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Du Pain et des Roses

De la France aux USA

Marches des Fiertés. IVG, Transition, PMA... Dans la rue pour nos droits !

Aux États-Unis, on assiste à une attaque coordonnée par les secteurs les plus réactionnaires contre le droit à l'avortement et contre les droits LGBTI+. En France, dans la continuité du climat nauséabond des élections présidentielles, les voix les plus réactionnaires se font entendre contre les droits des personnes trans, pendant que le délabrement du système de santé met en danger le droit à disposer de nos corps. En ce mois des Fiertés, face aux réactionnaires, nous voulons répondre à l'unissons à l'international, qu'il s'agisse du droit à l'IVG, des droits LGBTI+ ou de la PMA : nos droits ne sont pas des promesses de campagne, nous nous battrons dans la rue pour les obtenir !

jeudi 16 juin

Crédit Photo : O Phil Des Contrastes

Aux États-Unis, une offensive contre le droit à disposer de nos corps

Aux États-Unis, les femmes et les personnes LGBTI+ font face à un retour en arrière sans précédent par rapport aux droits acquis les cinquante dernières années.

La Cour Suprême des États-Unis, composée d’une majorité ultra conservatrice, menace l’abrogation de l’arrêt Roe v. Wade de 1973 qui légalise le droit à l’avortement pour n’importe quel motif jusqu’à environ vingt-quatre semaines de grossesse.

Ces attaques sur le droit à l’avortement s’intègrent dans un contexte plus global d’offensive réactionnaire sur le droit à disposer de nos son corps aux États-Unis. Récemment, on compte plus de 300 textes de loi proposés ou adoptés par le Parti Républicain dans tous les États du pays visant à remettre en cause les droits LGBTI+. Plusieurs de ces textes prennent en particulier pour cible les enfants transgenres en restreignant leur accès à la santé, au sport, à l’éducation… À titre d’exemple, au Texas, à cause d’une loi particulièrement scandaleuse, tout soin de transition suivi par un mineur doit désormais être signalé aux services sociaux comme une forme de « maltraitance », pouvant aboutir au retrait de la garde de l’enfant à ses parents.

Ces attaques contre le droit à disposer de son corps sont liées : le document fuité de la Cour Suprême qui fait part de la volonté d’abroger l’arrêt Roe v. Wade, qui protège le droit à l’avortement, indique que certains juges voudraient aller encore plus loin en s’attaquant aux bases légales du mariage homosexuel ou de la légalisation de la "sodomie" (c’est à dire l’arrêt de la criminalisation effective de l’homosexualité). Cette offensive créerait également un précédent juridique pour attaquer d’autres droits reproductifs, comme l’accès à la contraception.

En France, une période d’élections dans une atmosphère réactionnaire

Après une élection présidentielle dans une atmosphère nauséabonde et une montée des voix réactionnaires, on peut constater que ce climat international a certaines répercussions également en France.

Zemmour a ainsi tenté plusieurs fois pendant ses campagnes présidentielles et législatives de reprendre la rengaine réactionnaire de la “protection des enfants” pour essayer de masquer une homophobie et une transphobie ouverte. Dernière sortie en date : Zemmour voudrait proposer une loi contre “les associations LGBT, féministes, anti-racistes” à l’école, comme il l’a énoncé sur BFM. À la Pride de Bordeaux, c’est un groupuscule d’extrême-droite exploitant la même rhétorique qui est venu perturber la manifestation avec une banderole “Protégeons les enfants, stop folie LGBT”.

S’ajoutent à ces courants d’extrême-droite anti-LGBTI+ des groupuscules d’activistes transphobes qui se réclament parfois du “féminisme”. En prenant leur inspiration de l’autre côté de l’Atlantique, ces groupes mènent notamment un lobbying anti-trans au sein des institutions du gouvernement. Récemment, un article de Mediapart a mis par exemple en évidence des liens troubles entre la DILCRAH, un organe gouvernemental de lutte contre les discriminations et l’Observatoire de la Petite Sirène, un groupuscule qui mène actuellement des activités de lobbying transphobe après être né dans le sillage de La Manif Pour Tous.

Des États-Unis à la France, dans la rue pour nos droits !

Ici, face au virage à droite du champ politique constaté pendant les présidentielles, une partie de la jeunesse politisée sur les questions de genre et de sexualité a voté pour l’Union Populaire - NUPES aux élections présidentielles puis législatives par rejet de l’extrême droite et du gouvernement Macron. Malgré cela, l’abstention record de 52% au premier tour des législatives, particulièrement haute chez les jeunes et dans les quartiers populaires, est l’expression supplémentaire d’une défiance toujours grandissante envers la classe politique. En effet, près de 40 % de la population estiment que l’Assemblée nationale n’est “pas utile”, selon une enquête commandée par l’institution elle-même en novembre 2021.

Pour une jeunesse en France qui a participé massivement au mouvement contre les violences sexistes et sexuelles, qui a manifesté pour les droits LGBTI+ et qui était déjà sortie dans la rue l’année dernière pour une Pride Radicale anti-capitaliste et anti-raciste, les efforts de fin de mandat de Macron n’ont pas été suffisants pour rétablir la confiance dans la Macronie et ses institutions. Les lois adoptées en fin de mandat comme la PMA (qui exclut toujours les personnes trans) ou la loi contre les thérapies de conversion n’ont pas suffi à faire oublier les nominations au gouvernement de Darmanin ou Abad, accusés de violences sexuelles, ni l’instrumentalisation de la “grande cause du quinquennat” à des fins racistes. C’est ce qu’a rappelé récemment une lycéenne en interpellant Macron sur ces nominations, avant d’être intimidée par la police.

Les offensives sur le droit à disposer de son corps aux États-Unis nous rappellent le vrai visage de ces institutions, et qu’aucune de nos victoires n’est permanente sous le capitalisme. Que si les capitalistes peuvent nous accorder des droits si cela leur est profitable - et si cela convient à leur agenda électoral, comme ça a été le cas de Macron pour sa campagne présidentielle, ils peuvent nous les enlever le jour suivant. La décision de la Cour Suprême, si elle est confirmée, et les dizaines de lois qui visent explicitement les personnes trans interviennent également sous l’administration Biden alors qu’il y a une majorité du Parti Démocrate au Congrès, l’équivalent du Parlement aux États-Unis. "Alors que certains libéraux réagissent déjà à cette situation en appelant les gens à voter lors des prochaines élections de mi-mandat [...] il ne devrait échapper à personne que le gouvernement fédéral dirigé par les démocrates n’a pas réussi à faire passer la moindre loi défendant le droit à l’avortement. C’est le cas des gouvernements démocrates précédents, y compris la supermajorité de l’administration Obama", rappelle Left Voice (organisation sœur de Révolution Permanente aux États-Unis).

C’est en réaction au mouvement féministe international, fort des mobilisations contre les violences de genre et de ses victoires récentes dans la lutte pour le droit à l’avortement - en Argentine, en Équateur, au Mexique ou encore en Colombie - que les secteurs les plus réactionnaires de la classe dirigeante, notamment évangélistes, se mobilisent aux États-Unis, mais aussi récemment en Pologne ou encore au Brésil. Or c’est justement par un mouvement féministe et LGBTI+ large, et sur le terrain de la lutte des classes, qu’il est possible de les faire reculer. Comme l’écrit Left Voice : « Seul un mouvement de masse, luttant dans les rues et sur nos lieux de travail, pourra protéger le droit à l’avortement et se défendre contre la remise en question continue de ce droit. Nous avons besoin de toute urgence de mobilisations de masse, et les travailleurs doivent appeler leurs syndicats à se joindre à la lutte. La puissance syndicale nouvellement réveillée doit être solidaire du mouvement pour la protection du droit à l’avortement. »

Jeunes et travailleurs·euses, ensemble pour des fiertés révolutionnaires !

Aux États-Unis, une nouvelle génération de jeunes précaires est à l’avant-garde de la lutte pour la syndicalisation et l’amélioration des conditions de travail, dans les luttes à Amazon ou encore Starbucks. Parmi eux, un grand nombre de personnes LGBTI+ qui refusent le chacun pour soi et l’intégration au marché, et mettent en lumière la précarité et les discriminations dont la majorité d’entre elles sont victimes sous le capitalisme. C’est le cas par exemple de jeunes militant·es syndicaux·ales LGBTI+ à Starbucks, qui se battent contre l’exploitation arc-en-ciel de l’entreprise qui voudrait se donner une image inclusive et progressiste. Ces militant·es se battent pour leurs conditions de travail, mais aussi contre les différentes oppressions dont ils sont victimes, et revendiquent par exemple l’accès à la santé et à la mutuelle de l’employeur qui couvre les soins de transition pour tous·tes les employé·es sans distinction de nombre d’heures effectuées.

Rien d’étonnant alors à ce que d’autres grandes entreprises se sentent menacées par la capacité d’organisation de ces jeunes aux États-Unis. Ils voient en eux une génération qui remet en question non seulement la dégradation de leurs conditions de vie, mais aussi toutes les oppressions fondées sur le genre, la sexualité, la race ou la nationalité. Loin du chacun pour soi, de l’individualisme consumériste et de de la résignation, ils posent un horizon de lutte collective qui défie les inégalités que le capitalisme entretient.

En France, la crise, révélée par la pandémie, que traverse actuellement l’hôpital et qui risque de porter un coup décisif à certains services au cours de l’été remet directement en cause l’accès à la santé des personnes les plus précaires. La pandémie a fait que les hôpitaux se sont trouvés débordés, manquent de personnels et de moyens, retardant par exemple la prise en charge de personnes séropositives ainsi que l’accès aux soins de transition déjà difficiles en temps normal pour les personnes trans. Qu’il s’agisse de l’IVG, des soins de transition, des traitements contre le VIH, ou encore de la PMA, si l’accès des personnes LGBTI+ à des soins primordiaux est loin d’être acquis, il est d’autant plus menacé que la crise s’approfondit donc à l’hôpital et plus largement. Dans les prochaines semaines et mois, nos conditions de vie seront sous le coup des attaques du macronisme qui promet en pleine inflation d’avantage d’attaques anti-sociales sur les services publics, à commencer par la santé et l’éducation, mais aussi sur nos salaires. Le tout dans l’ombre de la réforme des retraites, la pierre d’angle des contre-réformes prévues par Macron. Les personnes LGBTI+, déjà précarisé·es, seront impacté·es d’autant plus durement par ces réformes.

Avec d’un côté la grève de la santé qui se poursuit dans certains hôpitaux et de l’autre des grèves de plus en plus nombreuses autour de la question des salaires dans le privé, il est urgent de nous battre pour la construction d’un mouvement d’ensemble pour arracher nos revendications en alliance avec les secteurs qui seront aussi touchés par les prochaines réformes. Ces alliances seront la base pour le développement d’un mouvement qui entreprendra une lutte sérieuse contre les idées nauséabondes LGBTI-phobes, et pour le droit à disposer de nos corps. De ce point de vue, l’appel de la CGT Neuhauser, boulangerie industrielle de Moselle, à former un cortège révolutionnaire dans la Pride de Metz est un exemple fort. « Il y a un enjeu important à lier nos luttes, ouvrières et féministes, antiraciste écolo ou LGBTI aujourd’hui. On ne peut pas attendre d’un gouvernement “providentiel” ou du patron qu’ils règlent nos problèmes alors que c’est eux qui entretiennent les divisions dans notre camp, c’est eux qui sont l’origine du problème ! », explique Christian Porta, délégué syndicale de la CGT Neuhauser.

C’est pour cela qu’en ce mois des Fiertés, nous marcherons ensemble avec les travailleur·euses, les jeunes, les étudiant·es du collectif Du Pain et Roses en solidarité internationale avec nos camarades qui se battent de l’autre côté de l’océan, pour un avortement libre, gratuit, sûr, et pour la liberté de disposer de nos corps pour tous·tes !

Rejoignez nos cortèges à :

- Paris pour la Pride Radicale le 19 juin à 13h à Opéra
- Paris pour la Marche des Fiertés le 25 juin
- Toulouse pour la Marche des Fiertés le 2 juillet à 10h Place du Capitole
- Metz pour la Marche des Fiertés le 18 juin à 15h Place de la République



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