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Politique

CRISE SANITAIRE

Martin Hirsch, destructeur de l’AP-HP, remet en cause la gratuité des soins pour les non vaccinés

Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, remettait en cause mardi la gratuité des soins pour les non vaccinés. Dans la lignée du gouvernement, qui entend ériger les non-vaccinés en boucs-émissaires de la situation sanitaire, Martin Hirsch tente de cacher ses responsabilités dans la destruction de l’hôpital public, et s’en prend directement aux plus précaires en attaquant l’accès aux soins.

jeudi 27 janvier

Crédit photo : AFP / Bertrand Guay

Une offensive antisociale contre les non-vaccinés

Dans une tribune publiée mardi 25 janvier dans Le Monde, puis mercredi 26 sur le plateau de l’émission C à Vous diffusée sur France 5, Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), a directement remis en cause la gratuité des soins pour les non-vaccinés, qu’il désigne de « passagers clandestins ».

Dans sa tribune, on peut ainsi lire : « On peut poser la question en des termes crus : est-il logique de bénéficier des soins gratuits quand on a refusé pour soi la vaccination gratuite et qu’on met doublement en danger les autres, en pouvant les contaminer et en pouvant prendre une place en soins intensifs nécessaire pour un autre patient ? ». « Si je pose cette question-là, c’est que je ne voudrais pas qu’un jour on se dise les dépenses de santé explosent parce qu’il y a tout une partie de comportements dits irresponsables » a-t-il ajouté sur le plateau de C à Vous.

Peu de gens ayant la capacité financière de débourser sur la durée de leur hospitalisation les 2 932 euros en moyenne que coûtent par jour une hospitalisation en soins intensifs en région parisienne, la non-gratuité des soins équivaut en réalité à laisser l’écrasante majorité des non vaccinés atteints d’une forme grave de Covid sans prise en charge.

D’ailleurs, la gratuité des soins est une notion toute relative. D’après Les Echos, en moyenne 30% des restes à charges des hospitalisations dues au Covid sont déjà facturées aux patients. Ces sommes, qui représentent en moyenne 1500€ par hospitalisation, ne sont certes pour l’instant pas facturées par l’AP-HP aux patients non pourvus de mutuelles, « dans l’attente d’un dispositif permettant de couvrir ces coûts », d’après le directeur général adjoint de l’AP-HP Pierre-Emmanuel Lecerf. En revanche, leur paiement par les patients en attente d’un remboursement par les mutuelles peut peser très lourd.

En questionnant la gratuité des soins pour les non vaccinés, Martin Hirsch s’en prend directement à la vie des non-vaccinés les plus précaires, alors même que la pauvreté et la précarité augmentent la probabilité d’être contaminé et victime d’une forme grave de Covid Ainsi, même s’il prétend « poser la question en des termes crus », Martin Hirsch euphémise grandement son propos : c’est bien de normaliser la mort des non-vaccinés les plus pauvres qui contracteraient une forme grave de Covid qu’il s’agit ici.

Ainsi, bien qu’il s’en défende, les propos de Martin Hirsch l’inscrivent dans la droite ligne d’un Christian Estrosi, qui affirmait vouloir confiner et suspendre les allocations chômage des non-vaccinés ou encore du premier ministre du Québec, qui veut mettre en place une taxe spéciale pour les non vaccinés.

Le casseur de l’AP-HP pointe la responsabilité des non vaccinés

A la tête de l’AP-HP depuis 2013, Martin Hirsch a activement participé à la destruction de l’hôpital public qui a mené à sa suffocation actuelle face à l’épidémie. Ainsi, s’il manie une rhétorique de responsabilisation des non vaccinés dans la situation sanitaire, c’est pour mieux cacher la sienne.

Rose-May Rousseau, secrétaire générale de l’Usap CGT expliquait ainsi en 2020 pour l’Humanité : « Il a été zélé. La direction générale porte la responsabilité de la situation actuelle. Martin Hirsch a accéléré les regroupements des hôpitaux en départements médicaux universitaires (DMU), il a aussi diminué la capacité de la pharmacie centrale alors qu’il aurait fallu la développer. Il a démantelé l’Hôtel-Dieu, fermé ses urgences, qui ont été transformées en un centre de dépistage, pour l’instant dédié au Covid. »

Et Cathy Le Gac, secrétaire générale de SUD santé AP-HP d’ajouter : « On a eu de plus en plus de mal à recruter. Martin Hirsch a mené une politique de casse sociale. On a d’abord optimisé sur le matériel, sur la pharmacie, puis le personnel. » Entre 2016 et 2018, c’est 1700 équivalents temps plein qui auraient été supprimés avec cette politique, toujours selon l’Humanité.

Une offensive dans la lignée du tout répressif gouvernemental

De la même manière, après avoir poursuivi la casse de l’hôpital public durant son quinquennat, le gouvernement Macron n’a que la répression comme stratégie sanitaire. A ce titre, il tente d’établir les non-vaccinés comme les responsables de la situation désastreuse et de l’engorgement des hôpitaux. Le discours d’Hirsch s’ancre donc dans cette rhétorique gouvernementale.

Le gouvernement fait le choix de l’immunité collective et de la normalisation de la circulation du virus,, avec comme conséquences plus de 400 000 nouveaux cas détectés par jour et une hausse des admissions à l’hôpital en soins critiques et conventionnels, et la multiplication des clusters dans les écoles. Pointer la responsabilité des non vaccinés permet de justifier cette stratégie irresponsable mais également de détourner le débat de la question des moyens et de cacher sa responsabilité dans les politiques austéritaires criminelles de destruction de l’hôpital public.

Plus proche, le discours de Martin Hirsch s’apparente à celui du professeur Grimaldi, qui dans une tribune se posait avec une fausse naïveté la question « Les non vaccinés doivent-ils assumer aussi leur libre choix de ne pas être réanimés ? », assumant de priver de soins une partie de la population. De la part d’un praticien de la santé, cette sortie peut s’expliquer par la souffrance au travail des soignants et une situation qui ne semble pas s’améliorer après 2 ans de pandémie, les entraînant à adopter le discours gouvernemental de culpabilisation des non-vaccinés au détriment de toute éthique.

De la part d’un des artisans de la destruction de l’hôpital public comme Hirsch, il en est tout autre. En plus de se dédouaner de ses responsabilités, Hirsch communique une vision de la santé non comme un droit inconditionnel, mais comme pondéré par la « responsabilité » ou le « mérite » des patients. Ainsi, n’en déplaise à Hirsch, qui balaie cette objection lors de l’émission C à Vous, stopper la gratuité des soins pour les non-vaccinés constituerait un antécédent dramatique ouvrant la porte à la fin de la gratuité des soins aux personnes aux « comportements dits irresponsables ».

Après avoir encaissé plusieurs décennies de politiques austéritaires, l’hôpital suffoque aujourd’hui sous les coups de la crise sanitaire et de la gestion chaotique du gouvernement. Ceux qui ont activement saboté le système de santé publique tentent aujourd’hui d’attribuer la responsabilité aux non-vaccinés. La situation sanitaire et l’état déplorable de l’hôpital public dont ils sont responsables sont utilisés par les différents gouvernements et leurs courroies de transmission, à l’image de Martin Hirsch, pour faire avancer leurs agendas réactionnaires et leurs attaques contre les classes populaires. Dernière attaque en date : l’entrée en application en janvier du « forfait patient urgences », qui impose aux patients ayant consulté aux urgences sans être ensuite hospitalisés de débourser 20€ non remboursables, véritable dissuasion pour les plus précaires de se présenter aux urgences.

Si la vaccination est essentielle pour faire face à l’épidémie et protège des cas graves, permettant de réduire grandement les risques d’hospitalisation, comme le rappelle le conseil scientifique, elle doit s’articuler avec des protocoles sanitaires conséquents, des moyens massifs dans le système de santé et une réelle stratégie vaccinale à l’échelle internationale. Face aux discours criminels qui entendent « sauver l’hôpital » en en excluant de fait les non vaccinés, il s’agit de se mobiliser pour arracher les moyens et les effectifs nécessaires pour faire face à la pandémie !



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