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Notre classe

Martinez fend l’armure

Vincent Duse, CGT PSA Mulhouse Le nouveau secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a fait des révélations. À sa manière. Lors d'une intervention devant les membres de l'association « Réalités du dialogue social », composée de syndicalistes et de responsables d'entreprise, le 5 juin, Martinez est pour la première fois sorti de sa réserve. Vous avez dit langue de bois ?

dimanche 7 juin 2015

Bien sûr le successeur de Lepaon a rappelé, pour la forme, son opposition à la loi Macron et à la réforme du dialogue social. Mais comme le note « l’organe central du Medef », Les Echos, il n’a pas manqué non plus de souligner« qu’une entreprise qui marche bien est une entreprise qui n’a pas de conflits, où on s’écoute les uns les autres ». Histoire qu’il n’y ait aucun doute, il a tenu à préciser : « je ne me lève pas tous les matins enme demandant combien de grèves on va faire aujourd’hui ». Tout en réaffirmant son attachement aux lois, alors que les patrons s’assoient dessus tous les jours, à savoir à la nécessité« que la loi fasse loi alors qu’aujourd’hui c’est l’exception qui fait la règle », Martinez s’est également déclaré« d’accord, à chaque fois que c’est nécessaire, pour que les salariés puissent donner leur avis sur un accord d’entreprise, mais à condition qu’ils se décident en toute liberté ». Comme si, quand on a un pistolet sur la tempe, on pouvait « décider en toute liberté ». En effet, la réforme du dialogue social n’a pas d’autre but que d’acheter la paix sociale en fluidifiant les relations avec les délégués syndicaux, en négociant avec eux leur évolution de carrières, ou pour les petites entreprises de moins de 300 salariés (pour le moment) en faisant au contraire sauter le verrou syndical et en empêchant tout militantisme dans ces entreprises, livrant les travailleurs pieds et poings liés au patron sans aucune possibilité de se défendre collectivement.

Toujours dans son numéro de strip-tease syndical, Martinez a fait savoir que« certainement, il faut réduire le nombre[des conventions collectives] », en plaidant pour le développement d’un nouveau lieu de dialogue social, par filières et pas seulement par branches.« Il y a besoin de plus d’efforts des grands groupes », a-t-il expliqué, soulignant un« besoin de mutualisation »entre donneurs d’ordre et sous-traitants. Sacrée réponse face à la situation actuelle, qui consiste à aller dans le sens des patrons ! Eh oui, aujourd’hui le patronat veut détruire les conventions collectives, négocier boite par boite autour de la table et faire en sorte de tuer les luttes dans l’œuf pour empêcher toute victoire réelle contre la casse des entreprises. Appeler les grands groupes à faire des « efforts » ? C’est certain, ils en font déjà… pour précariser toujours davantage, faisant travailler une minorité six jours par semaine, le dimanche, les jours fériés. Et ils savent très bien ce qu’ils font, par exemple dans le seul secteur automobile. Leur argument est simple : la cause de la baisse des immatriculations, c’est le trop grand nombre de jours chômés, qui font perdre en compétitivité. Dans le seul groupe PSA la règle c’est donc de faire travailler sur une seule ligne de montage, en baissant au maximum les effectifs, quitte faire mourir ceux qui bossent d’épuisement…

Derrière tes bacchantes, sors de ce corps Thierry Lepaon ! On se croirait revenir six mois en arrière. Après la sombre période qui a terni la réputation de notre organisation, après la crise de la CGT et alors que les militants pensaient être repartis sur « de bonnes bases », plus radicales et moins confuses qu’auparavant, rebelote ! Notre centrale syndicale est bel et bien aux mains d’une caste qui n’a qu’une idée en tête : s’entendre avec le patronat. Tout ceci montre, une nouvelle fois, que loin du changement fondamental que certains voulaient à tout prix voir dans le remplacement de Lepaon par Martinez, on était bien en réalité devant une simple révolution de palais. La forme a changé, mais pas le contenu : la conciliation de classe.

Il est temps d’en finir avec les pseudo-solutions magiques qui viendraient d’en haut. Il est temps que sur tous nos lieux de travail, dans les ateliers, les bureaux, les entreprises, on discute d’un plan de revendications et d’une orientation pour décider, nous-mêmes, de ce que doit faire la CGT. Il nous faut un plan contre la pénibilité et la souffrance au travail, sur le temps de travail, à commencer par le travail de nuit et du dimanche, qui nous détruit physiquement et mentalement. Contre les délocalisations et contre les licenciements, pour l’augmentation des salaires et pour notre pouvoir d’achat, et contre la précarité qui nous touche tous, nous ou nos proches. L’expérience, à nouveau, qu’ont vécue les précaires sur le site de PSA Mulhouse, traités pire que des kleenex usagés sans autres perspectives, une fois bien détruits par les cadences, que des petits boulots, montre que nous ne pouvons compter que sur nos propres forces. Mais il faudrait aussi que l’on soit en capacité de discuter des sans-papiers et des camarades immigrés : il n’est plus possible d’assister, sans réagir, aux expulsions de nos frères et sœurs de classe, traités comme des chiens, tout récemment à Paris à La Chapelle, puis à Saint-Bernard et hier encore à Pajol, où les derniers réfugiés qui s’y étaient rassemblés ont été embarqués par les CRS.

Il faut que nous soyons en capacité d’imposer une véritable discussion démocratique au sein de notre organisation, basée sur la démocratie ouvrière, à l’opposé des conciliabules de salon et des discussions de couloir d’une poignée de « dirigeants », bien plus habitués et plus rapides à écouter les doléances des patrons que les revendications des syndiqués et des collègues de travail.




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