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Politique

Caisse de grève

Martinez : pour le soutien financier « il n’y a pas de cagnotte ». Ne serait-il pas temps de la créer ?

Alors que le mouvement contre la réforme des retraites passe le cap des vingt jours et que la question financière devient centrale, Martinez sur France Info mardi 24 ne mentionnait que de manière floue la question des caisses de grève. Exigeons des directions syndicales une grande campagne publique pour une caisse de grève qui soit au service de tous les grévistes- syndiqués ou non.

mercredi 25 décembre 2019

Crédit photo : O Phil des Contrastes

A la veille de Noël, alors que le mouvement contre la réforme des retraites atteignait son 20ème jour, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT était sur France Info. Après avoir longuement parlé de son mécontentement de ne pas avoir été invité à la concertation le 7 janvier, il a abordé la question de l’opinion public et du soutien qui perdure au beau milieu des fêtes. Il a parlé rapidement d’une question pourtant au coeur des préoccupations des grévistes, celle dont on dit quelle est le nerf de la guerre : la question financière.

Il a dit à ce sujet qu’"Il n’y a pas de cagnotte, il y a de la solidarité financière. C’est impressionnant d’ailleurs, on parle de soutien de l’opinion publique, il y a de multiples initiatives de soutien, en tous cas on a la nôtre à la CGT, c’est impressionnant les soutiens financiers qui arrivent. S’il y avait un tel rejet de ce mouvement, y compris à Noel, il n’y aurait pas autant de messages qui nous arrivent et qui nous disent "tenez bon moi je peux pas faire grève parce que je suis précaire mais je vous donne dix euros, parce que c’est beaucoup dix euros pour des gens qui sont payés en dessous du SMIC, c’est là où on voit le soutien populaire"

"Il n’y a pas de cagnotte, il y a de la solidarité financière", une phrase qui résume bien la politique -ou plutôt l’absence de politique- menée par la direction de la CGT depuis le début du mouvement . A la RATP et à la SNCF, les deux secteurs clefs de la grève, avec des taux de grévistes en reconductible depuis le 5 décembre qui sont très élevés- il n’existe pas de caisse de grève nationale. Le secrétaire général de la CGT-RATP a ainsi déclaré "on organise pas de caisse de grève" mais il peut y avoir "des collectes autour des dépôts » . Même son de cloche à la CGT-Cheminots où il n’existe pas de caisse nationale mais « Des caisses de solidarité locales [...] mais elles n’ont pas vocation à compenser la totalité des pertes" comme l’a affirmé à France 24 le porte parole de la CGT-Cheminots.

Martinez dit également que c’est par le soutien financier -même des plus précaires- qui s’exprime qu’on « voit le soutien populaire ». Et effectivement les multiples caisses grèves qui existent, voient leur montant gonfler et les participant.e.s en hausse ces derniers jours, de nombreuses personnalités ont également exprimé leur soutien au mouvement et la caisse de grève portée par la CGT Info-com a même été soutenue par un collectif de gamers.

Mais pour que s’incarne matériellement ce soutien massif au mouvement, Martinez et la direction de la CGT doivent faire bien plus que de déclarer qu’il existe de multiples initiatives, en renvoyant localement la question des caisses de grève. Ils ne peuvent se contenter de déclarer qu’il n’existe pas de cagnotte, ce qu’il faut c’est se doter d’un plan à la hauteur du soutien, d’une caisse de grève nationale pour tous les grévistes qu’ils soient syndiqués ou non. Une caisse de grève qui sortent de la confidentialité dans laquelle sont la plupart des caisses actuelles, et qui permette à toutes les personnes qui ne veulent pas de la réforme des retraites et qui soutiennent le mouvement de savoir comment aider financièrement les grévistes qui traversent la période des fêtes avec déjà à leur compte une vingtaine de jours de grève.

Car c’est maintenant que la caisse de grève doit jouer son rôle, il n’est pas question de rembourser simplement à la fin du conflit les jours de grève, mais de voir comment la caisse de grève peut permettre d’aider les grévistes pour qui la pression financière devient telle que se pose la question de la reprise du travail.

Aujourd’hui les grévistes par piquets ou par localités ont lancé des caisses de grève, la direction de la CGT ne peut se permettre de laisser ces initiatives dans la pénombre et doit mettre à leur service tous les moyens dont l’appareil dispose.

A défaut de grandes journées de grève nationale interprofessionnelles avant le 9 janvier, les grandes confédérations syndicales se devraient à minima de faire le minimum syndical pour soutenir les grévistes qui entament leur 20ème jour de grève reconductible en dédiant une partie de leurs colossales ressources financières au soutien de la grève, en annonçant publiquement la mise en place d’une caisse de grève nationale interprofessionnelle. Dans cette période charnière du mouvement, il y a fort à parier que l’effet serait moralisant pour les grévistes.

La direction de la CGT doit faire preuve de la même détermination que les grévistes. Pour cela, il faudrait lancer cette grande campagne de soutien financier, en rendant visible une caisse de grève, qui permette de renforcer la grève et les grévistes qui disent depuis le début qu’ils tiendront jusqu’au retrait. Si une caisse de grève venait soutenir cette détermination, et donner une aide matérielle conséquente au mouvement, le rapport de force avec le gouvernement se tendrait un peu plus en faveur des grévistes -et de tous leurs soutiens !




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