dans la Sarthe : un patient meurt faute d’anesthésiste

Le 1er novembre un homme est décédé d’une infection faute d’avoir pu être pris en charge à temps à cause d’un manque de personnel à l’hôpital du Bailleu, dans la Sarthe. Un événement dramatique montrant les conséquences bien réelles de la casse des services publics, et en particulier d’un manque de moyens chronique dans les hôpitaux.

jeudi 2 décembre 2021

Ce mercredi, un homme est admis à l’hôpital de Bailleul dans la Sarthe, où il aurait dû être opéré pour une infection aiguë. Mais faute de médecin anesthésiste, il a dû être transféré en urgence à l’hôpital du Mans situé à plus de 40km. Ce transport lui a été fatal, puisqu’il est décédé peu après son arrivée.

Une situation extrême mais symptomatique de la casse de l’hôpital

Cette catastrophe n’est une surprise pour personne à l’hôpital. « Cela fait des années que nous alertons sur les conséquences de la pénurie de praticiens », explique à France Bleu Line Mariot, représentante du personnel. « Malheureusement, ça devait arriver », ajoute un second représentant.

Le médecin anesthésiste qui devait être présent ce jour-là a dû lui-même être opéré en urgence, c’est pourquoi il n’a pas pu assurer son service. Mais cette situation montre plus généralement la tension extrême existant dans certains hôpitaux, notamment les plus petits. Le personnel présent se réduit au strict minimum, avec aucune marge de sécurité et en cas d’incidents, les conséquences peuvent être dramatiques. « Nous n’avons plus de ressource derrière, plus de parachute », résume ainsi Nadine Grelet-Certenais, élue et présidente du comité de surveillance du Pôle Santé Sarthe et Loir.

« C’est absolument inadmissible que nous n’ayons pas le minimum nécessaire au bon fonctionnement de notre service des urgences ! », ajoute-elle. Les difficultés sont en effet récurrentes dans cet hôpital où le service d’urgences ne peut plus être assuré en permanence, et ferme de façon intermittente.

Également interrogé par France Bleu, le secrétaire départemental du syndicat Force Ouvrière Santé décrit « un effet domino ». Il explique : « Nous voyons là l’illustration la plus dramatique du problème de manque de personnel. […] Manque de médecins traitants, recours aux urgences plus fréquents, urgences sans personnel suffisant, fermetures de ces services par intermittence dans les hôpitaux périphériques, transfert des patients à l’hôpital du Mans qui, à son tour, déborde ». Tout cela montre un enchaînement mécanique des difficultés, avec à l’origine la casse l’hôpital public.

Casse de l’hôpital public : conséquences réelles sur nos vies

Cette casse de l’hôpital public s’inscrit dans un long processus de baisse de financements des services publics en général. Alors que le personnel soignant a été célébré en héros durant les confinements dus au covid, cela ne s’est suivi d’aucune mesures concrètes de la part du gouvernement, et de la poursuite des politiques austéritaires, dont l’exemple le plus parlant est la fermeture de 27 000 lits d’hôpitaux depuis 2013, dont 5800 durant la crise du Covid.

En ce sens, mi-octobre une loi visant à plafonner le salaire des médecins intermittents devait entrer en vigueur. Si la loi a été différée à 2022, elle reste sur la table. Or les médecins intermittents sont essentiels au fonctionnement des hôpitaux, notamment des plus petits d’entre eux. Cette mesure risque d’aggraver la situation, alors que les habitants amenés à fréquenter ces établissements hospitaliers subissent déjà une perte de chance de survie, due au manque de moyen. « Prenons l’exemple de quelqu’un qui arrive avec une douleur thoracique. Le temps qu’on voit ce patient, qu’on passe des coups de fils, que l’ambulance arrive, que cette personne soit transférée. Si vous perdez une heure ou trois heures, c’est cela qui amène le drame », détaille Lina Mariot, représentante du personnel à l’hôpital du Bailleul. Ce décès met ainsi en lumière la nature criminelle des politiques de casse de l’hôpital public.

Ces problématiques ne sont pas isolées au cas de la Sarthe. Le mois dernier, ce sont les urgences de l’hôpital de Laval qui ont été fermées faute de personnel, entraînant une grève. D’autres mouvements de grèves, que ce soit des sages-femmes mais également des infirmiers anesthésistes montrent la colère de ce personnel soignant qui réclame plus de moyens.

Alors que le gouvernement avait promis des mesures suite à la crise du Covid qui avait mis en première ligne le personnel soignant des hôpitaux, la réalité montre le mépris continu du gouvernement pour ces travailleurs et travailleuses essentiel.le.s. Face au mépris du gouvernement pour notre santé, il est urgent de s’organiser pour réclamer des moyens massifs pour les hôpitaux, des embauches et des revalorisations de salaires.




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