^

Politique

Marine Le Pen affiche son attachement au néo-libéralisme : la fin de l’imposture anti-système ?

Pour séduire l’électorat de droite et rassurer les classes dominantes, Marine Le Pen multiplie les gages de « crédibilité ». Dernier exemple en date : une tribune réaffirmant l’importance de rembourser la dette publique. Vers la fin de l’imposture « anti-système » du RN ?

mercredi 10 mars

Crédits photo : Capture d’écran d’une conférence de presse via Reporterre

La « normalisation » de Le Pen : des gages pour les retraités et les classes dominantes

« Oui, une dette doit être remboursée. Il y a là un aspect moral essentiel. A partir du moment où un Etat souverain fait appel à une source de financement extérieure, sa parole est d’airain. Il s’organise pour rembourser sa dette contre vents et marées. La Banqueroute des Deux Tiers de 1797 est un précédent révolutionnaire lointain qui n’a pas vocation à se renouveler dans notre France contemporaine. Qui paie ses dettes s’enrichit. » Le dernier édito des Echos ? La réponse salée d’un économiste orthodoxe au débat suscité par les récents débats sur l’annulation d’une partie de la dette publique européenne ? Non, le texte est signé Marine Le Pen. Dans L’Opinion, journal patronal de droite libérale, la Président livrait le 21 février dernier un vibrant réquisitoire en faveur du remboursement de la dette publique.

Huit jours plus tard, la dirigeante du Rassemblement National n’hésitait pas à mettre un peu d’eau dans sa xénophobie en abandonnant son projet de rompre avec les accords de Schengen. « Il est évident qu’aujourd’hui, compte tenu de la composition de l’Union européenne et de son fonctionnement, il est assez difficile d’envisager d’obtenir une unanimité (des voix) sur la capacité à récupérer l’intégralité de la maîtrise de nos frontières. (…) La proposition que je fais (...) c’est de réfléchir à ce que cette libre circulation, dans le cadre d’un esprit européen, auquel nous sommes attachés d’ailleurs, ne s’applique qu’aux nationaux des pays de l’UE. » Après l’abandon définitif de la revendication de la sortie de l’euro à l’aube des élections européennes de 2019, la candidate d’extrême-droite continue son aggiornamento européen.

Des annonces inscrites dans le cadre d’une stratégie de « présidentialisation » revendiquée par le RN. Après l’échec de 2017, symbolisé par le naufrage du débat de l’entre-deux tours, Marine Le Pen entend travailler sa crédibilité afin de convaincre deux types de publics.

D’abord l’électorat de droite et les retraités, pour qui la crédibilité économique de la candidate est une barrière fondamentale. Ensuite la bourgeoisie, dont l’aval est essentiel pour pouvoir gouverner, et auxquelles la tribune dans L’Opinion, rédigée par Les Horaces, un groupe de hauts-fonctionnaires soutenant la candidate d’extrême-droite, s’adresse centralement. De fait, ce tournant ouvre des perspectives d’alliances à droite avec les Républicains, en peine pour trouver un candidat viable pour 2022 face à l’ancrage à droite du macronisme. Une perspective appelée de leurs vœux depuis longtemps par des figures de l’extrême-droite telles que Robert Ménard, qui reprochait en 2017 à Le Pen son refus de tenter d’unir « les droites » et ses positions économiques décalées, tançant vertement la ligne Philippot. Hasard du calendrier ? Marine Le Pen et Robert Ménard se sont justement revus à la mi-février alors qu’ils étaient brouillés depuis plus d’un an.

La fin de l’imposture « anti-système » de Le Pen ?

Évidemment, le tournant de Le Pen ne signifie pas que les mesures auxquelles elle a renoncé étaient progressistes, loin de là. De la fermeture des frontières à la sortie de l’euro, le programme de Marine Le Pen était non seulement raciste et xénophobe, mais il reposait sur l’illusion d’un « bon » capitalisme national, en décalage avec la réalité. Depuis le début de la crise le patronat français licencie largement, et il continuera à le faire. Il n’y a donc pas plus d’issue dans l’ancien souverainisme économique bleu blanc rouge d’une Le Pen que dans le programme plus libéral de Macron vers lequel elle pourrait tendre.

En revanche, ce tournant démontre l’opportunisme total de l’extrême-droite et de Marine Le Pen. Depuis de nombreuses années la posture « anti-système » de la dirigeante d’extrême-droite résiste mal à l’examen : dénonciation des grèves contre des réformes qu’elle dit combattre à l’image de la réforme des retraites de Macron, opposition à toute amnistie des Gilets jaunes condamnés, refus de la hausse du SMIC, affaires de corruption ou encore soutien à des ex-Présidents corrompus comme Sarkozy…

De même, les politiques menées par ses alliés lors de leur passage au pouvoir en Italie, en Autriche ou en Hongrie ne laissent que peu de doutes sur ce que serait une présidence Le Pen. En Italie, Matteo Salvini a ainsi défendu autant que faire se peut le Jobs Act de Matteo Renzi, une « Loi travail » à la française attaquant les intérêts des salariés. En Autriche, le FPÖ a fait voter une loi visant à légaliser la journée de douze heures et la semaine de soixante heures. En Hongrie, Orban a quant à lui une « loi travail » pro-patronale permettant aux employeurs de demander à leurs salariés 400 heures supplémentaires, payables 3 ans plus tard.

Le renforcement de l’adhésion au néo-libéralisme de Le Pen donne un avant-goût de ce qu’elles feraient au pouvoir : appliquer la politique exigée par la bourgeoisie, accompagnée d’une dose supplémentaire de racisme et de xénophobie. Une politique finalement pas si éloignée de celle que Macron mène à l’heure actuelle, et pour cause il s’agit d’une politique de classe, une politique bourgeoise au service des intérêts des classes dominantes auxquelles Macron comme Le Pen sont inféodées. Dans ce cadre, l’inanité du « Front républicain » apparaît à nouveau dans toute sa splendeur et soulève une question centrale, la nécessité d’une perspective politique ouvrière et populaire, qui défende les intérêts des exploités et des opprimés, refuse que les travailleurs, les chômeurs et la jeunesse ne paient la crise, s’oppose au racisme et à l’islamophobie mais aussi aux attaques contre les droits des femmes. Un programme qui implique le renversement du capitalisme, lequel ne saurait être mené depuis les institutions forgés par les classes dominantes.




Mots-clés

Néolibéralisme   /    Rassemblement National   /    Marine Le Pen   /    Extrême-droite   /    Politique