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CRISE ÉCONOMIQUE

Massacre social. SFR annonce 1700 suppressions de postes en 2021

La direction de SFR vient d’annoncer un plan de 1700 suppressions d’emplois, soit 17 % de ses effectifs au lendemain de la publication de ses résultats pour l’année 2020 au CSE central de l’entreprise. Le géant des télécommunications affiche pourtant une croissance sur tous les indicateurs, à chacun des quatre trimestres de l’année écoulée. Ainsi, même une grande entreprise d’un secteur qui n’a pas été affecté négativement par la crise du Covid, voire en a profité pour accroître son activité, se permet de justifier des suppressions d’emploi par la situation sanitaire et tente de faire payer la crise aux travailleurs.

vendredi 2 avril

Crédits photo : Philippe HUGUEN / AFP

En effet, 400 des 1700 postes que la direction de SFR souhaite supprimer dès l’automne 2021 sont des postes en boutique car leur fréquentation a baissé de 30 % en 2020. Bien que l’on puisse espérer que d’ici là, la population ait été largement vaccinée, ce motif a bien été invoqué par le DG de SFR pour justifier le projet. L’annonce est tempérée par la promesse d’embaucher 1000 jeunes diplômés sur les quatre prochaines années afin d’accompagner la restructuration. Une stratégie similaire à celle déjà déployée par Carrefour Market il y a quelques mois, et de la même façon on peut s’interroger sur la qualité des emplois promis dont la direction annonce qu’une partie seront des contrats d’apprentissage et de professionnalisation : la société qui a profité des aides du gouvernement qui a financé le chômage partiel d’employés entend à présent probablement profiter des financements d’emplois du programme un jeune une solution.

Il s’agit de la deuxième grande restructuration de SFR depuis sa reprise en 2014 par Numericable. Les syndicats étaient parvenus en 2014 puis en 2017 à signer un moratoire sur les suppressions d’emplois, qui était valable jusqu’en décembre 2020. Les syndicats ne comprennent pas un plan de départs volontaires si étendu alors que SFR a vu son chiffre d’affaires augmenter de 2,4 % en 2020, et estiment qu’on peut se demander quelle sera la réaction de l’administration chargée d’homologuer les demandes de suppression de postes pour motif économique. Ils alertent aussi sur les risques psycho-sociaux de salariés travaillant à distance ou dans des conditions légitimement inquiétantes devant désormais en plus compter avec l’annonce d’un plan de restructuration, annoncé sans grands détails pour le moment.

La direction ajoute entre autres motifs que les télécoms françaises sont particulièrement concurrentielles, taxées, et que le développement du « distantiel » et l’installation de la 5G nécessitent une restructuration importante de l’entreprise. L’argumentation semble de mauvaise foi, on ne voit pas en quoi les emplois actuels auraient besoin d’être supprimés alors que la société affiche des comptes au beau fixe. La direction se sent dans un contexte de licenciements massifs et de cadeaux du gouvernement aux entreprises de profiter de la situation pour supprimer à son tour des emplois, sans aucune nécessité et alors même que son activité va devoir augmenter compte tenu du déploiement en cours de la 5G.

SFR a encore annoncé au cours de la réunion du CSE un « plan de formation renforcé » pour « 100 % des salariés », sans s’inquiéter nullement du paradoxe apparent entre une telle annonce et une restructuration impliquant la suppression de 17 % des postes. Il est évident qu’il s’agit soit d’externaliser ces emplois, à des sous-traitants à la force de négociation moindre et donc pour de plus bas salaires, soit à des jeunes en cours de formation ou sans expérience, là encore à des salaires plus bas que ceux de salariés plus expérimentés voire même avec un financement de la part de l’État via le programme un jeune une solution. Une fois de plus, le patronat a montré qu’il comptait bien faire payer la crise aux travailleurs, et c’est une réponse d’ensemble qu’il va falloir construire contre tous les plans de licenciements à travers le monde.




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