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Notre classe

CHEMINOTS, USAGERS, MÊME COMBAT POUR LE SERVICE PUBLIC – PARTIE 19

Mantes la Jolie. Les raisons de la multiplication des agressions envers les cheminots en gare

Sept agressions d’agents SNCF depuis le 12 juillet en gare de Mantes la Jolie ! N’oublions pas que la région SNCF de Paris Saint-Lazare est une région test depuis 2016 dans laquelle les futures orientations de l’entreprise ont quelques années d’avance. Est-ce dans ce cas le résultat de cette transformation, qui ne manquera pas de s’étendre partout ? Et quel est le poids de la réforme du ferroviaire dans tout cela ? Eric BEZOU, menacé de licenciement, que nous avons soutenu dans nos colonnes et qui travaille à Mantes la Jolie, nous livre son analyse dans le cadre de notre campagne.

mardi 20 août

Les conséquences de la réforme du ferroviaire

Il existe déjà une situation générale qui fait suite à la réforme du ferroviaire. Les discours mensongers sur les « cheminots privilégiés » ont, malheureusement, laissé des traces. Le gouvernement nous pousse à la grève et ensuite nous stigmatise. Cela rappelle décembre 2009, quand le directeur de Transilien avait déclaré au 20h que les conducteurs de Saint-Lazare, en grève depuis un mois, n’aimaient pas leur travail car ils travaillaient tellement peu… une semaine après, un conducteur se faisait agresser et la gare Saint-Lazare fermait pour la première fois de son histoire !
Il faut décrypter ce qu’un tel discours sous-entend : les cheminots sont des profiteurs, ennemis du peuple et donc pourquoi mériteraient-ils la moindre considération ?
Ce type de discours trouve toujours un écho dévalorisant dans l’imaginaire collectif. Ceux qui le tiennent sont des crapules sans honneur, bien plus privilégiés que les cheminots bien sûr...
Parallèlement, le service se dégrade fortement, et pour parler de Mantes la Jolie, cela fait depuis 2012 que les trains ne circulent pas dans des conditions normales. Des trains qui devraient être longs, les directs Paris, circulent en train court (une seule unité). Les collègues qui font les départs de ces trains n’en peuvent plus des remontrances et reproches agressifs, quand ce ne sont pas des insultes et des crachats.
La solution avancée par la SNCF n’est pas de remettre des trains longs, mais de supprimer les départs de train, donc moins d’agents sur les quais pour vérifier la conformité des règles de circulation, donc la sécurité…
Globalement, la situation se dégrade avec des économies sur toute la maintenance préventive qui ne se fait plus, que ce soit au niveau du matériel roulant ou des voies, pour uniquement du curatif en cas d’incident. C’est la conséquence d’années d’économies absurdes et contre-productives. Je me souviens dans les années 2000 où nous avions signalé une branche d’arbre dangereuse au-dessus de la caténaire sur la ligne de Mantes par Conflans, mais la direction n’avait pas de budget pour la faire enlever. Quand elle est tombée quelques semaines plus tard, la caténaire a été endommagée et le budget de réparation a été débloqué…
Les voyageurs constatent les conséquences de cette stratégie absurde au quotidien avec des trains en retard ou supprimés pour les raisons principales suivantes : panne de matériel, incident sur les voies, rupture caténaire, absence de personnel (auparavant il y avait toujours des rames et des agents en réserve mais trop cher, ou sabotage voulu ?).
Il est évident que cela entraine automatiquement une augmentation de l’irritation des voyageurs, même les plus patients, même si, bien sûr, tous ne vont pas agresser les agents.

Une organisation régionale pathogène

Nous avions également une longueur d’avance sur la réforme du ferroviaire avec la mise en place de « petits collectifs » une organisation du travail pathogène qui implique 2 éléments très contestables : la flexibilité (soit travailler sur plusieurs gares et se déplacer entre elles) et la polyvalence (en réalité la fusion entre les métiers de contrôleurs et agents des gares)
On l’a vu lors des articles dans les journaux concernant l’équipe d’Asnières avec la « salle de repos au mérite » et le « concours top LAFEUR », tout est bon pour que les agents se soumettent à cette nouvelle politique d’entreprise qui consiste à fermer les guichets, augmenter le tarif quand on achète à bord du train et intensifier les contrôles !
Dans les faits, l’ouverture des guichets devient facultative. Avant les horaires de service faisaient qu’au moins un guichet était ouverte en permanence, mais maintenant, il est fermé tous les jours entre 12h30 et 13h30, au moins, quand il y a du personnel pour l’ouvrir. Mais par contre les contrôles ne sont pas facultatifs…
Dans un contexte social où il est de plus en plus dur de vivre correctement (les gilets jaunes le dénoncent depuis bientôt un an), se déplacer devient un luxe, que ce soit en train ou en voiture. Et le train de banlieue qui restait le moyen le plus abordable pour se déplacer en région parisienne devient inabordable.
Pourtant les gens doivent se déplacer quoiqu’il arrive, au moins pour travailler ou chercher du boulot.
On a senti, en gare de Mantes, la montée du ras-le-bol général des voyageurs avec un service dégradé, des tarifs prohibitifs et une intensification de la répression.
Evidemment, nous avons prévenu la direction et si des responsables locaux constatent bien que nous sommes dans le vrai, ils appliquent « les directives de Transilien »…
Cette organisation absurde et pathogène est en train d’être mise en place sur l’ensemble de la région parisienne déjà mais aussi du territoire.

Une mise en danger des agents assumée par la direction

En même temps que la direction de l’entreprise multiplie les campagnes infantilisantes de « prévention des risques », genre « les règles qui sauvent » dans lesquelles on explique qu’il faut bien tenir la rampe quand on monte et descend les escaliers, ou limite qu’il faut mettre un pied devant l’autre et pas les 2 en même temps, cette même direction met en place une organisation qui met les agents en danger et n’écoute absolument aucune alerte puisque ce sont « les directives ».
Par exemple, il n’est pas dit que nous devons nous déplacer seuls dans les trains en tenue, c’est bien plus hypocrite bien sûr (à l’image de la direction) : il faut « être en tenue à la prise de service » et ensuite se déplacer dans une autre gare (dans laquelle il n’y a pas de vestiaire et dans des horaires précis. Puis fermer la gare à une heure précise (qui ne laisse pas le temps de se changer) pour prendre un train pour revenir.
Une collègue a été agressée à sa descente de train car elle était reconnaissable en tant qu’agent.
La majorité des collègues refusent d’être assermentée pour effectuer du contrôle (présenté à l’origine comme une présence visible incitative à être en règle), mais la direction les inscrit de force et bloque leur carrière au cas où ils résisteraient. Puis oblige aux opérations LAF (lutte anti-fraude) dans les gares même où ces agents travaillent à l’année (ou même dans la gare de leur commune de résidence), les exposant ainsi aux actes de vengeance des contrevenants verbalisés.
Le collègue qui a été agressé le plus violemment se souvient que son agresseur a dit, avant qu’il ne perde connaissance : « c’est toi qui m’as mis une amende ! »
En résumé, la direction (sous l’impulsion du gouvernement) fait monter la grogne généralisée des voyageurs, dévalorise ses agents, puis les expose aux agressions des voyageurs violents et entretient la confusion entre les métiers d’accueil et de répression !
A mon sens, la prochaine étape est la sous-traitance de tous ces métiers (accueil et contrôle) à des boites de patrons voyous, type City-One ou autre, pour que la SNCF (ou sa filiale, Kéolis, qui est en bonne position pour remporter les marchés) n’ait pas à supporter les conséquences de ses décisions en matière d’organisation du travail. Les accidents du travail pour agression seront gérés (mal) par l’entreprise sous-traitante et les cheminots toujours plus précarisés.
Les collègues de Mantes et de la région de Saint-Lazare ont décidé de faire grève et se rassembler le jeudi 22 août en gare de Mantes.

Est-ce que la population a voté pour cette politique ?

C’est dans ces circonstances que nous pouvons voir les limites de notre démocratie.
En effet, Macron n’avait pas inscrit dans son programme une telle évolution de la SNCF et du transport ferroviaire (car cela va s’intensifier en 2020 avec le passage en Société Anonyme et l’ouverture à la concurrence).
Les situations, sociale et écologique, devraient nous faire réfléchir sur le rôle des transports publics et du train en particulier, le plus adapté au transport de masse avec un faible impact environnemental.
Devons-nous dépenser toujours plus dans les mesures de répression (portiques, contrôleurs, SUGE, agents de gardiennage, etc…) ou réorienter ces dépenses vers un service de qualité adapté aux besoins des voyageurs ?
La gratuité des transports est-elle la vraie solution pour réduire le nombre de voitures, et donc la pollution, avec pourquoi pas, des facilités pour charger son véhicule sur les trains (au moins plus d’accès aux vélos !) ? Avec un métier revalorisé qui attirera plus de sympathie des voyageurs, si ces derniers voyages dans de bonnes conditions.
Devons-nous imposer le transport des marchandises par le rail ? Ce qui fait mécaniquement baisser le coût des circulations de voyageurs, puisque plus les voies sont empruntées, plus elles sont rentabilisées et le coût par circulation est amoindri et donc la gratuité plus facilement atteignable budgétairement parlant.
Toutes ces options qui devraient faire l’objet d’un vrai débat politique, concept ignoré du Président Macron, qui n’est qu’un comptable (inspecteur des finances et banquier d’affaire) et le pantin des lobbys routier et pétrolier.

👉 Participez à la campagne de Révolution permanente :

N’hésitez à nous envoyer votre propre témoignage, que vous soyez cheminot ou usager, sur les conséquences de la réforme ferroviaire dans vos régions et métiers respectifs pour ce qui est des cheminots : siterevolutionpermanente@gmail.com

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