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Politique

Le procureur requiert la relaxe

Marine Le Pen. Quand le parquet approuve les discours xénophobes au nom de la liberté d’expression.

Fréderic Apoyo Ce mardi 20 octobre, le procureur a estimé que " Mme Le Pen, en dénonçant ces prières dans l’espace public, imputables non à l’ensemble de la communauté musulmane, mais à une minorité, n’a fait qu’exercer sa liberté d’expression ". En septembre dernier, la présidente du Front National avait été mise en examen pour ses propos tenus en 2010 et comparant les prières de rue à l'Occupation nazie.

mercredi 21 octobre 2015

Si le procureur de la République, Bernard Reynaud, a reconnu que les propos de Marine Le Pen pouvait être "choquant", la sortie xénophobe de la leader frontiste n’est, pour le magistrat qu’ " une opinion, et il n’y a pas de délit d’opinion. La violence du verbe fait partie du quotidien des politiques, même si on peut le déplorer", avant de conclure : "Vous ne pourrez pas condamner Madame Le Pen." Cette dernière, tête de liste dans la région Nord-Pas-De-Calais Picardie n’a de cesse de crier au complot, à un mois du scrutin. « Cette affaire a cinq ans. Ça ne pouvait pas attendre un mois ? », a-t-elle ainsi déclaré, estimant être victime d’une « persécution judiciaire ». Une manœuvre vieille comme le monde, consistant à minimiser la gravité de ses propos, mettre la pression en s’affichant en victime tout en capitalisant politiquement l’affaire judiciaire.

Une décision tout sauf étonnante

Si le Conseil français du culte musulman (CFCM) déplore, par la voix de son secrétaire général Abdallah Zekri, qu’ « en comparant les Français de confession musulmane aux nazis, Mme Le Pen a porté atteinte à leur honneur et a pris des raccourcis avec l’Histoire » et que « de tels propos souvent tenus par certains hommes politiques de tous bords alimentent le climat de l’islamophobie ambiant dans lequel on vit actuellement », la demande de relaxe du parquet est tout sauf étonnante. Elle s’inscrit dans un contexte général, où les idées xénophobes et réactionnaires gagnent du terrain. De Nadine Morano et ses propos sur la race blanche à la présentatrice de canal + estimant que le discours du FN était un discours de vérité, le parti d’extrême droite se retrouve sur un terrain qui sert à merveille ses intérêts, notamment électoraux. Une attitude totalement décomplexée qui se matérialise par les propos provocateurs d’élus FN lors de l’Aid ou encore du discours sur la crise migratoire de Marine Le Pen à Calais. Avec cette demande de relaxe, le parquet, au service d’une justice de classe, corrobore ce processus de banalisation des propos xénophobes, dans la droite lignée du glissement réactionnaire de l’exécutif français, qui se manifeste au travers de la crise des migrants.

Loin d’être "anti-système", le FN peut compter sur la justice au service de la classe dominante bourgeoise pour avancer de plus en plus ouvertement son discours xénophobe. La demande de relaxe du parquet de Lyon en ce 20 décembre est un appui total aux discours islamophobes qui se propagent non seulement à l’ensemble du territoire national, mais aussi à échelle européenne. Marine Le Pen peut sourire, elle pourra capitaliser politiquement sur la relaxe réclamée par le procureur. Quant au verdict, il faudra attendre le 15 décembre, soit deux jours après le deuxième tour des régionales. Un soit disant complot visant à discréditer Marine Le Pen bien mal orchestré ... et qui permet à la présidente du parti d’extrême droite de poursuivre son objectif régional, qu’elle voit comme un tremplin pour la présidentielle de 2017.




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