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Écologie

Total dégage !

Master « transition énergétique » : Total s’incruste à l’université Paul Sabatier à Toulouse

D’après le Canard enchaîné, Total sponsorise un master à l’Université Paul Sabatier à Toulouse depuis la rentrée 2022. L’entreprise, qui émet autant de CO2 que l’intégralité du territoire français prétend y former les étudiants à la « transition énergétique »… Quand l’enseignement et la recherche sont mis au service du patronat, pour redorer son image de marque.

mardi 18 octobre 2022

Comme le rapporte le Canard Enchaîné, « A la suite d’un partenariat signé entre le pétrolier et l’université scientifique Paul Sabatier, un nouveau master dédié à la transition énergétique y a été lancé, le 5 septembre »

Dans ce master centré sur les énergies responsables dites renouvelables, une dizaine d’enseignants de l’« association » Total Professeurs Associations et intervenants, viendront vendre la soupe d’une politique écologique de l’entreprise en matière de transition énergétique (réduction d’émissions de CO2, stockage hydrogène, efficacité énergétique, etc.) pendant une trentaine d’heures devant une douzaine d’élèves.

Des mots de Jean François Géorgis, maître de conférences en physique de l’atmosphère et responsable du master, rapportés par le Canard Enchaîné : « Je pense qu’on est les premiers à monter un tel master avec eux. Ils doivent avoir besoin d’adoucir leurs images » assumant le rôle politique que joue ce master.

Ainsi, celui-ci n’a aucun problème à révéler les véritables intentions de Total : redorer le blason de l’entreprise auprès des étudiants ainsi que mettre un pied à la fac pour structurer les formations en fonction des besoins de l’entreprise.

Il faut au moins ça à Total pour masquer le fait qu’il s’agit d’une entreprise dont la principale activité repose sur l’exploitation des hydrocarbures émettant chaque année plus de 400 millions de tonnes de CO2. Cette exploitation n’a pas de limite, elle est même en expansion, en collaboration avec les régimes les plus autoritaires et dictatoriaux de la planète, et repose systématiquement sur une répression des populations intimidées voire expropriées dans la majeure partie des cas. Le tout avec le soutien actif de l’Etat Français comme l’a démontré la récente étude des Amis de la Terre sur le projet EACOP en Tanzanie et en Ouganda.

Pour ces seuls projets, Total va chasser 118 000 personnes de leurs terres, ruiner 2000 km² de réserves naturelles et menacer le lac Victoria, dont dépendent 40 millions de personnes, [comme le rapportent Survie et Les Amis de la Terre. Quand l’entreprise n’investit pas les facs en France, elle collabore de près avec des régimes qui répriment les étudiants qui se révoltent contre ses projets destructeurs. Le 4 octobre, 9 étudiants ougandais qui manifestaient contre EACOP ont ainsi été arrêtés par les forces de répression.

Aujourd’hui, l’entreprise climaticide se prétend être la meilleure amie de l’écologie, tout en émettant plus de 400 millions de tonnes de CO2 par ans, soit plus que les émissions territoriales françaises. Rappelons toutefois que comme l’a révélé une étude publiée en 2021 dans la revue Global Environnemental Change, Total était au courant de l’impact climaticide de son activité depuis des décennies et a tout mis en œuvre pour le masquer afin de continuer à amasser les profits.

Cette tentative de redorer son blason est hypocrite, tant l’entreprise continue à développer des projets climaticides, tout en ayant conscience depuis un rapport datant de 1971 l’impact désastreux de ses activités sur le climat. Comme le rapporte Mediapart : « Informé sur la question durant les années 1980, le pétrolier a néanmoins délibérément entretenu le doute quant à la base scientifique du dérèglement climatique. Après avoir œuvré activement à retarder toute décision politique en faveur du climat dans les années 1990, Total a adopté un discours de greenwashing à partir des années 2000 »

On saisit à l’évidence le rôle stratégique que cherche Total, au-delà même de sa com’ et de son image, en mettant un pied dans la formation des futurs ingénieurs et chercheurs. Un objectif poursuivi tous azimuts dans les universités de « Lorraine, Paris ou encore Pau » comme le précise le Canard Enchaîné.

Une situation similaire avait provoqué une levier de boucliers de la part des étudiants de Polytechique, ce qui avait contraint Total, dont le PDG dispose d’un siège au Conseil d’Administration, a reculé sur son projet d’y installer un centre de recherches. Une collusion d’intérêts qui avait mis en lumière le caractère profondément anti-démocratique et pro-patronal des conseils d’administration de l’enseignement supérieur.

 De plus, la volonté du grand patronat de s’immiscer toujours plus dans les universités à partir des conseils d’administration ou encore en sponsorisant les masters rejoignent l’ambition générale de créer une université toujours plus sélective basée sur les envies du patronat pour former les salariés dociles de demain, et orienter la recherche sur leurs impératifs de profit. La présence de Total dans les facs, ou dans une université comme Paris Cité, de Martin Hirsch directeur de l’AP-HP, passé expert dans la destruction du système de service public santé, en sont quelques illustrations.

Alors que Total tente de s’imposer dans l’université Paul Sabatier derrière un hypocrite discours sur l’écologie, il est nécessaire de se mobiliser pour mettre l’entreprise climaticide dehors !

Une première étape dans ce sens consisterait à se mobiliser ce mardi 18, à l’occasion de la journée interprofessionnelle contre les réquisitions des grévistes de la pétrochimie et pour les salaires. En effet, alors que les raffineurs bloquent une majeure partie de la production de l’entreprise sur le territoire depuis trois semaines, c’est à leurs côtés que les étudiants pourront dégager Total de la fac !

Rendez-vous ce mardi à l’AG de Paul Sabatier à 12h30, en amphi During (bâtiment U4) !  



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