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« Marée blanche » à Madrid : des centaines de milliers de manifestants en défense du service public de santé

Manifestation historique dans les rues de Madrid : des centaines de milliers de personnes ont marché contre la privatisation du service public de santé. Une illustration de la potentialité d'une alliance explosive et nécessaire entre les patients et les hospitaliers.

mardi 15 novembre

Crédit photo : AP - Manu Fernandez

Ce dimanche 13 novembre, c’est une véritable « marée blanche » qui a envahi les rues de Madrid pour défendre le système de santé public dans la région madrilène. D’après les organisateurs, 650 000 personnes ont défilé à l’appel de plusieurs associations, organisations syndicales et collectifs d’usagers derrière le slogan : « Madrid se rassemble pour soutenir le système de santé public contre le plan visant à le détruire ».

Cette manifestation massive est une réponse directe au gouvernement de la région de Madrid, dirigé par le Parti populaire (PP), parti de la droite traditionnelle espagnole, qui cherche à imposer à marche forcée la privatisation des services de santé. Plus particulièrement, les manifestants dénoncent « le plan d’urgence » du gouvernement Ayuso [présidente de la fédération du PP de la communauté de Madrid] qui a entraîné la réouverture des centres d’urgences extrahospitaliers sans embauche de personnel, une situation qui empire les conditions de travail, éprouve des hospitaliers déjà épuisés, et engorge l’accès aux services d’urgences.

Le PP poursuit la destruction de l’hôpital public par une réforme visant la réorganisation du service régional de santé, en y intégrant des partenariats avec le privé. Déjà, en mai dernier le gouvernement régional avait mis en place la plateforme « Oferta Publica de Empleo », qui instaurait un concours pour les personnels de santé alors même qu’ils exerçaient déjà depuis plusieurs années. Début avril, Ayuso et son gouvernement mettaient à la porte plus de 6 000 soignants qui faisaient partie des agents engagés pour renforcer le système de santé madrilène pendant la pandémie.

Les derniers propos de Ayuso, pointant les hospitaliers comme des « privilégiés et intéressés » ont encouragé le personnel de santé et les usagers à aller plus loin dans leur lutte, en appelant à des grèves et des manifestations comme celle-ci. A l’appel du mouvement « marée blanche » une première manifestation était appelée le 22 octobre dernier, et les urgences de l’hôpital Santa Sofia sont entrées en grève illimitée le 26 octobre. Une nouvelle grève est déjà organisée pour le 21 novembre dans les services d’urgences pédiatriques avec, notamment un appel de 5 000 médecins à protester contre les dégradations des conditions de travail.Ainsi, la mobilisation impressionnante de ce dimanche démontre la capacité du secteur de la santé à s’entourer d’un soutien large dans la population pour défendre l’hôpital public.

Mais, comme l’écrit Lucia Nistal du Corriente de los Trabajadorxs, organisation soeur de Révolution Permanente : « Nous devons continuer à nous mobiliser dans la rue, mais pas seulement : nous devons obliger les bureaucraties syndicales à cesser de pactiser avec le gouvernement, à se lever du canapé et à appeler à la grève générale pour l’ensemble du système de santé de Madrid. Il est nécessaire de coordonner les luttes pour la défense des soins de santé et pour l’augmentation des salaires, contre l’inflation, contre l’augmentation du budget militaire ,etc.

Car, existe-t-il des forces pour affronter la droite, les coupes, les attaques et les privatisations ? Dimanche, nous avons vu que oui, mais pas si nous leur permettons d’isoler les luttes, de nous priver de nos méthodes de lutte les plus puissantes, de nous détourner vers le vote pour le moindre mal.(...) La solution ne viendra pas de ceux qui se présentent comme l’alternative mais qui, lorsqu’ils sont au gouvernement au milieu d’une pandémie, ne touchent même pas au secteur privé, ni de ceux qui se présentent à Madrid comme l’alternative mais qui ne sont pas prêts à remettre en question un seul point des règles du jeu.

(...) Ce dont nous avons besoin, c’est d’un plan de lutte pour imposer des mesures d’urgence contre leurs attaques : exproprier le secteur privé, qui s’est rempli les poches à nos dépens pendant la pandémie, augmenter les salaires au niveau de l’indice des prix consommation, mettre fin à la précarité des travailleurs de la santé, arracher plus de moyens pour la santé et non pour les budgets militaires. »

Alors qu’en France, les politiques néolibérales continuent de détruire l’hôpital public et que les grèves dans de nombreux services de santé émergent régulièrement, il est également urgent de mettre en place un plan de bataille pour qu’une mobilisation d’ensemble puisse émerger.



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