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Notre classe

Martinez sur le passe sanitaire : une opposition formelle mais toujours pas d’appel à la mobilisation

Martinez, interviewé ce mardi sur LCI sur la mobilisation contre le passe sanitaire, réaffirme l’opposition de la CGT aux suspensions de salaires et aux licenciements pour raisons sanitaires. Toutefois, à quelques jours de la concrétisation de l’imposition du passe sanitaire au travail, les annonces de la direction de la CGT ne vont pas au-delà de la « vigilance ».

mercredi 25 août

Le « passe sanitaire » mis en place au début de l’été est obligatoire depuis le 9 août pour les personnes souhaitant accéder aux bars, cinémas, restaurants, TGV, avions, établissement de santé, etc. Et à partir de ce lundi 30 août, l’obligation de présenter un passe sanitaire va s’appliquer aux professionnels de santé, du secteur médico-social, des transports sanitaires, mais également des secteurs recevant du public, à l’image de certains commerces mais également de la SNCF. Dans ces secteurs, tout salarié incapable de présenter un passe sanitaire ou de justifier d’une première dose de vaccin prend le risque de se voir immédiatement suspendu avec suppression de salaire. Dans le cas des professionnels médicaux et paramédicaux, ainsi que des personnes en contact avec des personnes vulnérables (pompiers, ambulanciers, employés au domicile), c’est la vaccination qui devient obligatoire à partie du 15 septembre.

Ces mesures constituent des attaques d’ampleur contre les droits démocratiques mais également contre le monde du travail en ouvrant la possibilité à des licenciements sanitaires. Annoncées en pleine période estivale, elles ont engendré une colère importante et l’été - souvent peu propice aux mobilisations- a été ponctué de manifestations tous les samedis, qui se sont maintenues au fil des semaines. Ces manifestations revêtent un contenu très hétérogène, s’opposant à l’autoritarisme du gouvernement, auxquels s’agrègent des éléments confus, voire antivaccin ou complotistes. La faible intervention des organisations d’extrême-gauche et syndicales laisse ainsi un espace à l’extrême-droite, à l’image de l’appel de Florian Philippot à Paris.

« La contrainte c’est jamais bon » : Martinez dénonce timidement l’attaque du gouvernement

Ce mardi 24 août, Philippe Martinez au micro de LCI, était interrogé sur la mise en place imminente de l’obligation vaccinale. S’il dénonce cette dernière ainsi que le passe sanitaire, en pointant à juste titre les discriminations que les mesures engendrent, le numéro un de la CGT reste peu offensif dans sa critique. Il euphémise par exemple en ces termes : « La contrainte c’est jamais bon¬ » pour parler de menaces de licenciements et fait des décisions du gouvernement un facteur parmi d’autres, dans la défiance face au vaccin. Pourtant, les choix du gouvernement qui « dit un jour blanc, et noir un autre » - comme le dénonce le secrétaire général de la CGT lui-même - ont joué un rôle central dans le développement de la méfiance face aux mesures sanitaires et ont permis le développement de discours complotistes.

De même, le choix de la « contrainte » que dénonce Philippe Martinez est une décision gouvernementale et un choix politique, dans la continuité des différentes mesure prises pendant la crise sanitaire. Le gouvernement répond une fois de plus par la répression, après un an et demi de crise sanitaire, qu’il a choisi de gérer avec des amendes et des couvre-feu plutôt qu’en augmentant les moyens humains et financiers dans la santé, et après avoir enchaîné les scandales sur le port du masque ou la mise en place des tests.

Alors que notre classe a déjà été durement touchée par le covid, avec de trop nombreux décès dans les professions les plus exposées au virus et les moins bien protégées, il est nécessaire de lutter activement contre les idées fausses qui circulent au sujet des vaccins. Martinez assure tout au long de l’interview qu’il est contre le passe sanitaire mais pour le vaccin, et qu’« il faut faciliter la vaccination, il faut convaincre et discuter ». Il s’agirait effectivement pour la direction de la CGT d’appeler clairement à la vaccination et de chercher par tous les moyens à convaincre de la nécessité de celle-ci.

Pour que les plus précaires ne soient pas doublement punis, par le virus et par la menace d’un licenciement, il s’agit de coupler une campagne d’information sur la vaccination à un plan de contre-attaque face aux mesures répressives. Ainsi au-delà d’une critique formelle de la politique de la contrainte imposée par le gouvernement, la direction de la CGT, en tant qu’organisation syndicale de premier plan, a la responsabilité de proposer un plan d’action pour obtenir le retrait immédiat des mesures permettant la suspension du salaire et les licenciements pour raisons sanitaires.

Le plan de bataille de Martinez ? Être « présents » et « vigilants »

Quand Martinez est interrogé sur ce que la CGT compte faire alors que le 31 août et les risques de suspensions de salaire et de licenciements approchent à pas de géants, il répond : « on sera vigilant, les syndicats doivent être présents ». Une réponse on ne peut plus en deçà de la gravité de la situation et de la colère présente dans les secteurs concernés par les attaques. Les soignants ont été en grève localement à plusieurs reprises dans l’été et se sont aussi mobilisés les samedi, faisant échos à des appels comme celui de la CGT Commerce ou à la colère suite aux menaces de licenciements chez SFR, Sephora, ou encore Burger King mais également au rejet du passe sanitaire qui existe dans une importante part de la population. Cette colère doit pouvoir se cristalliser dans un appel national à la grève et à la mobilisation contre le passe sanitaire.

Après près de deux mois de mobilisation durant lesquels la direction de la CGT est restée quasiment silencieuse, Martinez interrogé sur son soutien aux mobilisations, répond que la CGT est présente : «  Pas [à] toutes, ponctuellement, dans les départements. La CGT ne défilera pas aux côtés de gens qui parlent d’immigration comme d’une menace, comme Monsieur Philippot ». Une prise de position contre l’extrême-droite, mais qui, dans ce contexte, s’adapte au discours relayé par le gouvernement, qui cherche à résoudre la nouvelle crise ouverte avec la contestation de la mise en place du passe en assimilant lutte contre le passe sanitaire à une lutte dirigée par l’extrême-droite.

En refusant d’appeler clairement à manifester et en ne construisant pas activement une réponse à la colère, les directions syndicales ont laissé l’espace à l’extrême-droite pour gagner en influence dans la mobilisation, diffusant leurs idées anti-vaccins et antisémites. Des appels alternatifs à l’extrême-droite ont émergés de groupes de Gilets Jaunes à Paris, mais également de groupes militants comme à Avignon ou encore à Metz. Des appels auxquels devraient se joindre la CGT et les organisations syndicales, ainsi que les militantes et militants d’extrême-gauche afin d’organiser la lutte contre l’extrême-droite et contre le gouvernement.

Alors que le 31 août pourrait entériner les suspensions de salaire et licenciements sanitaires, les directions syndicales et notamment la CGT, doivent anticiper les attaques et se positionner clairement, non pas comme soutien presque inexistant, mais comme une force à même de donner une direction alternative aux mobilisations. Non seulement en appelant à manifester contre le passe sanitaire, contre l’autoritarisme du gouvernement et contre les récupérations d’extrême-droite, mais aussi en construisant un rapport de force avec le gouvernement, à travers des appels à la grève et une politique cherchant à convaincre de la vaccination.




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