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Monde

Meeting international simultané : Etats-Unis

Maryam Alaniz : « Au début de la pandémie, j’ai été licenciée comme des millions de jeunes travailleurs à travers le pays »

Nous relayons ici l’intervention de Maryam Alaniz, militante de Left Voice et fille d’immigrés iraniens, lors du meeting international simultané contre le racisme et les violences policières

mardi 14 juillet

Je m’appelle Maryam Alaniz. J’ai 24 ans, je suis queer et fille d’immigrés iraniens. Je suis très fière de prendre la parole lors de ce meeting international aux côtés de révolutionnaires d’autres pays qui luttent contre la violence policière raciste et le système capitaliste.

En ce moment aux Etats-Unis, nous sommes au milieu de ce qui est décrit comme le plus grand mouvement de l’histoire du pays — des millions de personnes sont descendues dans la rue ces dernières semaines. Ces soulèvements sont dirigés par des jeunes noirs de classes populaires qui en ont assez du racisme et de la violence policière. Et ce mouvement est plein de jeunes : des jeunes qui ont organisé la Marche pour le climat aux jeunes qui ont protesté contre les centres de détention de migrants. Nous sommes des jeunes qui savent que le mouvement LGBTQ a été lancé par Stonewall qui était une émeute et nous voulons nous battre pour une société où la vie des Noirs compte.

Mais ce n’est pas que les jeunes aux États-Unis : l’année dernière, nous avons vu des jeunes chiliens combattre la police dans les rues, ainsi que des jeunes en Iran et au Liban. Dans ces pays, les gens ne se battent pas seulement contre leur gouvernement et leur propre police, mais aussi contre le poids de l’impérialisme américain. Dans des pays comme Cuba, le Venezuela et l’Iran, où vit ma famille, les gens luttent chaque jour contre les sanctions oppressives et inhumaines des États-Unis. Dans le cadre du projet d’annexion de la Cisjordanie par Israël en Palestine, la police israélienne a récemment assassiné Ahmad Erakat, 27 ans, à un poste de contrôle de Cisjordanie. Lorsque nous luttons contre la police ici, nous luttons contre le carnage de l’impérialisme partout.

Les jeunes sont en première ligne de cette lutte en raison de nos propres expériences. Dans ma courte vie, j’ai déjà vécu deux crises économiques. Au moment même où la pandémie a frappé, j’ai été licenciée comme des millions de travailleurs à travers le pays. Aux États-Unis, plus de 20 % des jeunes âgés de 16 à 24 ans sont actuellement au chômage, et parmi les jeunes Noirs, le taux de chômage est proche de 30 %. Parmi la communauté latino, en particulier les Mexicains et les Centraméricains, le taux de chômage est de 37 %. Les dettes d’études que nous ne rembourserons jamais sapent nos espoirs pour l’avenir. Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre qu’une crise climatique se profile à l’horizon, menaçant notre avenir. Il n’est pas étonnant que nous nous tournions vers le socialisme et que nous prenions dans la rue.

Aux États-Unis, l’image de George Floyd implorant pour sa vie sous le poids de la brutalité policière a allumé une étincelle pour des millions de personnes. Depuis près de deux mois maintenant, nous sommes confrontés à l’État nuit après nuit. Alors que la classe dirigeante nous jette des miettes pitoyables, il est clair que nous ne pouvons pas réformer le système qui tue les Noirs, empêche l’accès aux services publics pour les communautés opprimées et les emplois de la classe ouvrière.

Tout le système de maintien de l’ordre doit disparaître. Nous devons abolir complètement la police. Mais cela nécessite plus que des réductions budgétaires. Il faut mettre fin à un système capitaliste qui a besoin de la police pour protéger l’énorme richesse de gens comme Jeff Bezos.

Ces deux dernières semaines, une occupation devant l’hôtel de ville de New York a rassemblé de nombreux jeunes qui ont résisté au couvre-feu et se sont affrontés aux gaz lacrymogènes et aux balles de flashball dans une ville dirigée par les démocrates. À Seattle, les jeunes ont non seulement pris possession d’un parc, mais aussi d’un commissariat de police, organisant le Capital Hill Occupied Protest (ou CHOP), un quartier géré démocratiquement par des manifestants sans flics.

Mais les mouvements sociaux ne suffiront jamais à eux seuls. Les soulèvements passés, tels que la première vague de manifestations "Black Lives Matter", "Occupy Wall Street" et les manifestations anti-mondialisation des années 90, nous ont inspirés mais nous ont également appris que nous devons aller plus loin pour changer de manière significative cet horrible système du capitalisme mondial. Si nous voulons éviter la cooptation, la fatigue ou la démoralisation que tant d’autres mouvements ont connues, nous devons imaginer les étapes nécessaires pour que le mouvement se radicalise, se répande et adopte une perspective révolutionnaire au-delà de nos zones autonomes. À cette fin, nous devons comprendre que, pour gagner la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme, nous devons joindre notre mouvement à la classe ouvrière. Elle seule a le pouvoir d’arrêter les rouages de la production capitaliste.

Mais nous ne pouvons pas combattre le capitalisme de l’intérieur d’un parti capitaliste. Le Parti démocrate essaie une fois de plus de jouer le rôle de cimetière pour nos luttes. Les jeunes mobilisés dans les rues aujourd’hui, les jeunes qui se considèrent socialistes, doivent défier la politique cynique du moindre mal qui appelle à voter pour les soi-disant démocrates progressistes. L’avenir nous appartient et nous voulons plus. Nous voulons nos propres candidats socialistes, véritablement représentatifs des travailleurs et des jeunes qui descendent dans la rue. Nous voulons des soins de santé publics et universels, des universités publiques et gratuites, des logements pour tous, l’abolition de la police, de l’ICE (contrôle de l’immigration) et l’ouverture des frontières, l’émancipation totale des Noirs, des femmes, des droits pour les sans-papiers, la libération des homosexuels et la sauvegarde de la planète de la catastrophe climatique. Il est nécessaire de faire face au pouvoir des super riches qui sont parmi les plus riches de la planète grâce au capital financier et à l’exploitation de la classe ouvrière dans le monde entier.

Et c’est pourquoi nous avons besoin d’un parti ouvrier indépendant, révolutionnaire, qui lutte pour le socialisme, un parti capable de coordonner ses efforts au niveau national et international : contre les flics et les militaires, contre les frontières, les sanctions et les bombes. Le Parti démocrate, même sous l’aile progressiste de Bernie Sanders, ne sera jamais ce parti. Donc tous les jeunes qui se tournent vers le socialisme, qui sont en colère contre l’establishment politique et qui pensent que nous devrions défaire et abolir la police, tous ceux qui sont organisés en groupes comme la DSA doivent rompre avec le Parti Démocrate maintenant et nous devons travailler ensemble avec toutes nos ressources pour construire un parti socialiste révolutionnaire indépendant.

Il est indéniable que nous vivons un moment historique. Notre génération ne fait plus confiance aux flics, aux partis capitalistes ou au statu quo. De plus en plus, les gens rejettent l’idée que la révolution est impossible. Et en ce moment même, la jeunesse noire de la classe ouvrière montre la voie. Les jeunes Américains radicaux et les étudiants comme moi ont été à l’avant-garde des luttes inspirantes dans le passé, des sit-in pendant le mouvement des droits civiques aux soulèvements étudiants contre la guerre du Vietnam. Mais un soulèvement ne suffit pas. Nous devons nous battre pour écraser le système capitaliste une fois pour toutes. Sous ce nouveau réveil politique, nous avons la tâche historique de nous unir et d’unir ce mouvement à la classe ouvrière révolutionnaire. Nous sommes fiers de l’héritage de Marx, de Lénine, de Trotsky et de Luxembourg. Nous voulons insuffler une nouvelle énergie au mouvement ouvrier. Un avenir socialiste se profile à l’horizon et nous sommes ici pour le défendre.