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Politique

Le Pen meilleure ennemie des travailleurs

Marine Le Pen sur la réforme de l’assurance-chômage : une opposition hypocrite et xénophobe

Alors qu'en 2017 Marine Le Pen proposait de taxer « le recrutement d'étrangers pour payer l'indemnisation des chômeurs français », elle a qualifié jeudi dernier d'« injuste » la réforme de l'assurance-chômage. Elle tente ainsi d'instrumentaliser la colère contre le gouvernement à des fins xénophobes, et de diviser notre camp social.

mercredi 17 mars

Marine Le Pen sur BFMTV jeudi 11 mars dernier

A 14 mois de l’élection présidentielle, la campagne semble lancée. Si le débat sur France 2 entre Darmanin et Le Pen tentait de rejouer l’opposition réactionnaire de 2017, le tournant autoritaire et la drague de l’électorat de droite par le gouvernement Macron a mis en lumière une faiblesse de taille : l’effritement du « front républicain » qui sera un enjeu électoral majeur pour le parti présidentiel sans assise propre. Depuis, à l’image d’Elisabeth Borne qui déclarait récemment être une femme « de gauche », le gouvernement lance des clins d’œil pathétiques à l’électorat de centre-gauche pour essayer de se repositionner et pouvoir jouer la carte du « barrage à l’extrême-droite ».

Objectif 2022 : entre normalisation néo-libérale et posture anti-système, le « en même temps » sauce Marine Le Pen »

Les tournants opportunistes sont aussi à l’œuvre dans le camp de Marine Le Pen qui entrevoit ainsi une possibilité de gagner les élections de 2022 en se donnant une posture « présidentiable ». Dernier exemple en date : une tribune réaffirmant l’importance de rembourser la dette publique. Pour séduire l’électorat de droite traditionnelle, le parti entendait se rendre « crédible » en multipliant les gages de « crédibilité » pour rassurer les classes dominantes. En effet, en 2022, la bourgeoisie aura bien besoin de quelqu’un pour imposer l’austérité et le RN veut montrer d’ores et déjà qu’il pourra être un appui.

A cette opération de « normalisation », Le Pen ajoute son propre « en même temps » : cacher sa politique pro-patronale en donnant des gages aux classes populaires et aux salariés. Comme l’expliquait le politologue spécialiste de l’extrême-droite Jean-Yves Camus : « pour briser le plafond de verre à la présidentielle 2022, elle [Marine Le Pen] a obligation d’élargir son socle, en siphonnant notamment la partie de l’électorat populaire qui s’oriente vers l’abstention ou La France insoumise ». Si avant de se prononcer contre l’amnistie des gilets jaunes condamnés, la candidate du RN avait essayé de surfer sur la vague de ce mouvement inédit, aujourd’hui elle tente également d’illusionner les travailleurs précaires et les chômeurs pour préparer 2022.

Assurance-chômage : Marine Le Pen tente de faire croire qu’elle est dans le camp des travailleurs

Ce jeudi 11 mars, sur BFMTV, Marine Le Pen a joué une carte opportuniste à propos de la réforme de l’assurance chômage : « Faire ça, là, maintenant, alors que fin 2021 il y aura probablement 900.000 chômeurs supplémentaires, pour gagner cette année un pauvre petit milliard [d’euros], je trouve que c’est honteux, stupide économiquement, indigne humainement et, en plus, c’est profondément injuste ». Des mots enflammés qui tentent de placer le RN comme une force d’opposition politique dans la période en surfant sur la grogne face à la politique antisociale de Macron, et avec en ligne de mire 2022.

Mais malgré leurs prétentions « anti-systèmes », Marine Le Pen et le RN ont montré à maintes reprises dans quel camp ils se situent. Il suffit de rappeler sa position contre la hausse du SMIC (à l’encontre d’une des principales revendications des Gilets jaunes), son soutien invétéré au modèle néolibéral du MS5 italien et de Orban en Hongrie, ou encore ses nombreux votes au Parlement Européen, dont celui pour le secret des affaires. On pourrait aussi ajouter son soutien à la loi d’urgence sanitaire qui constitue une attaque brutale contre le droit du travail et les droits démocratiques, en durcissant la répression, en permettant l’allongement du temps de travail jusqu’à 60h et en attaquant les congés payés. Une loi antisociale et autoritaire que les députés du Rassemblement National avaient voté à l’Assemblée Nationale, de même que le projet de loi prévoyant 45 milliards d’aide au grand patronat et rien pour les travailleurs.

Avec Marine Le Pen, tous les chemins mènent à la xénophobie et à la division des classes populaires

Au-delà de la manœuvre électoraliste, la prétention de Marine Le Pen de faire mine de s’opposer à la réforme de l’assurance chômage cherche aussi à introduire une division au sein des salariés entre travailleurs « nationaux » et « étrangers » pour mieux sauver les intérêts du grand patronat. En effet la mesure dans le programme du RN au dernières élections présidentielles n’etait autre que de faire des « recettes de la taxe sur le recrutement d’étrangers pour payer l’indemnisation des chômeurs français ».

Alors que le grand patronat est ressorti plus riche de la pandémie – à l’image de Bernard Arnault qui a gagné près de 175 milliards d’euros pendant la crise – le RN pointe du doigt les salariés les plus précaires pour retourner le regard des vrais ennemis des salariés et les classes populaires : la bourgeoisie et son État qui se déchargent du poids de la crise sur le monde du travail. Renverser cet état de fait ne peut se faire en aucun cas en alliance avec un parti bourgeois et raciste comme le RN. Sa proposition d’interdire les manifestations en 2016 contre la loi Travail ou encore son opposition à la grève contre la réforme des retraites, montre, s’il manquait encore des exemples, dans quel camp il est et sa volonté de désarmer les salariés face aux attaques néolibérales.

Face à la xénophobie et au poison de la division prônés par Marine Le Pen, construisons l’unité des travailleurs contre les attaques anti-sociales du gouvernement !

Pour commencer à changer le rapport de forces et faire reculer le gouvernement, les directions syndicales doivent sortir du silence et mettre sur pied un véritable plan de bataille à même d’unifier dans la rue et les entreprises les différents secteurs du monde du travail : « nationaux » et « étrangers », travailleurs et chômeurs, précaires et CDI. Car c’est seulement en échappant au piège de la division entre travailleurs dans lequel veut nous faire tomber le RN qu’il sera possible de faire plier Macron et obtenir le retrait de l’assurance chômage, loin du discours raciste et xénophobe de Marine Le Pen que le gouvernement reprend d’ailleurs à bon compte. Pour le retrait de l’assurance-chômage, contre la précarité et la misère que Macron et les grands patrons veulent nous imposer, c’est tous ensemble dans la rue, les entreprises et les lieux d’étude qu’il faudra se battre !